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TUMEURS PAR LA SORTIE OU LA CHUTE DES ORGANES

Hernies.

On donne le nom de hernie à toute tumeur formée par un viscère ou une de ses portions, entraîné hors de sa cavité sans plaie extérieure. Ces tumeurs se manifestent d’ordinaire sous la peau qu’elles soulèvent. Nous nous occuperons ici des hernies abdominales, comme les plus fréquentes et exigeant les secours les plus prompts.

Ces hernies se présentent dans les différentes régions du ventre où les viscères peuvent s’échapper, soit par des ouvertures naturelles, comme l’ombilic, les anneaux inguinaux ou cruraux, les échancrures pelviennes, etc., soit par des éraillements ou des interstices musculaires, comme chez les femmes qui ont eu plusieurs grossesses.

La hernie est une tumeur rénitente, élastique, sonore à la percussion, quand c’est une portion d’intestin qui la forme; au

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contraire, bosselée, inégale, pâteuse, quand c’est une portion d’épiploon ou du tablier graisseux qui recouvre les viscères. Celte tumeur est réductible ou non. Dans le premier cas, elle rentre dans le ventre, soit par la position seule, soit par la pression. Quand c’est un intestin, cette rentrée a lieu graduellement et en laissant entendre un gargouillement clair. Quand c’est l’épiploon, elle rentre en bloc et sans bruit. C’est ainsi encore que la tumeur disparaît ou diminue quand l’individu est couché, et augmente quand il est debout ou dans les efforts pour tousser, lever un poids, etc. C’est dans ces moments surtout que de nouvelles portions intestinales peuvent se joindre à celles déjà sorties et rendre la tumeur plus considérable.

Hernie irréductible.

La hernie est irréductible de prime abord, soit à cause de son volume, soit par suite de l’étroitesse de l’ouverture qui lui a livré passage. Cela a lieu surtout quand la tumeur s’est formée brusquement. Consécutivement, la hernie devient irréductible par suite des adhérences qu’elle contracte avec son sac. On donne le nom de sac à la portion du péritoine ou de la membrane dont le ventre est tapissé, que le viscère a entraînée avec lui au moment de sa sortie.

La hernie irréductible donne lieu à de graves inconvénients, et même peut devenir un danger de mort. Aussi quand une personne est atteinte d’une tumeur qui ressemble à une hernie, elle ne saurait trop se hâter d’appeler le chirurgien, afin qu’il s’assure de la nature de cette tumeur, et, si c’est une hernie, qu’il la réduise. Il faut également, si ces personnes ont un certain âge, qu’elles s’astreignent à porter un bandage herniaire la nuit comme le jour, afin que la descente n’augmente point. Chez les personnes jeunes et les enfants, on peut espérer devoir, au bout de quelque temps, la hernie disparaître. On en a eu de fréquents exemples. Nous avons imaginé une méthode de cure radicale, très-simple et sans opération, consistant dans l’application constante et inamovible du bandage herniaire. Nous y reviendrons plus loin.

Le danger des hernies consiste dans l’étranglement, l'engouement ou l’inflammation.

Hem ies étranglées .

L’étranglement des hernies s’entend du pincement de la partie herniée par l’ouverture qui lui a livré passage, ou le collet de son sac. Dans le premier cas, c’est l’anneau fibreux, dont les bords tranchants étranglent la tumeur à sa base; dans l’autre, c’est le collet lui-même qui s’est épaissi. L’étranglement par l’anneau existe donc dans les hernies récentes ; celui par le collet, dans les hernies anciennes dont le sac n’a pas été réduit. Dans l’un comme dans l’autre cas, le cours des matières intestinales est interrompu et il y a menace de gangrène. De là deux ordres de phénomènes : D’une part la constipation, après que les matières contenues au-dessous de l’étranglement ont été évacuées, puis des éructations vers le haut, des vomissements d’abord bilieux, ensuite stercoraux; de l’autre, une grande prostration, le hoquet, le froid des extrémités et enfin la mort.

Quand une personne présente un de ces symptômes, il importe donc d’appeler immédiatement le chirurgien, qui examinera avec soin l’état du ventre.

Traitement de la hernie étranglée.

