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TUMEURS PAR DISTENSION OU RUPTURE DES VAISSEAUX

Dans ces tumeurs se rangent les anévrismes artériels et artérioso-veineux, les varices et les tumeurs érectiles. Pour ces dernières nous renvoyons à la page 23.

Anévrismes artériels.

Un anévrisme artériel est une tumeur développée sur le trajet d’une artère, telle que celle du bras, de la cuisse, et présentant des pulsations qui correspondent aux battements du pouls et du cœur, et un bruit de souffle et de râpe.

L’anévrisme est dû à une dilatation ou à une rupture des

tuniques internes d’une artère et à la formation d’une poche aux dépens de la tunique externe, poche dans laquelle le sang s’engouffre en lui imprimant un mouvement de dilatation et des pulsations. En la comprimant directement avec la paume de la main, cette poche diminue, preuve que le sang repasse dans le vaisseau. La compression de l’artère entre elle et le cœur produit le même effet. Au contraire, la compression qui laisse l’anévrisme entre elle et le cœur, le distend et rend les pulsations plus fortes, parce que le sang est obligé de s’y arrêter.

L’anévrisme artériel se développe d’ordinaire lentement. C’est d’abord une petite tumeur de la grosseur d’un pois ou d’une aveline, qui augmente insensiblement, et peut acquérir le volume d’un œuf de poule, du poing et même davantage.

L’anévrisme se produit par cause externe ou de lui-même. Dans le premier eas, l’artère a été blessée ou éraillée ; dans le second, elle s’est ulcérée, ou ses parois devenues cassantes se sont rompues, car il arrive que les artères s’ossifient.

L’anévrisme artériel abandonné à lui-même se rompt et donne lieu à une hémorragie mortelle. Il faut donc recourir au plus tôt à un chirurgien.

Les moyens curatifs sont : 1° la compression; 2° la glace ou les styptiques ; 3° l’acuponcture ou le galvanisme ; 4° la ligature.

Cette dernière est la plus sûre. On la pratique immédiatement au-dessus ou au-dessous du sac, ou dans un point plus ou moins éloigné, sur l’artère principale en correspondance avec la tumeur. Cette dernière méthode est la plus usitée. Pour cela, on met l’artère à nu par une dissection prudente, on passe dessous un stylet aiguillé, et on la lie avec un fil de soie ciré. La ligature faite, on s’assure que les pulsations s’arrêtent ou du moins diminuent. La plaie est réunie par des emplâtres. Du seizième au vingtième jour, la ligature tombe en laissant voir l’œillet qui a coupé le vaisseau.

Il y a quelques exemples où ’l’anévrisme a disparu de luimême. C’est ce qui a donné l’idée d’un traitement interne pour favoriser ou amener ce mode de terminaison. Ce traitement porte le nom du chirurgien Valsalva. On soumet le malade à une

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diète absolue, au point de ne lui donner que rigoureusement ce qu’il faut pour vivre, et on lui soustrait graduellement du sang, de manière à le rendre anémique. Ce liquide n’arrivant plus dans la poche qu’en faible quantité, on peut espérer qu’elle se resserrera et disparaîtra. Il existe des cas de guérison. Cette méthode peut n’être que palliative. Il faut y avoir recours dans les anévrismes qui ne permettent pas la ligature, comme ceux des gros vaisseaux près du cœur ou de cet organe lui-même.

La cure des anévrismes par le galvanisme consiste à faire passer à travers la tumeur un courant au moyen d’une aiguille ou d’un fil de platine qui rougit et communique l’inflammation à tout le sac. La tumeur enflammée durcit, le sang se coagule, et la circulation n’y a plus lieu, de sorte qu’on peut espérer la guérison. On applique sur la tumeur des styptiques ou des astringents pour favoriser ce résultat. Ce traitement peut donner lieu à des accidents graves, et exige les plus grandes précautions. Il n’y a donc que le chirurgien qui puisse l’instituer.

Après l’opération, la circulation se rétablit et se régularise par les branches collatérales. De même, quand un canal a été interrompu, l’eau arrive au-dessous du point obstrué, en se frayant des canaux de dérivation. Il est rare que le membre se gangrène faute de sang.

A névrisme artérioso-veineux.

