‹ Chinois & missionnaires [microform]Chapitre 16 sur 27 · LE CRIME DE LOU-TSEN · texte numérisé non relu

LE CRIME DE LOU-TSEN

Lou-tsen est un petit bourg de la sous-préfecture de Kien-ping. Depuis plusieurs années, la mission y possédait une résidence. Le terrain formait un assez vaste quadrilatère où se trouvaient réunis l'église, la chambre du missionnaire, les dépendances, trois jardins, une vaste cour et enfin l'école des petites filles séparée par deux murs de jardin. Cette école était florissante ; une vingtaine d'enfants, sous la direction d'une veuve très zélée, j apprenaient les prières, et les femmes catéchumènes ne faisaient pas défaut. D'ailleurs, dans toute la région, le mouvement religieux était fort accentué. Le Père, aussi habile administrateur que courageux missionnaire, ne se donnait aucun repos ; il ne reculait devant aucun sacrifice ; son influence était prépondérante dans le pays, car il connaissait les mœurs de ses compatriotes et savait prendre en main leur cause, quand la calomnie ou la cupidité tentait d'en faire des victimes. Il y avait beaucoup de Honanais dans le pays ; ils avaient, comme les Houpénois, immigré aussi eux à l'appel des mandarins ; et plutôt que de se disperser au milieu des gens d'une autre province, ils s'étaient cantonnés dans un même quartier afin de mieux se soutenir. Les Chinois aiment les groupes, les clans, les associations. Pour eux, la province est le plus clair de la patrie, tellement qu'un habitant d'une autre province est quasi étranger. Les Honanais diffèrent des Houpénois; ils sont plus ardents, plus violents et moins portés à recourir à la ruse. Leur conversion est généralement, au

(1) Dans le pays on prononce ainsi, et c'est pourquoi nous avons conservé dans ces pages cette dénomiuatioti usitée ; mais de l'ait, le nooi du village s'écrit Ngou- Isen-wan.

nwp

mf?f9i!if^ir?Bm^^mms'm^i?^^m^!^!mmmsi^^

Ning-ko-fou, regardée comme plus difEcile ; ce serait peut-être une preuve que leur caractère est moins mobile. Le Père Hoang missionnait dans la contrée depuis deux ans. Il était natif de Hai-men et appartenait à une famille honorable de lettrés.

Après avoir suivi les écoles primaires de la mission, s'y être distingué entre tous ses condisciples par sa piété et ses succès, on jugea à propos de l'envoyer, encore très jeune, en Europe. Il fît donc toutes ses études à Naples et y reçut le sacerdoce.

De retour en Chine, il alla au Hou-pé, à Tsao-yang, missionna dans plusieurs autres endroits et, la treizième année de Tong-tche, il demanda à retourner dans son pays natal. C'était un vaillant prêtre séculier, modèle de dévouement et brûlant d'amour pour les âmes.

Mgr Languillat accueillit avec joie ce nouvel auxiliaire et comme son séjour au Hou-pé l'avait rompu au langage qu'on parle dans le Ngan-hœï, et notamment au Ning-ko-fou, on le désigna pour cette section assez récemment ouverte.

Mgr Languillat était l'évêque vigilant par excellence ; il avait à cœur autant que personne la dignité du ministre des autels et s'il eût dû jamais avoir à se départir de sa grande bonté pour accomplir son devoir, il n'eût pas reculé deA^ant la nécessité de faire un reproche. Jamais, nous aimons à le certifier, un mot sévère n'eut à contrister ni le cœur du bon pasteur, ni celui de son pieux prêtre. Bien plus, lors de sa visite, le R. P. supérieur confia avec joie au P. ministre qui l'accompagnait que, de tous les districts visités, celui du P. Hoang l'avait le plus frappé par la tenue de ses écoles.

Rien dans ce compliment qui puissse évidemment jeter de l'ombre sur l'apostolat de ses frères. On aime à récompenser ainsi l'étranger sur lequel on comptait moins, on se tait sur les vertus du fils dont on est sûr. Voici d'ailleurs le témoignage du P. Seckinger, qui connaissait bien le Père.

