‹ Chinois & missionnaires [microform]Chapitre 21 sur 27 · KK*-.- M · texte numérisé non relu

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tUirin est soili de bon matin brûler des bâtonnets d'encens dans les pagodes. A son l'etour, il est monté dans notre grenier pour faire ses cérémonies. On avait dressé une table sur laquelle lurent allumées deux chandelles. Entre elles, se trouvait un vase où brûlait du papier ; derrière ce vase en était un autre où brûlait un bâton d'encens. Devant la table, on avait étendu un tapis et placé un coussinet.

» Le mandarin arrive et se met à genoux sur le coussinet. Le maître de cérémonies, étant à côté et en arrière, appelle les esprits... Puis trois fois il répète : kong-hi. I;ong-hi, kong-hi (félicitations), A chaque fois, le mandarin fait une profonde inclination, puis se relève et recule un peu. Le maître de cérémonies dit alors : li-ké (c'est fini). Le mandarin fait encore à deux genoux une prostration, se lève et descend.

» 5/ août. On vient d'afficher une proclamation. A cause de l'anniversaire de la naissance de l'impératrice-mère, la bastonnade ne sera pas donnée au tribunal, à moins de raisons exceptionnelles. »

Sur ces entrefaites, un délégué, M. Fong, était arrivé à Koang-té, ayant pour mission de conduire le P. Biès à Chang-haï. L'ordre venait de Nan-kin. Le ministre de France avait formellement demandé au vice-roi qu'un mandarin partît pour Ning-ko-fou à la recherche des Pères qui étaient encore dans le pays, afin de les protéger en les conduisant à Ou-hou. Cette mesure n'était certes pas pour déplaire au vice-roi, très désireux de voir les missionnaires hors de son territoire.

Le P. Biès comprenait autrement les choses ; il sentait que sa présence h Koang-té imposait aux ennemis et donnait un peu de cœur aux chrétiens. Il était au tribunal. De là, il savait tout et il protestait sans se lasser. Les mandarins se sentaient moins libres. Pendant quatre jours, on discuta.

Le Père objectait qu'il n'avait point reçu de ses supérieurs l'ordre de s'en aller ; que les routes n'étaient pas sûres ; qu'après son départ ses chrétiens seraient plus persécutés que jamais. Il fallut enfin céder, mais il exigea un écrit par lequel M. Wen s'engageait à veiller sur la résidence de la ville et à protéger les chrétiens des campagnes. Il allait donc dire adieu au grenier mandarinal après un mois entier de réclusion.

Nous avons dû considérablement résumer son journal, pour ne pas répéter les tristes récits des vexations qu'il apprenait chaque jour. C'est le pillage et l'incendie des résidences, les têtes de chrétiens mises à prix, des contributions exorbitantes et forcées, un homme tellement battu qu'il meurt ; des femmes enlevées, etc ; rien de plus lamentable.

L'inertie de l'autorité ne permettait pas d'assigner le terme de ces violences sauvages.

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a S7 août. Ce matin, dit le Père, départ de bonne heure, sans pouvoir célébrer la sainte messe. MM. Wen, Fong, moi, le catéchiste Ly, nous sommes en chaise. Ou-ta-jen, Tchang et plusieurs autres sont à cheval. Une trentaine de soldats nous escortent.

» x\rrivés non loin de Che-tsi-tou, M. Wen reçut une lettre du tao-tai et nous fit immédiatement tourner bride. Le délégué vient à moi et me dit que le troisième fils de Ho-tchou était revenu, avait ramassé du monde pour nous attaquer; que, si l'on se battait, le général Fang viendrait à son secours. »

Le général était donc rebelle? Le tao-tai tremblait donc devant lui? La peur n'était-elle pas purement imaginaire?

On met bien des crimes sur le compte de la méchanceté ; on pourrait souvent les appeler di-s faiblesses ou des sottises tout simplement causées par la peur.

En ces jours, par exemple, que faisaient à Ning-ko-fou les quinze cents hommes envoyés par le vice-roi ? Ils étaient occupés à des terrassements vulgaires. Les mandarins, sans doute, avaient fort peu de confiance en ces soldats, bien plus capables de piller eux-mêmes que de rétablir l'ordre. Ces bataillons mercenaires et mal disciplinés sont des refuges de paresseux et de ko-lao-hœi (vieux frères) .

Revenu à Koang-té, le Père reprit son poste; il déclara à M. Fong qu'il ne repartirait pas.

Un nouveau délégué, nommé Tcheou, arriva de Ning-ko-fou avec quelques soldats du général Ou, commandant le régiment dont nous venons de parler. On le présenta le soir au P. Biès. Celui-ci lui dit que la route de Se-ngan (1) n'était pas plus siire que celle de Ning-ko-fou ; qu'il ne partait pas, ne désirant pas suivre ce nouvel itinéraire.

