LE LENDEMAIN DU CRIME
A la nouvelle de l'audacieux forfait que nous venons de raconter, une panique épouvantable s'empara de tous les chrétiens et catéchumènes. Ceux qui n'étaient déjà plus retenus dans le devoir que par un fil le brisèrent aussitôt et les saintes images disparurent. Les apostats, nom le plus odieux de la terre, retrouveront-ils un jour le chemin de l'église ruinée? Beaucoup, sans doute, âmes timides comme des enfants, répondront à la voix du pasteur courant après le troupeau dispersé ; un plus grand nombre, hélas, ne reviendra plus vers l'arche, semblable au corbeau content de sa liberté et des répugnants débris qu'il doit au déluge. Dieu, d'ailleurs, n'aime pas les traitres ; il déplace le flambeau et trouve, parmi les innombrables païens, de nouveaux cœurs à éclairer.
Pour donner un aperçu des faits qui suivirent le crime, nous n'avons qu'à transcrire la narration du P. Le Cornée, ministre de la section, qui de Ou-hou suivit dans tous ses détails la marche des événements.
Quand les bourreaux quittèrent Lou-tsen, il était midi. Ils se rendirent triomphalement aux villages de Hiu-tsen et de Hou-tsen, essayèrent encore de démolir une autre église, mais, sur les instances des indigènes païens, ils se contentèrent de briser ou d'enlever les meubles. Ils traitèrent les chrétiens avec moins d'indulgence : tous ceux qui n'avaient pas pris la fuite n'évitèrent la mort qu'en affichant dans leurs maisons la feuille superstitieuse du Chen-jen-hœï. Combien eurent cette faiblesse? nous l'ignorons encore, mais cela ne doit pas nous surprendre chez des chrétiens dont les plus anciens n'étaient baptisés que depuis un an. La plupart, du
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reste, continuent en cachette à réciter leurs prières et soupirent après notre retour.
Enfin, la journée fut terminée par le pillage, ou mieux la démolition d'une autre résidence au bourg de Pi-ka-kiao. Là, plusieurs familles chrétiennes faisaient le commerce : les notables firent battre le tam-tam dans toutes les rues pour leur défendre, de par Fang-tong-lin, d'emporter quoi que ce soit. La plupart des chrétiens de Pi-ka-kiao furent donc pillés, leurs maisons occupées par des païens et, à l'heure qu'il est, l'administrateur Ilan-tai-chuen et quelques autres errent de tous côtés, pour essayer de sauver du moins leur propre vie.
Une aussi belle journée devait avoir son lendemain. La bande dévastatrice, plus que jamais avide de sang et de pillage, franchissait, au point du jour, les limites du Kien-ping-hien et pénétrait dans le Suen-tchenhien. A une lieue du bourg de Hong-lin-kiao se trouvait le Kong-sou (1) de Ta-sen-tsen, résidence habituelle du P. Audrain. Là encore, on devait entasser des ruines et verser du sang. Dieu avait semblé se préparer de longue main une douce victime dans la personne d'un vieillard nommé Ou-tsien-tsang. Originaire du Ho-nan, il avait, dans sa jeunesse, fabriqué des idoles. Il s'était converti en voyant tomber la tête d'un missonnaire sous la hache du bourreau, et, devenu prédicateur à son tour, dans les prisons où il passa huit ans, comme sur les routes qu'il jjarcourait à pied, prêchant toujours Jésus-Christ, il avait formé presque à lui seul la florissante mission de Koang-tche-fou.
— A quoi pensez- vous, lui demandait un jour le missionnaire qui le vovait souvent absorbé ?
— A Jésus crucifié, répondit le vieillard ; c'était son occupation habituelle.
Voulant mettre au service de la mission de Ning-ko-fou un zèle que soixante-quatorze ans n'avaient pas refroidi, il parcourut à pied plus d'un millier de li et arriva à Chœï-tong au mois de mars. Je lui assignai le district du P. Audrain, où ses compatriotes étaient nombreux, et il y travailla avec succès jusqu'au jour où Dieu l'appela à verser son sang. Frappé d'abord à coups de sabre, puis brûlé dans l'église, il termina glorieusement une vie pleine de sacrifices.
Trois jours après sa mort (est-ce de la légende?), on le vit faire une dernière fois le tour du village, comme pour lui dire un dernier adieu. Il était vêtu comme dans ses excursions apostoliques, « Les gens de ce pays
(1) On nomme Kong-sou le pied-à-terre d'un missionnaire dans un village. Il se compose essentiellement dune chambre servant d'ég'.ise et de logements plus ou moins grands.
