ÉDITION ET EXPLICATION DES KING
Placé à la tête d’un grand empire, il voulut favoriser le développement de sa gloire littéraire, comme il avait luimême porté à un haut degré sa gloire militaire. Il fit venir de tous côh» les meilleurs livres , et ordonna une édition des cinq King^ ou Livres sacrés anciens , pour être distribuée dans l’empire. Il estimait tant les gens de lettres qu’il fit construire pour eux de grands bâtiments dans les cours de son propre palais ( voy. la pl. 60 tirée des Faits mém. des emp. cAtnots). Il y avait continuellement un grand nombre de lettrés habiles qui composaient des livres, ou faisaient des collections choisies dans ce qui avait paru de meilleur jusqu’alors. A certaines heures du jour , on permettait au peuple d’entrer pour entendre l’explication des livres , qui était faite souvent par l’empereur luimême. Il fit construire dans la capitale (Si-nganfou) un grand collège, ou l’on comptait plus de dix mille élèves, au nombre desquels se trouvaient plusieurs enfants de princes étrangers; il y établit aussi une académie littéraire, pour la formation de laquelle il chargea le célèbre Khoung-yn-ta, de la famille de Khowng-tseü, de réunir les principaux lettrés de l’enipire, et de rédiger cette grande expucation des King, connue sous le nom de Tching-i
(ïEi) , véritable sens. Ce fiit
dans une visite que l’empereur fit au collège impérial , pour assister aux leçons des principaux maîtres sur les anciens livres des sages, que l’idée lui vint de faire rédiger une explication générale, et sur le même plan , de ces
CHINE
mêmes livres, dont il ordonna l’impression (*).
L’édition des Uvres canoniques et classiques, et les explications qui y furent jointes , peuvent être regardées comme authentiques et d’une grande autorité pour la critique moderne; car le grand nombre de lettrés et d’érudits qui y contribuèrent possédaient tous les secours qu’il leur était possible de se procurer : non-seulement ils purent consulter toutes les bibliotlièques pu-
(') L’édition ou la collection dont il est ici question porte le titre de : + E Chi-san-king ; Les treize Uvres canoniques. Ces treize King sont : i” Le Tche'ouy, aujourd'hui le Y-king, ou Livre des changements ; n“ le Chan-chou, aujourd’hui le Chou-king, ou Livre des annales; 3" le ifao-chi, aujourd’hui le Chi-king, on le Livre des -vers ; 4® le Li-ki, ou le Livre des rites; 5“ le Tchun-tsieou , ou le Printemps et l'automne. Ces ouvrages sont désignés aujourd’hui par la dénomination de Ou-king, les cinq King. Les huit autres ouvrages qui formaient les treize Ain^, sont : 6® le Y-li, et 7® le Tchéou-U, qui font aujourd’hui partie du Li-ki; 8® le Koung-yang , et 9® le Kou-Uang, deux commentaires sur le cinquième Ain^.' le Tchun-tsieou; 10® des explications sur le Hiao-king, ouvrage trèsancien attribué à Khoung-tseu, sur la piété filiale; 11° le Lun-yu, ou les Dialogues moraux, du même philosophe; ta" le Sfengtseu, et i3° le Eulh-ya, petit dictionnaire très -ancien par ordre de matières, cité pag. 07. Deux des ouvrages politiques et moraux connus et réunis ensemble sous le nom de Sse-chou, Les quatre Uvres, sc trouvent ici indiqués au rang des King ; les deux autres, le Ta-hio , La grande science, et le Tchoüng - yoùng , ou L'invariabiUté dans le milieu (voy. page 1 83) , s’y trouvent aussi compris; car ils y forment les 3i* et 4a* chapitres du lÀ-h. Nous les avons reconnus et consultés pour l’édition critique que nous en avons commencée, dans un eiemplaire des treize King qui se trouve à la Bibliothèque royale de Paris. Voyez, pour plus de détails sur la collection des treize King,\e préface du P Kegis, en tête de sa traduction latine du Y-king , page 79 et suivantes ; édition de M. Mohl.
bliques, mais encore les dépôts de livres de tout genre, et ils n’épargnèrent ni temps ni dépenses pour rendre leur travail aussi parfait que possible. Ils eurent entre les mains tous les commentaires des mêmes livres qui avaient été faits et publiés avant eux; mais ils se référèrent surtout à ceux qui avaient été composés sous la djuiastie des Han , comme étant ceux dont l’époque était la moins éloignée de l’incendie des livres, et par conséquent dont les auteurs, soit par les monuments sauvés, soit par la tradition encore récente, pouvaient avoir l’intelligence la plus exacte de ces livres révérés.