M. Tcheou se montra impoli et partit brusquement.

M. Fong, qui s'était, depuis le commencement des affaires, montré toujours complaisant et très serviable, revint à la charge. Il sut parler avec douceur et politesse, tant et si bien que le P. Biès finit par se laisser vaincre.

Il mettait cependant une condition à son départ : il tenait à avoir en mains la lettre de M. Wen adressée au P. Seckinger stipulant clairement la double promesse de protéger la résidence et les chrétiens de la campagne.

Dès le soir, M. Fong l'apporta. Le Père la lut : elle était modifiée : la protection des chrétiens était omise.

(I) Se-ngan est un petit port de commerce à 40 li. De là, on peut gagner Changhai en barque.

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— Je n accepte point cette rédaction, s'écria le Père ; je préfère qu'on omette la protection de ma propre maison ; je sais bien qu'on y veillera quand même. Si elle était endommagée, vous en seriez pour les frais de réparation.

On dut accepter cette seconde rédaction qui, toutefois, n'indiquait pas dans les autorités locales une amabilité d'excès.

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<i 29 août. Nous partons. En route, les soldats sont insolents et m'injurient. A 20 li, arrêt ; j'étais sur le point de faire renvoyer ces soldats. Je voulais avertir Fong, mais il dormait dans sa chaise ; je m'adressai donc au sergent qui les gronda. Il dit un mot à l'offîcier Ou qui se mit à rire d'un rire moqueur. Les soldats n'en ont pas moins continué a ma maudire.

» Arrivés à Se-ngan, les soldats qui ouvrent la marche disent :

)) — Yang-koei-tse lai leao. Le diable d'Occident est arrivé !

» Nous montons en barque. 11 y en a trois : une pour M. Fong et un domestique, une autre pour Tcheou, des soldats et leur officier ; une autre pour moi, mon catéchiste, un caporal et deux soldats. »

Le voyage, grâce au clair de la lune, se poursuivait pendant la nuit. Des soldats suivaient la route de terre le long de la rive. Ils avaient bien soin, le jour, d'avertir le public du passage d'un Européen, afin d'avoir la jouissance d'entendre les gamins crier Yang-kœi-tse, cette traditionnelle insulte qui peut avantageusement remplacer le couac des vauriens français.

On ne saurait mieux caractériser ces soldats chinois qu'en leur appliquant le portrait, tracé jadis, des lansquenets par le vieil historien Brantôme :

« Race barbare et corrompue, dit-il, dont le métier est de tailler, couper, voler, brûler, tuer, blasphémer, paillarder, faire des veuves et des orphelins. Garnements qui voleraient comme des mouches autour du diable, si le diable voulait les payer généreusement. »

Il ne manquait aux lansquenets que de fumer l'opium comme les confrères chinois ; il ne manque à ceux-ci que d'être braves comme étaient les lansquenets.

Le Père note les différentes stations de son monotone voyage, où nul incident n'est plus à signaler.

Arrivés à Zi-ka-wei, résidence des missionnaires, près de Chang-hai, les deux délégués et les deux chefs militaires furent invités à un dîner de remerciement. On en profita pour pousser la complaisance jusqu'à leur faire visiter l'orphelinat, l'observatoire, même la grande école tenue par les

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Auxiliatrices. N'est-ce pas le meilleur moyen de faire tomber peu à peu les préjugés?

Nos ennemis soupiraient après le départ du P. Biès, et, dès le lendemain, comme il le prévoyait en prenant tristement le chemin de la liberté, les notables redoublaient d'efforts pour faire des apostats.

A Yang-kan-kiao, par exemple, on s'acharne sur trois chrétiens, et ces iniques notables, fort désintéressés, demandent 20 piastres ou l'apostasie. Mais ils aiment autant 20 piastres, car, s'ils les donnent, on les protégera malgré leur religion. '

Au fond, cette persécution était l'œuvre du démon, ce tout-puissant du grand royaume païen. Il agit différemment sur les diverses couches sociales ; le peuple, lui, n'a qu'un mot d'ordre et il ne l'oublie pas : Profiter du désordre et l'augmenter pour piller à son aise.

Les pauvres chrétiens ne seraient peut-être pas fort vaillants devant les apprêts officiels d'un glorieux martyre ; pouvaient-ils être sans défaillance devant la rage des païens, les larmes et les cris de leurs pauvres enfants ?

Après le départ du P. Biès, il ne restait plus un seul missionnaire au Ning-ko.

A Ou-hou, le P. Le Cornée et quelques autres attendaient impatiemment l'occasion d'y rentrer ; ils n'étaient arrêtés que par la politique astucieuse des mandarins, qui refusaient leur concours sous mille prétextes de prudence. Nous l'avons dit, ils pouvaient à la vérité trembler de peur ; ils ne trouvaient pas non plus mauvais de protéger les missionnaires en les exilant de leur mission.

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A Nan-kin. — Première partie du procès

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