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Le 17 juillet, on attaquait le village de Nan-yang-tsen, à 23 li de Kien-ping. L'église fut ruinée et six familles pillées. On poursuivit avec acharnement les notables Weï et Kono, que leur dévouement à la cause chrétienne avait fait particulièrement détester ; aussi ne durent-ils leur salut qu'à la fuite.
Le lendemain, ce fut le tour de Kai-fang-tsen, à IS li de la ville. Le chrétien Tchang-kouang-tche et sa femme furent blessés, plusieurs familles pillées. La bande s'approchait de Kien-ping où nous avions encore une maison à détruire. Mais les mandarins, qui dirigeaient à leur gré la fureur de la multitude, la calmèrent un instant, pour montrer un semblant de bonne volonté. Notre maison ne fut pas détruite ; on enleva seulement les meubles et les matériaux amassés pour des réparations.
Le lendemain de son crime de Lou-tsen, Ho-tchou se présenta devant le sous-préfet de Kien-ping, nommé Fang. Celui-ci lui dit :
— Tu viens de me mettre un lourd fardeau sur les épaules.
Ce fut là tout le châtiment du bourreau dont les mains étaient encore teintes de sang. Son audace ne connut plus de bornes.
— Je brûlerai Chœï-tong et je tuerai tous les Européens, répétait-il souvent; ensuite je mourrai tranquille.
Lui rappelait-on qu'il avait mérité la mort ?
— Eh bien! disait -il, je donnerai volontiers ma tête. Je demande seulement qu'on épargne un de mes fils ; puis, si l'on éteint ma famille, il en restera encore cinq cents autres pour nous venger.
Un homme de cette trempe pouvait aller loin, surtout avec l'assurance de l'impunité.
La nouvelle affaire de Kien-ping avait répandu un redoublement de terreur dans toutes les chrétientés de Ning-ko-fou et de Koang-te-tcheou.
Les quatre écoles de Chœï-tong avaient été immédiatement fermées et les élèves rendus à leurs familles. Les Pères quittèrent cette résidence où leur vie ne paraissait plus en sûreté. Dans les chapitres suivants, nous verrons ce qu'ils devinrent.
Quand nos chrétiens virent' à qui ils avaient affaire, plusieurs opinaient pour qu'on se défendît. Parmi eux, se trouvaient quelques chasseurs exercés au tir. Ils vinrent après le départ des Pères s'établir dans l'enceinte, tirèrent quelques coups de fusil, et protégèrent momentanément la maison, car les braves qui portaient partout la désolation n'eussent pas été difficiles à mettre en déroute. Ces inoffensifs coups de fusil firent plus de mal que de bien, cependant. On fit circuler le bruit
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que le chrétiens se révoltaient. Il n'en eût pas fallu davantage pour mettre la joie au cœur du général Fang, il eût immédiatement levé le masque et fut accouru à la tète de sa troupe.
Le P. Chen-eul qui n'était pas loin, fît immédiatement intimer l'ordre de cesser ce simulacre de défense : « Mieux vaut, leur écrivit-il, la réputation que la vie ». Et nos volontaires laissèrent la résidence sous la garde de quelques domestiques.
Il y avait alors à Chœï-tong un certain petit juge de paix, officier de basse police nommé Lieou-wan-chen, une de ces figures flasques qui portent la trahison dans leurs traits. Fumeur d'opium chez lui, catéchumène chez nous, cerbère officieux au tribunal, qui mesurait dans l'œil du maître jusqu'où il pouvait mordre, Lieou connaissait nos retraites, nos habitudes et en particulier la grande résidence de Chœï-tong. Il expédia plusieurs courriers à Ho-tchou et sa bande, promettant quelques centaines d'auxiliaires pris dans les fumeries d'opium et parmi les vagabonds ; le jour du pillage fut fixé.
Le 20 juillet, ce digne magistrat disait à un de nos chrétiens : « Je t'avertis que tu ferais bien de fuir, les gens de Ho-tchou arrivent, dans quelques jours l'église va être détruite ».
Le 24, au matin, la vieille mère de cet individu disait à son tour aux femmes qui étaient près d'elle au lavoir : « C'est aujourd'hui qu'on va piller le Tien-tchou-tang ». Le 24 devait être en effet le dernier jour de Chœï-tong, Hiu-tsen, In-po-tsen, Kang-keou, etc., etc., et le signal du pillage dans toute cette partie. On commença par Hiu-tsen.