AC.VDÉMIE ou GYMNASE MIUTAIRB.
Dans le but de ne pas laisser oublier aux officiers et aux soldats , pendant la paix, le métier de la guetre, et dans la crainte que l’oisiveté ne les rendit incapables de résister aux Tartares, Taï-tsoung établit partout des académies ou des gymnases militaires, où l’on s’exerçait a tirer de l’arc, et il assistait lui-même très-souvent à ces exercices, qu’il faisait exécuter dans son propre j^lais. Les grands lui firent des remontrances à ce sujet, prétendant qu’il dérogeait à la dignité suprême. « Nous avons une loi , lui dirent-ils, qui porte peine de mort pour quiconque osera paraître dans les lieux qu’habite le prince avec des armes trandiantes. Convient-il que Votre Majesté appelle chaque jour dans son palais les omciers et tes soldats pour les exercer au maniement des armes? Il ne faut qu’un maladroit , ou un perfide qui fasse semblant de l’être, pour nous plonger dans le plus grand malheur, etc. »
L’empereur ne tint aucun compte des craintes simulées de ses courtisans; il continua d’agir cemme par le passé, et de donner tous ses soins au gouvernement de l’empire.
Dans.le but de consacrer la mémoire des grands hommes de tout genre qui brillaient sous son règne, il fit construire une salle dans laquelle il plaça les portraits des plus célèbres d’entre eux.
L’UNIVERS
HEAtlX TRAITS DE TA^•TSOII^C.
La cinquième année de son règne , Taï-tsoüno envoya en Tartarie , aux familles turques , de grandes sommes d’argent et oes étoffes , pour faire revenir en Cliine plus de huit cent mille Chinois faits esclaves pendant les guerres avec les Tartares. Sur la fin de cette même année, les contrées situées entre le Thibet, la province de Ssetchouan en Chine , et le pays de A'ohonoT (nommées Thang-hiang) , furent divisées en seize départements.
Le prince de Kong, ville située près de Samarcande, dans la Transoxane , demanda à être sujet de l’empire , ce qui lui fut refusé.
C’est à la septième année du r^ne de ce grand empereur que les historiens chinois rapportent un fait trop extraordinaire et trop moral pour que nous le passions sous silence. Taï- TSOUNG portait une attention extrême à tout ce qui se rattachait au gouvernement. Un Jour il voulut aller luimême visiter les prisons publiques; il y trouva trois cent quatre-vingt-dix criminels condamnés à mort ; il les renvoya à la campagne pour faire la moisson, avec ordre de se remettre entre les mains de la justice après la récolte. Tous revinrent exactement au temps prescrit pour être décapités à la grande exécution d’automne. L’empereur fut si touché de leur fidélité à tenir leur parole , qu’il leur fit grâce à tous , et les renvoya dans leurs familles. (Voy.
la pl. 61. Tiré des Faits mémorables des empereurs chinois).
Ce fut à cette occasion que Taï- TSOUNG publia une ordonnance qui prouverait à elle seule combien cet empereur était digne de gouverner un grand peuple, et quelle responsabilité morale il attachait a l’accomplissement de tous ses devoirs : Il ordonna que désormais les empereurs chinois , avant de confirmer la sentence de mort contre les criminels^ seraient trois jours en abstinerice; c’est-à-dire, qu’il n’y aurait point de musique, qu’ils îi'habUeraient pas avec les femmes , qu’ils ne mangeraient que des
mets grossiers, et feraient des prières.
L’empereur Taï-TSOiiNO aimait fort un salon qu’il avait fuit bâtir sous deux
rands arbres; il y allait souvent pren-
re le frais. Un de ses ministres l’y étant venu trouver, loua beaucoup les deux grands arbres qu’il savait que l’empereur aimait. Taî-tsoung lui dit ; Un tel (en lui nommant un ministre sincère) m’a toujours dit de me défier des flatteurs. Qu’ontde particidier ces arbres pour exciter à un tel point votre admiration^