L’étranglement de la hernie étant reconnu , il doit être levé aussitôt. Pour cela on emploie les relâchants, les bains prolongés, la saignée jusqu’à syncope et les fomentations sur la tumeur, après lesquels on fait des essais de réduction, en usant de la plus grande prudence, en cherchant à allonger la tumeur avec les doigts, et en la malaxant afin de faire rentrer d’abord les matières qui y sont contenues. Quand ce sont des gaz, on a encore donné le conseil de faire des piqûres avec des aiguilles à acupuncture, mais il est rare que ces ouvertures étroites parviennent à réduire d’une manière sensible le volume de la tumeur.

Quand tous les efforts de réduction ont échoué, il n’y a plus

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que l’opération qui puisse sauver le malade. Malheureusement ce moyen est souvent employé trop tard. Dans les hôpitaux, l’opération de la hernie étranglée ne réussit aussi rarement que parce que les malades y sont amenés à la dernière extrémité, lorsque déjà la gangrène existe.

Quant à l’opération, elle consiste dans le débridement et l’agrandissement de l’anneau ou de l’ouverture par laquelle la hernie s’est formée, ou du collet du sac. Pour cela on incise successivement la peau et les tissus sous-jacents, jusqu’à ce qu’on arrive au sac herniaire. Celui-ci étant ouvert avec précaution, on insinue l’ongle du doigt indicateur de la main gauche dans l’ouverture ventrale, et on l’agrandit au moyen d’un bistouri boutonné.

L’étranglement levé, on s’assure de l’état de l’intestin, et s’il n’est pas mortifié, on le replace dans le ventre. La plaie extérieure est ensuite réunie par des emplâtres agglutinatifs.

Quand il y a gangrène, il n’y a d’autre ressource que de laisser se former un anus contre nature. Pour cela on fixe le bout supérieur de l’intestin, au moyen de quelques points de suture, dans la plaie extérieure, et on l’y laisse cicatriser, de manière que les matières sortent par cet endroit. Ce serait sans doute une infirmité désespérante, si l’art n’était parvenu à y porter remède. C’est au génie de Dupuytren qu’on doit ce grand bienfait.

Voici sur quelles données repose le procédé opératoire imaginé par ce grand chirurgien.

Quand une anse intestinale a été divisée par la gangrène, il y a deux bouts, l’un correspondant à la partie supérieure de l’intestin, l’autre à la partie inférieure. C’est le premier qui a été fixé dans la plaie, afin d’empêcher l’épanchement des matières dans le ventre. Lorsque l’adhérence est établie, il reste une espèce d’anus ou de cul de poule au fond duquel se présentent les ouvertures intestinales. Ces ouvertures sont séparées par une cloison verticale résultant de l’adossement des deux extrémités de l’intestin. C’est cette cloison que Dupuytren a détruite en la pinçant entre les mors d’une pince analogue, quant au mécanisme, à l’épingle en bois dont se servent les blanchisseurs. Cette pince est laissée à demeure; on commence par la serrer

jusqu’à ce que toute douleur cesse, puis graduellement on la serre davantage tant que l’éperon ou la cloison n’est pas coupée. Ceci fait, la pince tombe d’elle-même, et il existe entre les deux bouts de l’intestin une communication latérale par laquelle les matières peuvent passer librement. Ce cours une fois rétabli, l’anus contre nature diminue insensiblement et finit par se boucher. On accélère ce résultat en cautérisant le pourtour avec un crayon de pierre infernale.

La cure radicale de l’anus contre nature est sans doute un des plus beaux titres de la science à la reconnaissance de l’humanité. (Voir plus loin.)

Hernies engouées.

L’engouement des hernies est déterminé par les matières qui les obstruent et qui les tuméfient. Une hernie engouée est molle, empalée, sans douleur à la pression.il y a interruption des selles et les vomissements ne tardent pas à se déclarer, d’abord de matières bilieuses, puis de matières stercorales. L’engouement survient dans les hernies anciennes volumineuses, surtout dans les hernies irréductibles et chez les personnes d’àge.

La hernie engouée exige le rétablissement immédiat des selles au moyen des lavements et des purgatifs. Comme l’intestin est frappé de torpeur, on a recours aux lavements âcres afin de réveiller sa contraction.

Hernies enflammées.

La hernie est enflammée quand la tumeur devient chaude et douloureuse. Un coup, une contusion peut produire ce résultat, ou bien encore un bandage vicieux. L’inflammation, en tuméfiant les parties, produit un certain degré d’étranglement qu’il faut lever par les sangsues et les cataplasmes émollients. Dans les hernies irréductibles, on ne saurait prendre trop de précautions pour garantir la tumeur contre les violences extérieures. Dans ces cas, un bandage à pelote concave est nécessaire.

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