Le soleil se levait à peine qu'on vit accourir les malfaiteurs. Certains qu'il n'y avait point d'ennemis à combattre, ils marchaient triomphalement à la victoire. Les portes de l'église tombent en un clin d'œil sous les coups. Des flots pressés s'élancent dans les trois nefs. Les autels sont brisés et les débris entassés auprès des colonnes avec du bois de chauffage. Une voix cria tout à coup : « Voilà les chrétiens, sauvons-nous ! » et toute la multitude en hurlant de prendre la fuite. Mais au bout de quelques minutes, elle remarque qu'il n'y a personne, elle se rassure et revient à la charge. On met le feu à l'édifice qui bientôt s'écroule dans les flammes : avec lui tombe aussi la résidence et une partie des dépendances.
L'église du Hiu-tsen avait été bâtie en 1872 par le P. Ravary. Elancée et spacieuse, elle pouvait facilement contenir huit cents chrétiens.
Nos vandales ne se donnèrent pas la peine de brûler notre école, il n'y avait rien à voler, et ils avaient hâte d'attaquer Chœï-tong. C'était comme la capitale, car sa position avantageuse l'avait depuis deux ans fait choisir comme résidence centrale.
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Le P. Chen-eul qui n'était pas loin, fît immédiatement intimer l'ordre de cesser ce simulacre de défense : u Mieux vaut, leur écrivit-il, la réputation que la vie ». Et nos volontaires laissèrent la résidence sous la garde de quelques domestiques.
Il y avait alors à Chœï-tong un certain petit juge de paix, officier de basse police nommé Lieou-wan-chen, une de ces figures flasques qui portent la trahison dans leurs traits. Fumeur d'opium chez lui, catéchumène chez nous, cerbère officieux au tribunal, qui mesurait dans l'œil du maître jusqu'où il pouvait mordre, Lieou connaissait nos retraites, nos habitudes et en particulier la grande résidence de Chœï-tong. Il expédia plusieurs courriers à Ho-tchou et sa bande, promettant quelques centaines d'auxiliaires pris dans les fumeries d'opium et parmi les vagabonds ; le jour du pillage fut fixé.
Le 20 juillet, ce digne magistrat disait à un de nos chrétiens : « Je t'avertis que tu ferais bien de fuir, les gens de Ho-tchou arrivent, dans quelques jours l'église va être détruite ».
Le 2i, au matin, la vieille mère de cet individu disait à son tour aux femmes qui étaient près d'elle au lavoir : « C'est aujourd'hui qu'on va piller le ïien-tchou-tang ». Le 2i devait être en effet le dernier jour de Chœï-tong, Hiu-tsen, In-po-tsen, Kang-keou, etc., etc., et le signal du pillage dans toute cette partie. On commença par Hiu-tsen.
Le soleil se levait ù peine qu'on vit accourir les malfaiteurs. Certains qu'il n'y avait point d'ennemis à combattre, ils marchaient triomphalement à la victoire. Les portes de l'église tombent en un clin d'œil sous les coups. Des flots pressés s'élancent dans les trois nefs. Les autels sont brisés et les débris entassés auprès des colonnes avec du bois de chaviffage. Une voix cria tout à coup : « Voilà les chrétiens, sauvons-nous ! » et toute la multitude en hurlant de prendre la fuite. Mais au bout de quelques minutes, elle remarque qu'il n'y a personne, elle se rassure et revient à la charge. On met le feu à l'édifice qui bientôt s'écroule dans les flammes : avec lui tombe aussi la résidence et une partie des dépendances. L'église du Hiu-tsen avait été bâtie en 1872 par le P. Ravary. Elancée et spacieuse, elle pouvait facilement contenir huit cents chrétiens. Nos vandales ne se donnèrent pas la peine de brûler notre école, il n'y avait rien à voler, et ils avaient hâte d'attaquer Chœï-tong. C'était comme la capitale, car sa position avantageuse l'avait depuis deux ans fait choisir comme résidence centrale.
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Le flot descendit donc des hauteurs de Hiu-tsen, franchissant avec rapidité les 10 li de distance, et se précipita sur la résidence de Ghœïtong. Les hommes de Lieou vinrent grossir les rangs des pillards, ainsi que bon nombre de païens avides de voler quelque chose.
La résidence, composée de deux lignes de bâtiments et terminée depuis un an à peine, fut envahie la première. On essaya de brûler, mais on ne réussissait pas bien ; on préféra démolir et voler les matériaux, ce qui était tout bénéfice. On passa ensuite à l'église qui tomba à son tour. Après elle, on gagna les quatre maisons d'école, l'orphelinat et autres dépendances.