« L'an dernier, quand je suis allé k Lou-tsen pour l'arrangement du pillage de l'église nouvellement ouverte à Kien-pin, la première chose qui m'a frappé, c'est la magnifique école du P. Hoang. Tant petites que grandes, les élèves étaient au nombre de vingt-huit à trente (1). Elles venaient à l'église deux à deux, un mouchoir européen en trois coins leur cachait la tête ; leur modestie, leur recueillement et la manière dont elles récitaient les prières m'eût donné la plus haute idée de leur maîtresse, et

(i) Il n'y a pas lieu de s'étonner si les chiffres no sont pas les mêmes : en Chine les écoles n'ont qu'une population flottante ; il en faut passer par les besoins ou les caprices des parents.

T";S^Î^?^-. 'V-^-**^!*^^^ jr^

par conséquent du P. Hoang, si je ne l'eusse connu. Sans faire tort à aucune autre école de la mission, je puis assurer que nulle ne m'a laissé une si bonne impression. La deuxième chose qui m'a réjoui, c'est le zèle et l'activité sans pareils du Père.

» La nuit comme le jour, je l'ai presque toujours vu sur pied, entouré de ses deux catéchistes et de ses huit exhortateurs, de ses catéchumènes, de ses néophytes ; encourageant l'un, réprimandant l'autre, donnant à celui-ci tel secours spirituel et à celui-là tel coup de main. Je sais de source certaine que, tel je l'ai vu les dix jours passés avec lui, tel il a toujours été. C'est vraiment admirable ! Si je pouvais ajouter mon avis sur sa conduite et sa vie de dévouement, j'affirmerais, avec tous ceux qui l'ont connu, qu'il péchait plutôt par excès que par défaut de zèle. Un cœur si généreux, si bon, si droit, méritait une récompense non ordinaire, il l'a reçue avec les palmes du glorieux martyre qui a couronné une si belle existence. »

Le P. Seckinger se connaissait en hommes. Il avait trop vécu dans les affaires pour être simplement naïf ; il avait l'œil remarquablement perspicace, et, s'il savait s'enthousiasmer, grâce précieuse pour un missionnaire en Chine, il ne gaspillait point ses compliments.

Ce jugement si flatteur eut-il été signé par le P. Le Cornée, ministre du P. Hoang ? Je ne sais. Dans tous les cas, parmi les innombrables lettres que nous avons dépouillées une à une, nous n'avons trouvé qu'un mot qui parût blâmer sa conduite en un point particulier.

Dans la mission, il a été réglé par les supérieurs que les rapports officiels pour affaires avec les mandarins sont réservés aux ministres des sections. Un simple missionnaire ne pourrait régulièrement écrire ou aller au tribunal pour demander justice sans en référer d'abord au P. ministre, qui est son supérieur immédiat. Voilà la règle générale.

Le P. Hoang avait été visiter le P. Le Cornée. Il lui montra un projet de lettre au sous-préfet de Kien-ping. Rendant compte de toutes les difficultés pendantes, le P. Le Cornée écrivait au R. P. supérieur : « Toute la longue correspondance qui s'est faite avec le sous-préfet avant la lettre d'aujourd'hui, m'a été communiquée après coup. J'ignore encore les raisons qu'il y a eu à cela. »

Sans vouloir excuser le P. Hoang, nous comprenons cependant les difficultés particulières qu'il eut, en des temps si troublés, pour observer strictement la règle. Parfois, il faut quatre jours pour recevoir une réponse, quand l'urgence d'une explication est extrême et qu'il faut prévenir des ennemis implacables au tribunal du mandarin. Xous devions cette ombre au portrait que nous traçons, car nous ne prétendons pas écrire un Gveugle et complaisant panégyrique.

■i-ii^^i^&^S*-2'i!u

wm^sfs^w-

sÇPlf!H^P^^?ip^^Ç^^P*^Pw^'w'^!ï

■7;."; .^s*5"":.?^?*r-rr:

Nous connaissons suffisamment notre héros pour aborder le récit lamentable du crime de Lou-Tsen. Un massacre est toujours affreux ; mais, cependant, qu'ils sont beaux les apôtres de Jésus-Christ le jour de leur sanglant triomphe !

Nous avons vu par les chapitres précédents comment, depuis de longs mois, montaient de tous les points de l'horizon à la fois les nuages précurseurs de la tempête. Les païens devenaient plus haineux, plus audacieux, les chrétiens plus timides, plus tremblants. Les missionnaires se heurtaient partout à des obstacles ; les mandarins fermaient leur porte et laissaient faire.

