‹ Chinois & missionnaires [microform]Chapitre 2 sur 27 · LA PRÉFECTURE DE NIKG-KO-FOC · texte numérisé non relu

LA PRÉFECTURE DE NIKG-KO-FOC

En quittant Chang-haï pour se rendre à Ning-ko-fou, le voyageur remonte le fleuve Bleu et, après 36 heures de navigation à vapeur, il arrive à Ou-hou.

Cette sous-préfecture est devenue depuis vingt ans un entrepôt de commerce considérable et son importance grandit tous les jours. Cinq pontons, au service des différentes compagnies de bateaux à vapeur qui sillonnent le fleuve, suflîsent à peine pour le service des voyageurs et des marchandises.

Une douane impériale desservie par des Européens augmente l'activité du port. Les faubourgs débordent dans la campagne et surtout sur les rives du fleuve. Les nouveaux quartiers, bâtis au centre du mouvement commercial fixé par le mouillage des navires, accaparent la fortune, tandis que, resserrée dans ses murailles traditionnelles, la ville s'appauvrit dans son isolement.

Les entrepôts de riz depuis quelques années ont pris beaucoup d'extenèion, grâce aux vapeurs de commerce qui viennent s'approvisionner à Ou-hou. Des trains immenses de bois descendent du haut du fleuve et s'y arrêtent. A certaines époques ils occupent plus d'une lieue sur les rives, en aval du port. Beaucoup de ces bois s'écoulent dans le pays dont les plaines et les collines sont absolument déboisées ; une grande partie descend à Nan-kin.

Il est assez curieux d'observer l'industrie de ces grandes compagnies de débardeurs. Il ne leur faut pas moins de deux mois d'une navigation on ne peut plus laborieuse, pour flotter jusqu'à Ou-hou ces vastes radeaux qui mesurent parfois cent mètres de long sur trente de large. Ce sont de

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vrais villages flottants; car toute une population y demeure dans une dizaine de maisons de bois, de planches ou de bambous, couvertes de nattes et parfaitement aménagées. Diriger ces masses énormes demande un personnel considérable et très expérimenté. Le fleuve Bleu à la sixième lune remplit son vaste lit, quand il ne déborde pas, et son courant peut atteindre cinq à six nœuds.

Ou-hou est encore un entrepôt d'opium depuis 1S77. L'importation tend à diminuer depuis que les Chinois se sont mis à la culture du pavot, fort lucrative. Les prohibitions de l'autorité n'ont obtenu aucun résultat. Les mandarins, pour la plupart, fument et leur entourage surtout s'adonne à cette passion avec frénésie. Les soldats sont réputés grands fumeurs, et l'empereur semble avoir pris le parti de fermer les yeux sur une plaie nationale qui peut devenir fatale à l'empire, mais qui rapporte énormément au trésor.

« Ou-hou, dit le P. Havret (1), possède une cinquantaine de magasins qui servent de correspondants aux marchands étrangers... Une caisse d'opium reA-ient environ à 600 piastres mexicaines ; ils la revendent 650 piastres carolus, soit au cours actuel 86S mexicaines ; ce qui donne par caisse un bénéfice de 265 piastres. On compte dans cette ville 5,000 maisons qui servent de fumoirs publics. Quatre d'entre elles sont somptueuses et contiennent chacune 60 lits de camp (car le fumeur ne déguste son poison que couché sur le côté). Ces établissements ne mettent pas moins de 50,000 pipes à la disposition de leur clientèle. Pour cette seule ville et sa banlieue, on pourrait estimer la dépense annuelle à 11 millions de francs. La population, il est vrai, dépasse 300,000 âmes. » On peut, par cette courte statistique, se faire une idée des ravages de ce poison qui envahit toutes les classes de la société et séduit déjà une notable portion des habitants de la campagne.

Pour se rendre à Ning-ko-fou, il faut prendre une barque, c'est le moyen de transport le plus commode. On remonte la petite rivière pendant 140 li (2). Peu à peu les plaines de riz, sans aucun pittoresque, font place à une nature plus accidentée et les collines se dessinent bientôt à l'horizon. On voit au loin une ligne montueuse, capricieusement découpée, dont la teinte bleuâtre tranche sur les nuages, c'est le pays de Ning-ko, sicué par 31 degrés de latitude nord, entre le 116® et le 117" degré de longitude est. Comme toutes les autres, la ville de Ning-ko-fou a été très endommagée

(1) La Province du Ngan-hœï. — Chang-haï, mission catholique. {Variétés sinologiques.)

(2) Le li est la mesure itinéraire chinoise qui vaut environ 660 mètres : 10 li font donc un peu plus d'une lieue et demie. Les mots fou et hien reviennent souvent. Fou, veut dire préfecture ; hien, sous-préfecture.

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par le passage des rebelles dont nous parlerons ; sur une certaine partie des terrains, les ruines abandonnées restent enfouies sous l'herbe. Aucun monument ne mérite l'attention.

Le commerce qui s'y fait n'est qu'un échange de denrées vulgaires. Le paysan apporte son riz et ses légumes, il remporte les ustentiles de ménage, les étoffes et les mille petits riens qu'il aime. Le port est assez commerçant, car on transporte à Ou-hou et à Nan-kin beaucoup de riz, de Jîois et de charbon ; et les barques fournissent à Ning-ko-fou l'indispensable huile de pétrole, jadis inconnue, les étoffes anglaises, l'opium et les articles étrangers de fantaisie, qui de plus en plus, séduisent les indigènes.

La préfecture est de moyenne grandeur, mesurant environ 100 kilomètres du nord au sud et autant de l'est à l'ouest.

Elle compte 6 sous-préfectures (1) ; mais comme la partie du sud principalement est très montagneuse et encore assez peu productive depuis les dévastations de la rébellion, la population y est beaucoup moins dense que dans les plaines du nord du fleuve Bleu. D'ailleurs, l'immigration des étrangers ne cesse pas et les statistiques plus ou moins approchées que l'on essaie seraient toujours à refaire.

Une grande partie du Ning-ko est fort accidentée. Sans être à j^roprement parler un pays de montagnes, on rencontre, au milieu des chaînes inlinies de collines qui se développent capricieusement, des mamelons et des pics de plus de 400 mètres d'élévation. Dans les vallées, la culture du riz est prospère et de nombreux torrents descendent vers le fleuve Bleu. Ils se déversent en trois torrents principaux dont l'un a son embouchure à 2 lieues en amont de Ou-hou, le second à Ou-hou même, le troisième à T'ai-p'ing-fou.

Les crues du fleuve Bleu ont une influence considérable sur tous les affluents de son bassin. Ce fleuve qui, près de Ou-hou, mesure 3 kilc-

(1) Proportion sur dix sous-préfectures

Sous-préfectures Habitants

Proportion sur dix d'indigènes d"

Sinen-tchang 319,970

Ning-ko 212,936

Kin-liien 187,432

T'ai-p'ing 136,973

Tsin-té 98,460

Nan-lin 230,440

Total 1,212,211 habitants, soit 453,631 indigènes pour 7i)8,580 étrangers.

Ce tableau est emprunté au livre du P. Havret, Variétés sinologiques, n" 2.

angers

Ceux-ci, du

Hou-pé; Ho-nan

Hou-pé; Kiang-pé

Hou-pé; Ngan-kin

Hou-pé

Hou-pé

Hou-pé

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