Là, disparurent les vêtements et les chapelles de neuf missionnaires, tous les ornements et vases sacrés, la bibliothèque centrale, des provisions de toutes sortes, une partie des titres d'achats, les montures, tous les meubles, des matériaux pour une grande église qu'on devait bâtii- Tout disparut rapidement. On emporta jusqu'aux dalles des chemins, jusqu'aux fondements des maisons. T,e rêve eut été de saisir là quelque missionnaire et de ^e hacher en morceaux, comme à Lou-tsen ; on le répétait avec des cris de joie et de rage. Mais on était arrivé trop tard.
On avait caché l'argent avant de se disperser ; mais comment cacher quelque chose aux Chinois ; ils savent si bien cacher eux-mêmes ! on le trouva, et ceux qui l'ont trouvé ne l'ont point rendu.
Faute de pouvoir tomber sur un missionnaire vivant, la rage de la bande sauvage va s'assouvir sur les restes d'un mort. On savait que dans le jardin se trouvait un tombeau. Là reposait, depuis la fin de septembre de l'année précédente, le corps du saint et vénéré P. Fémiani. On courut vers le cercueil qu'on brisa brutalement, et le cadavre apparut parfaitement conservé. Pauvre vieillard, en mourant il ne s'attendait pas à recevoir un jour la palme d'un affreux martyre. On lui trancha la tête ; un des pieds fut coupé et jeté au loin avec la tête ; les vêtements furent enlevés. Le cadavre meurtri, outragé, resta plusieurs jours exposé aux ignobles insultes d'une vile populace, ainsi qu'à la voracité des chiens. Enfin, le portier pût envelopper de nattes ces restes et les couvrir de terre (1).
Dieu ne laissa point impunis tant de forfaits. Deux des assaillants
(I) Aujourd'hui, devant la grande et belle église de Chœï-tong, se trouvent à droite et à gauche deux tombeaux. Chaque jour, le chrétien qui vient à l'église peut penser à ceux qui y reposent en attendant la résurrection : ce sont les deux modestes mausolées du P. Fémiani et du P. Jacquet, mort d'épuisement en donnant une exlrême-onction. Il fallut le soutenir et guider sa main pour administrer le saint viatique; alors il tomba et mourut!
trouvèrent la mort sous un hangar qu'ils voulaient démolir, trois autres' furent encore grièvement blessés. Malheureusement, leurs compagnons aveuglés par la haine et l'amour du pillage tinrent peu de compte d'une semblable leçon. Ils poursuivirent nos catéchistes, nos chrétiens et jusqu'aux orphelins que nous nourrissions.
Le catéchiste Tcheng-iao-sien, atteint dans sa fuite, ne dût la vie qu'aux prières d'un marchand païen qui versa pour lui 18 piastres. L'administrateur Song-tse-fou, poursuivi pendant 2 li, entendit une balle siffler au-dessus de sa tête. Deux orphelins reconnus à Wang-tsen allaient être tués, lorsqu'un païen indigène assura qu'ils n'étaient point des nôtres et les prit sous sa protection. Sept ou huit familles furent pillées et cinq ou six têtes furent mises à prix.
Après le dîner, on courut à In-tsen. Résidence et école furent la proie des flammes ; on pilla les chrétiens. A Siao-hou-tsen^ on pilla les chrétiens et on ravit la fille d'un d'entre eux. Plus tard, on put ravoir cette pauvre victime en payant rançon. Les églises de Chang-ho-tsen et de Kang-keou f -irent démolies.
Tsong-wan-tsen est une chrétienté éloignée de 30 li. Cachée au fond d'un entonnoir formé par d'abruptes et très pittoresques montagnes, elle semblait inaccessible aux dévastateurs. On avait donc dirigé vers cette solitude quelques vierges de l'école des filles de Chœï-tong. Le P. Chen-eul y avait transporté aussi quelques objets qu'il voulait mettre en sûreté, entre autres les calices. Il regardait ce village, presque entièrement chrétien, comme un lieu de retraite sûre. Mais il s'était trompé ; le même jour qui voyait tomber Chœï-tong devait voir tomber Tsongwang-tsen. "
Il était huit heures du soir, il commençait à faire sombre, l'attaque commença. La résidence était disposée de façon à pouvoir servir d'église, comme dans les chrétientés naissantes, et la forme des maisons chinoises s'y prête aisément. L'autel fut brisé, les cloisons enlevées, les meubles et les vêtements du missionnaire volés. On courut à l'école des filles ; espérait-on y trouver les vierges de Chœï-tong, c'est supposable. Mais, prévenues à temps, elles purent s'enfuir dans la montagne. L'école et quelques familles furent pillées.