Un anévrisme variqueux est celui qui est produit par la communication accidentelle d’une artère et d’une veine, de manière que le sang passe de l’une dans l’autre. On le remarque surtout à la tempe, ou au pli du bras à la suite de la saignée. Voici ce qui est arrivé. La pointe de la lancette a pénétré en même temps dans la veine et l’artère. La petite plaie n’a pas tardé à se cicatriser; mais, au bout de quelque temps, on s’aperçoit que la cicatrice est soulevée par des battements. Une tumeur se forme et augmente de jour en jour de volume; quand on y applique la main, elle présente un bruissement très-marqué. L’oreille y entend un bruit à double courant, c’est à-dire, que dans l’inter valle des pulsations il y a un courant continu dù au passage non

interrompu du sang de l’artère dans la veine. Les pulsations s’étendent plus ou moins loin dans les veines avoisinantes, et même on remarque qu’elles grossissent et prennent le caractère d’artères. Au pli du coude cette artérialisation peut s’étendre jusqu’à l’aisselle. A la tempe, elle gagne toutes les veines du front et du cuir chevelu.

L’anévrisme variqueux se termine de la même manière que l’artériel et exige le même traitement. Mais la ligature doit être faite immédiatement au-dessus et au-dessous du sac, afin d’empêcher le sang de remonter dans la veine.

On voit que l’opération de la saignée, quoique simple en apparence, ne peut être faite que par un chirurgien. Le feu roi Louis-Philippe portait constamment sur lui une lancette et en faisait usage à l’occasion. C’est une licence qu’il ne faut pas imiter.

Varices.

On nomme varice {varix, que quelques étymologistes font venir du verbe variare, varier, se détourner, à cause des sinuosités des vaisseaux) l’augmentation des veines par l’accumulation du sang dans leur intérieur. La varice est noueuse, sinueuse ou repliée en zigzag, inégale, indolente, livide ou bleuâtre, sans pulsations, cédant facilement à la pression du doigt et reparaissant dès qu’on cède la compression. Ces dilatations s’observent surtout aux parties déclives, comme aux jambes. Chez les femmes grosses, elles sont le résultat de la compression des veines par l’utérus.

Les varices des membres n’exigent d’autre précaution que de les comprimer au moyen d’une guêtre élastique ou d’une bande. On a proposé différentes opérations, mais celles-ci sont plus dangereuses qu’utiles. Nous ne pouvons donc conseiller aux malades de s’y soumettre. Les inconvénients qui peuvent résulter des varices non contenues, c’est qu’elles peuvent se rompre et, indépendamment de l’hémorragie, donner lieu à des ulcères rebelles. Pour ce motif, il est bon de s’en rapporter à un chirurgien.

Les varices des veines du testicule et du cordon ont reçu les

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noms de varicocèle, cirsocèle. Elles exigent un suspensoir. Quand elles sont très-volumineuses, on les enlève par excision ou ligature.

4° TUMEOR PAR OBLITÉRATION D’UN CONDUIT EXCRÉTEUR.

Les humeurs sécrétées par les glandes sont versées à la surface du corps par des conduits qui, quand ils viennent à se boucher, donnent lieu à des tumeurs par suite de l’accumulation des liquides contre l’obstacle. C’est à des causes de cette nature que sont dues les tumeurs lacrymales et salivaires.

Tumeurs lacrymales.

Les larmes, sécrétées par une petite glande située à la partie externe de l’orbite, au-dessous de la paupière supérieure, sont versées à la surface de l’œil, d’où elles passent par de petits canaux dans un sac ou réservoir placé à l’angle interne de l’orbite, sous le tendon palpébral, pour être écoulées de là dans les fosses nasales par un conduit creusé dans la face nasale de l’os de la mâchoire supérieure. C’est ce dernier conduit qui, étant obstrué, retient les larmes dans leur sac et donne lieu à une tumeur de la grosseur d’une petite noix, tumeur qui se forme d’ordinaire lentement, ayant été précédée d’un larmoiement qui indique l’obstacle.

La tumeur lacrymale, quand elle est entièrement formée, a une forme bilobée ou en calebasse. En la comprimant, on en fait sortir, par les points lacrymaux, un liquide tantôt clair, tantôt muco-purulent. Elle finit par s’enflammer, s’altérer, et donne lieu à une fistule d’où s’écoulent continuellement les larmes.

La gêne et la difformité que les tumeurs lacrymales occasionnent obligent de recourir à un chirurgien. Nous devons faire remarquer qu’ici encore, comme dans presque toutes les affections chirurgicales, en s’y prenant à temps, on facilite singulièrement le traitement et on rend souvent une opération sanglante inutile.

La tumeur lacrymale est toujours précédée d’un larmoiement. II y a également une rougeur et une légère intumescence qui indiquent que le sac est engorgé ou enflammé.