Citons la dernière lettre du P. Hoang. Elle est datée du 12 juin, veille de sa mort, et est adressée au P. Seckinger. Nous l'abrégeons un peu.

« Le fameux Ho-tchou fait tirer des copies de l'inscription « Tien, II... etc. », il oblige tous les notables à la distribuer. Celui de Hiu-tsen a été fortement battu pour n'avoir pas voulu se prêter à cette distribution ; il est d'ailleurs catéchumène.

» On a déchiré son image de la Sainte Vierge pour afficher la pancarte. J'ai fait, comme de droit, recourir au mandarin ; mais celui-ci n'a rien répondu, non plus que pour nos affaires antécédentes. A vrai dire, l'effet de ces efforts de nos ennemis n'a pas été grand à cause de la mauvaise réputation des gens de Ho-tchou et du mauvais format de l'inscription.

» Mais les Honanais et les indigènes sont pleins de confiance, les chrétiens sont très effrayés des rumeurs. Le cas suivant vous fera mieux comprendre la malice de tous ces gens contre nous.

» Le 8 de ce mois, j'avais acheté, avec l'approbation du P. ministre, une belle maison à 3 li de Si-ma-kai, pour 150 piastres. Les gens de Ho-tchou ont pressenti l'affaire. C'était une veuve qui vendait pour retourner dans son pays après la mort de son mari.

» Ils voulurent effrayer la propriétaire et ses parents.

» N'ayant pas réussi, une dizaine d'individus se réunirent pour déchirer le contrat. Ce fut en vain ; les titres étaient déjà écrits et l'argent versé. Voyant cela, ils changèrent de tactique. Alors que la veuve emportait les piastres chez elle, on entendit des cris, on accourut et on trouva la pauvre propriétaire gisant par terre demi-morte... l'argent avait été volé. Malgré tout, la veuve voulait tenir à sa promesse de nous livrer la maison, mais Ho-tchou lui-même voulut l'intimider et lui conseilla enfin de nous accuser comme ayant volé l'argent.

» J'ai écrit au mandarin, mais on peut prévoir ce qu'il fera. J'ai remis l'affaire au P. ministre, car je partais pour les vacances. Je puis vous le répéter encore, si votre Révérence ne nous aide pas ici, les néophytes seront inexorablement écrasés et... adieu les catéchumènes!

ifpppipipiliipi

'T*»~3'^-L^tVr-•^<-^V■ï«*■'îi,*"l^^^■:^:«

..Mr^^

ç(-,4^|l>Mi4ik-*?K%-;'^J!fr*'tç'*;viy*-^^^^^^^

jVous connaissons suffisamment notre héros pour aborder le récit lamentable du crime de Lou-Tsen. Un massacre est toujours affreux ; mais, cependant, qu'ils sont beaux les apôtres de Jésus-Christ le jour de leur sanglant triomphe !

Nous avons vu par les chapitres précédents comment, depuis de longs mois, montaient de tous les points de l'horizon à la fois les nuages précurseurs de la tempête. Les païens devenaient plus haineux, plus audacieux, les chrétiens plus timides, plus tremblants. Les missionnaires se heurtaient partout à des obstacles ; les mandarins fermaient leur porte et laissaient faire.

Citons la dernière lettre du P. Hoang. Elle est datée du 12 juin, veille de sa mort, et est adressée au P. Seckinger. Nous l'abrégeons un peu.

« Le fameux Ho-tchou fait tirer des copies de l'inscription « Tien, ti... etc. », il oblige tous les notables à la distribuer. Celui de Hiu-tsen a été fortement battu pour n'avoir pas a'ouIu se prêter à cette distribution ; il est d'ailleurs catéchumène.

» On a déchiré son image de la Sainte Vierge pour aflicher la pancarte. J'ai fait, comme de droit, recourir au mandarin ; mais celui-ci n'a rien répondu, non plus que pour nos affaires antécédentes. A vrai dire, l'effet de ces efforts de nos ennemis n'a pas été grand à cause de la mauvaise réputation des gens de Ho-tchou et du mauvais format de l'inscription.

» Mais les Honanais et les indigènes sont pleins de confiance, les chrétiens sont très effrayés des rumeurs. Le cas suivant vous fera mieux comprendre la malice de tous ces gens contre nous.