Le catéchiste Kieou-hen-tchang eut surtout à souffrir. C'était un homme de valeur. Nouveau chrétien, il s'était mis au service des Pères et ne marchandait pas son zèle. Chargé d'une affaire, il savait la mener à bonne réussite. Peu craintif, il reculait rarement. Les païens peu scrupuleux n'aimaient pas le rencontrer sur leur route, et les chrétiens marchaient volontiers derrière lui. Ce fut donc un jour de vengeance. On fit le
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vide dans sa demeure ; on commença à la démolir, quand la prière d'un ami païen arrêta les furieux.
Du haut de la montagne où il était caché, Kieou put entendre les cris de joie de ses ennemis et les malédictions dont on l'accablait. Quelques heures auparavant, il avait vu la mort de fort près. Des païens indigènes l'avaient, le matin même, invité à dîner, puis l'avaient, par trahison, enfermé dans une chambre haute. Quand le catéchiste entendit barrer la porte de son cachot improvisé, il devina son sort. 11 dit à un païen qui lui annonça la ruine de Chœï-tong : « Je sais que vous voulez me tuer, mais je A'ous demande une grâce : ne coupez pas mon corps en morceaux ».
Quelques instants après, les conjurés se réunirent dans une maison voisine pour délibérer sur le sort du prisonnier. Ce fut alors que celui-ci, s'élançant par la fenêtre, s'accrocha à un arbre voisin du mur et glissa sur le sol. RelcA'é vite et sans blessure, il gagna la montagne et disparut dems les broussailles.
Un instant après, les païens rentrèrent : ouvrant la porte, ils voient que leur victime s'est échappée ; ils poussent des cris de fureur et courent à sa recherche, mais inutilement.
Le lendemain, sa tête était mise a prix. Sur une affiche collée au mur de sa maison on pouvait lire :
« 180 piastres sont promises à quiconque apportera la tête de Kieohen-tchang ; 200 piastres pour celle de son fils aîné ; 300 pour celle du P. Chen-eul ».
Ce fils aîné était en fuite et conduisait précisément le P. Chen-eul, dont on lira plus loin le périlleux voyage.
Pour le catéchiste, il erra quinze jours dans les sentiers des collines, se cachant le jour, marchant la nuit, mendiant du riz où il pouvait, et , arriva sain et sauf à Ou-hou.
Au retour de la paix, il rentrera dans ses foyers et deviendra même notable principal de son village, la chrétienté alors renaîtra sous son intelligente impulsion.
L'administrateur Tang s'était enfui avec sa famille, emportant ce qu'il avait de plus précieux. Trahi par un enfant mis h la torture, il fut découvert et dût livrer jusqu'à sa dernière sapèque.
Ce qu'on rechercha le plus, ce furent les vierges et trois élèves. Quatre jours durant, des groupes de vauriens fouillèrent les montagnes. Pendant ces quatre jours, les pauvres filles restèrent couchées sur la terre nue, dans une broussaille, sous la pluie, sans nourriture. Enfin, une des enfants, affaiblie par la faim et la maladie, ne put s'empêcher de tousser et elles furent découvertes.
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Deux des vierges et les trois élèves furent emmenées au village. La troisième vierge, frappée au pied par la pique d'un fouilleur, resta immobile et ne fut point aperçue; mais ne pouvant rester plus longtemps, elle profita de ténèbres pour se rendre chez une famille chrétienne et y prendre de la nourriture. Conduite ensuite par quelques chrétiens à travers des sentiers détournés, elle gagna Chœï-tong où elle monta sur une barque et fut ainsi sauvée. Ses compagnes furent moins heureuses. Retenues prisonnières dans une famille païenne, elles se virent plusieurs fois à la veille d'être vendues et emmenées au loin. Après plus d'un mois de captivité, on parvint à favoriser leur fuite.
Et les mandarins ? Nous ne les verrons point agir. Au fond du cœur, plusieurs n'approuvent pas ces dévastations ; tous, d'autre part, sont effrayés et n'ont sous la main que des huissiers qui applaudissent à la persécution ; enfin, le mot d'ordre qui vient d'en haut n'ordonné rien qui ressemble à la voix de la justice. Les pillards ont donc carte blanche ; ils vont, pendant plusieurs mois, organiser leurs vexations sur tout le territoire, et les pauvres chrétiens sauront ce qu'est le régime de la terreur.
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Le récit du P. Chen-eul
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