On conçoit que dans cet état l’application réitérée d‘une ou de deux sangsues dans la narine correspondante ou sur le sac lui-même, des fumigations émollientes ou aromatiques, de petits cataplasmes, peuvent désobstruer les voies en les dégorgeant. En s’adressant alors au chirurgien, celui-ci fera des injections émollientes ou détersives par les points lacrymaux, et rendra ainsi ces canaux libres en empêchant les matières muco-purulentes de s’y amasser. On comprend ce que ces opérations exigent de délicatesse, puisqu’il s’agit d’introduire le siphon d’une seringue dans des ouvertures qui ont à peine la grandeur d’une tête d’épingle, et qui sont placées sur les bords palpébraux constamment en mouvement. Au besoin, le chirurgien sondera les canaux avec de petits stylets afin de repousser les matières vers le nez.

Il ne faut pas se laisser décourager par la longueur de ce traitement, car il dure quelquefois trois ou quatre mois. L’affection étant due tantôt à une cause catarrhale, tantôt à une cause spécifique, comme la variole, la syphilis, les scrofules, il faut éviter soigneusement que le froid ne vienne frapper directement l’œil, et soumettre en même temps le malade à un traitement approprié à la cause.

Quand ces moyens préventifs ont échoué et que la tumeur lacrymale enflammée ou distendue est sur le point de s’ouvrir, le chirurgien l’incise avec un petit couteau, et il désobstrue directement le canal nasal en y plaçant soit un petit séton, soit une bougie, un clou de plomb ou une canule. Cette dernière, qui est en or ou en argent, peut y rester quelquefois pendant toute la vie. Quand les larmes coulent librement dans les narines, le chirurgien laisse cicatriser la petite plaie du sac. (Voir plus loin.)

Dans le cas où le canal nasal serait entièrement bouché par une tumeur osseuse, il resterait au chirurgien la ressource de percer, au moyen d’un emporte-pièce ou d’un cautère, la cloison orbito-nasale, qui est très-mince dans cet endroit, et de procurer ainsi une voie nouvelle aux larmes.

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Tumeur salivaire ou grenouillette.

On nomme grenouillette une petite tumeur molle, fluctuante, demi-transparente, qui se forme sous la langue par l’obstruction de l’orifice du conduit excréteur de la glande salivaire sousmaxillaire.

La dénomination de grenouillette vient, selon quelques auteurs, de l’analogie avec les goitres aériens de la grenouille, ou bien de l’espèce de coassement produit par la gêne de la langue. Cette tumeur s’accroît avec le temps; ses parois s’épaississent et se convertissent en un kyste qui finirait par remplir toute la bouche, si on ne rétablissait le cours de la salive par ses couloirs naturels, ou si on ne lui donnait une issue artificielle et permanente. A cet effet, on a recours à la ponction, ou à l’incision de la tumeur, à la cautérisation, ou mieux à l’excision d’une portion de la partie supérieure du kyste. Dupuytren a imaginé un bouton double semblable à un bouton de chemise, qu’on introduit dans la plaie faite préalablement au sac, et qu’on y laisse jusqu’à ce qu’il tombe de lui-même.

Avant de recourir à ces opérations, le chirurgien tentera la désobstruction de l’orifice par des sondes ou des stylets. Mais pour cela il faut qu’on aille le consulter à temps.

5° TUMEURS ENKYSTÉES.

On nomme kystes (de xuar/ç, vessie) des espèces de poches ou de sacs contenant une humeur plus ou moins consistante ou visqueuse. Le développement de ces kystes ou leur formation accidentelle donne lieu à des tumeurs dont on ne peut pas faire sortir le contenu par pression, parce qu’il n’y a pas d’ouverture. C’est en cela particulièrement que ces tumeurs se distinguent de celles qui sont formées aux dépens d’un canal excréteur, du moins dans le commencement.

Les tumeurs enkystées ont été désignées sous les noms de nicliccrisj athèr ornes, stéatomes, à cause de la ressemblance de

leur contenu tantôt avec du miel, tantôt avec du suif, de la matière sébacée, de l’albumine grumelée, etc.

Parmi ces tumeurs, nous distinguerons, comme étant trèsfréquentes, celles qui se développent au cuir chevelu, et qui ont reçu le nom de taupes, parce qu’elles forment des espèces de mottes arrondies ou légèrement aplaties. Elles sont mobiles, sans changement de couleur à la peau et dégarnies de cheveux. Sur un même individu, nous en avons extirpé plus de soixante de diverses grandeurs, depuis celle d’un pois jusqu’à celle d’un œuf de pigeon.