» Le 8 de ce mois, j'avais acheté, avec l'approbation du P. ministre, une belle maison à 3 li de Si-ma-kai, pour ISO piastres. Les gens do Ilo-tchou ont pressenti l'affaire. C'était une veuve qui vendait pour retourner dans son pays après la mort de son mari.

» Ils voulurent effrayer la propriétaire et ses parents.

» N'ayant pas réussi, une dizaine d'individus se réunirent pour déchirer le contrat. Ce fut en vain ; les titres étaient déjà écrits et l'argent versé. Voyant cela, ils changèrent de tactique. Alors que la veuve emportait les piastres chez elle, on entendit des cris, on accourut et on trouva la pauvre propriétaire gisant par terre demi-morte... l'argent avait été volé. Malgré tout, la veuve voulait tenir à sa promesse de nous livrer la maison, mais Ilo-tchou lui-même voulut l'intimider et lui conseilla enfin de nous accuser comme ayant volé l'argent.

» J'ai écrit au mandarin, mais on peut prévoir ce qu'il fera. J'ai remis l'affaire au P. ministre, car je partais pour les vacances. Je puis vous le répéter encore, si votre Révérence ne nous aide pas ici, les néophytes seront inexorablement écrasés et... adieu les catéchumènes!

•.■ft*,;.^'-."."^ fX^'ifr^i^.rf'

— 19fi —

» Cette année, le bon Dieu, malgré tous les efforts du démon, nous a donné deux cent trente-six baptêmes d'adultes. Multipliez-les, ô Pèro, pour l'an prochain !»

Lorsque les missionnaires étaient allés prendre leurs vacances, avec leur départ coïncidait une proclamation du général Fang. Signe avantcoureur des événements qui allaient s'accomplir, cet édit étonnant rangeait d'abord Tchen-min-té parmi les chefs des rebelles; il annonçait ensuite que, pour apprendre au peuple à observer les lois, la cour de Pékin chargeait Fang de parcourir tout le Ning-ko-fou en expliquant la religion du Saint-Homme. Cette mission n'avait rien d'invraisemblable et cet aveu public montrait une fois de plus les dispositions du pouvoir envers le christianisme. En fallait-il davantage, après ce qui précède, pour mettre enfin le feu aux poudres ? Mais le P. Hoang était absent, on devait naturellement attendre son retour, les chrétiens n'offrant nulle résistance.

Le 10 juillet, revenu des vacances, le Père reprenait son poste au milieu de ses pauvres chrétiens épouvantés par toutes les menaces qu'on proférait autour d'eux. Ils le supplièrent de se cacher, car on en voulait ni plus ni moins à sa tête, « Soyez tranquilles, répondait-il bien haut, pour rassurer son monde, ils n'oseront point. » Il écrivait le 12 : « Ho-thou a juré de faire de moi un mart^'r. »

Trois jours auparavant, son catéchiste Pé-hœi-tsin se rendant à Si-ma-kai, avait été saisi par une bande de Honanais et conduit au général. Celui-ci le renvoya au sous-préfet. La mule avait disparu dans la bagarre. Le Père dut immédiatement écrire au sous-préfet pour demander justice et réparation.

Le 13 juillet au matin, le missionnaire récitait son bréviaire et allait commencer la Sainte Messe. Il était six heures. L'administrateur accourt : « Père, cela va mal, les voilà qui viennent, sauvez-vous ! »

La première pensée du Père fut pour son école de petites filles. Que vont-elles devenir ? Cette pensée est affreuse. Il traverse à la hâte les deux cours et le jardin qui l'en séparent et va donner ordre de fuir et de se cacher. Mais hélas ! il était déjà trop tard ; l'enclos était envahi.

Le village était lui-même cerné par sept à huit cents hommes, vauriens armés de vieux fusils, de lances, de bâtons. Le Père veut sortir, mais il se trouve dans la ruelle en face de furieux qui se jettent vers lui. Toutes les issues sont gardées. Il rentre dans la cour de l'école, et c'est là que les conjurés se précipitent sur leur proie et le Père est massacré. Ce ne fut pas Ho-tchou lui-même qui porta le premier coup, mais un de ses fils.