Ces tumeurs occasionnent beaucoup de gêne, surtout pour la coiffure; à chaque instant elles sont blessées par le peigne. Leur extirpation est facile et exempte de danger. On les traverse d’un coup de bistouri, et on arrache le kyste avec des pinces ou une spatule. Si la peau est adhérente, on la circonscrit par deux incisions semi-elliptiques et on l’enlève en même temps.

Aux paupières on observe également des tumeurs enkystées. Comme elles occasionnent beaucoup de gêne, on les enlève à l’intérieur de la paupière afin de ne pas laisser de cicatrice.

Au cou, il se développe, le plus souvent du côté gauche, des kystes dépendants du corps thyroïde, et contenant un fluide albumineux d’une couleur foncée. Ces kystes acquièrent souvent un volume énorme et gênent la respiration. On les incise, ou mieux on les injecte d’un liquide iodé. L’iode est le médicament particulièrement approprié aux maladies goitreuses. (Voir plus loin.)

Dans le ventre, il se forme souvent des tumeurs enkystées dépendantes soit des ovaires, soit de leurs dépendances. Leur extirpation exigerait l’ouverture du ventre, opération dangereuse, mais que nous avons vue réussir dans un cas où l’on s’était mépris sur leur nature. Ce cas mérite d’être rapporté ici.

Une fille de dix-huit à vingt ans se présenta à l’hospice de la Maternité de Gand pour accoucher. Elle se disait enceinte d’au delà de treize mois. On constata en effet dans la partie droite du ventre une tumeur ayant la forme d’un enfant. Comme l’utérus était vide , on crut à une grossesse extra-utérine et on se décida à l’opération. Le ventre fut ouvert, mais au lieu d’un enfant, on retira un long chapelet de tumeurs athéroma-

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teuses, tenant au ligament de l’ovaire droit. La femme guérit sans accident.

Ce fait a une grande importance pratique. II prouve que dans une foule de circonstances on sauverait l’individu condamné à périr. Les tumeurs des ovaires, les étranglements internes de l’intestin peuvent, dans certaines circonstances, légitimer l’ouverture du ventre. (Voir plus loin.)

Tumeurs séreuses.

On nomme ainsi les tumeurs formées par l’accumulation de la sérosité dans un sac normal ou anormal ; elles sont oblongues, arrondies, pyriformes, simples ou multilobées, selon la forme de la poche qui les constitue.

Parmi ces tumeurs, on distingue particulièrement l’hydrocèle, les ganglions tendineux, les hydrarthroses, ou les hydropisies des sacs articulaires, les tumeurs hydatiques, etc.

Hydrocèle.

De vi op, eau, et tumeur. — C’est une tumeur séreuse des enveloppes du testicule ou du cordon. On la distingue en hydrocèle externe ou par diffusion, et en hydrocèle interne ou par épanchement. Le premier n’est qu’une infiltration ou un œdème des bourses, et existe surtout à la fin des maladies chroniques.

L’hydrocèle proprement dit est une collection séreuse dans la tunique vaginale du testicule ou du cordon. Il est aigu ou chronique. Dans le premier cas, il est accompagné de beaucoup de douleur et de tension ; la collection aqueuse est peu abondante. L’orchite ou l’inflammation du testicule la précède ou l’accompagne.

L’hydrocèle chronique arrive lentement, sans cause appréciable, ou comme suite éloignée d’une contusion, d’un froissement. La tumeur se développe de bas en haut, et on s’aperçoit que la bourse de ce côté prend une forme pyroïde ou oblongue, selon qu’elle réside dans les enveloppes du testicule ou du cor-

don. Dans le premier cas, le testicule est situé en haut et en arrière de la tumeur; dans le second, au bas du boyau dont il est séparé par une espèce de collet ou d’étranglement.

L’hydrocèle est léger, eu égard à son volume, et présente de la transparence à la lumière. Pour cela on examine la tumeur dans l’obscurité, en laissant entrer par le volet un rayon du jour, ou bien à la bougie.

La transparence se perd lorsque l’hydrocèle est ancien et par l’épaississement de ses parois.

Les personnes qui portent ces tumeurs doivent recourir au chirurgien, qui y fera une ponction et y injectera un liquide iodé. Ce traitement exige à peine que le malade garde le lit. En moins de trois à quatre semaines, la cure est radicale. Au contraire, en laissant venir les choses trop loin, on risque de devoir garder cette infirmité.

L’hydrocèle, chez les femmes, consiste dans un kyste des grandes lèvres rempli de sérosité. L’injection lui est également applicable.

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