Il serait fort difficile de dire au juste comment s'est opéré ce massacre,

les voisins ne s'accordent pas; on place même un petit dialogué sur les lèvres de la victime et des bourreaux. Les procédés chinois sont tumultueux en pareille circonstance ; il faut imaginer des fous furieux qui hurlent et frappent, pas autre chose. Chacun ensuite raconte l'histoire à sa façon. Il est certain toutefois que le pauvre martyr vivait encore quand on le dépouilla de ses vêtements. On le mutila, on lui ouA'rit le ventre, on en arracha les entrailles qui furent bnilées plus tard cliez Ho-lchou. Ce fut son fils qui opérait cette infâme besogne. On coupa ensuite la tête et les quatre membres, puis, rassemblant autour de ces restes horribles du bois de chauffage, on alluma le bûcher et tout fut réduit en cendres.

Pendant cette scène sauvage, le catéchiste Yang-che-ho veut prendre la fuite. Il saute' pour escalader la muraille, mais les forcenés qui le poursuivent le percent alors de leurs lances, il retombe dans son sang et est massacré. Ses restes sont traînés au bûcher.

Debout sur la colline toute voisine, assistaient bien des femmes à C2 spectacle. Parmi elles se trouvait la grand'mère de ce jeune homme, chrétienne comme lui. Ce catéchiste était tout désigné à la rage des bourreaux païens. Son zèle pour propager la religion lui mérita cet insigne honneur.

Un autre catéchiste s'était caché dans l'enclos ; il fut bientôt découvert ; il allait subir le même sort, mais il se réclama de Ho-tchou lui-même qu'il avait connu beaucoup jadis et qui commandait l'expédition. Celui-ci, qui commençait à sentir lourde la responsabilité de pareilles affaires, si graves en soi, plus graves en Chine, peut-être, surtout en temps ordinaire, dit aux gens de sa bande : « En voilà assez ; le premier qui touche à celuici, je le tue comme un chien. » Il lui indiqua même telle maison où il devait se réfugier. Ce catéchiste raconta lui-même ces détails longtemps après, n'en ayant pas voulu parler lors du procès par reconnaissance pour le chef des assassins qui lui avait sauvé la vie.

Il y eut une troisième victime. Ce fut un pauvre petit enfant âgé de deux ans, recueilli à l'école parce que sa mère, devenue veuve, ne voulait plus le nourrir. On le tailla en quatre morceaux et ses restes furent placés dans la chaux. On s'en servit ensuite comme de preuve contre la moralité du P. Hoang. Ho-tchou déjà prévoyait l'avenir, il préparait habilement des moyens de calomnie et de défense.

Les filles de l'école et leur maîtresse furent partagées entre les chefs de cette barbare expédition. Nous les retrouvons quelques jours après, les unes chez Ho-tchou lui-même, les autres au camp de Fang, les autres au tribunal. Partout on leur apprend ce qu'il faut dire pour salir la réputation du missionnaire, et les traitements les plus durs servent à vaincre

mm^^.

leurs répugnances. D'ailleurs, on imagine ce que put être à tous les points de vue leur séjour au milieu de ces ignobles scélérats.

Mais tous ces bandits de Lou-tsen et d'ailleurs, surtout, n'étaient pas gens à s'en aller les mains vides. La plupart accouraient pour le pillage . L'église fut en partie abattue, l'école en partie brûlée. On ne laissa que des ruines. Ho-tchou trouva dans une caisse quelques anges en papier découpé, que les chrétiens ont coutume d'attacher sur des branches de sapin ou de palmier, le jour de la fête des Rameaux. Ces anges étaient de bonne prise. Il emporta la caisse, y déposa les queues de cheveux arrachées aux victimes et répandit le bruit qu'il avait trouvé au Tien-tchoutang ces terribles hommes de papier qui causaient tant de désastres. Les queues coupées étaient des preuves contre le P. Hoang. « Singulier pays, dit le P. Le Cornée, où sont punis de mort les coupeurs de queue et pardonnés les coupeurs de tête. »

Wk-

.^iîL^£J!tj>^£±iilSm

iliy^HP'l ■■ I- .. I .< '!.<^''*lttiPippP^'<«9>lipPP^^

■^^Tî^t i-''^>r*^ "^"-v^^ -^ '^'

*■ -^ Tin^-* >■ "^ *d:^* -^

' -r *; t-Tfit'

rfsCfrT^ ^

T'i'*«' wm^TC ''-^s-'*-

Le lendemain du crime

:£iSii^^h<j6:^^ f ■

■*'''55'"^W> xv^

Page 1