BEC-DE-LIÈVRE
Le bec-de-lièvre constitue communément une difformité de naissance. 11 est simple ou double. On y remédie en avivant les bords de la fente, dont on retranche l’ourlet rouge ou muqueux, et on la réunit par des aiguilles en or ou en argent, autour desquelles on entortille en huit de chiffres un fil ciré (fig. 14).
Une question importante qui se présente ici, est celle de l’époque où il faut pratiquer l’opération. Communément on attend l’âge de raison , c’est-à-dire jusqu’à ce que l’enfant , comprenant son infirmité, désire en être délivré. Mais ce retard est plein d’inconvénients. D’ahord il laisse subsister pendant des années une difformité qui est surtout pénible pour les parents; ensuite il peut se faire que le bec-de-lièvre nuise à l’alimentation de l’enfant, à la succion; puis enfin la face, faute d’appui sur la ligne médiane, continue à s’écarter et à s’élargir. On reconnaît tous les becs-de-lièvre qui ont été opérés tardivement à l’élargissement du nez. C’est pour ces motifs que depuis de longues années nous opérons les nouveau - nés, et nous avons constamment réussi, à la grande joie des parents, surtout de la mère. L’opération n’est ni longue ni dangereuse, et quant à la
Fig. U.
STAPHYLORAPHIE,
crainte de voir la suture se déchirer par les cris de l’enfant, on y remédie en prenant une plus grande épaisseur de chairs.
Nous avons appliqué l’opération du bec-de-lièvre à la lèvre inférieure, pour des tumeurs érectiles volumineuses. Nous citerons, entre autres, un enfant qui portait une tumeur tellement considérable qu’elle lui tombait jusqu’au-dessous du menton, tenant ainsi la lèvre renversée et donnant lieu à un écoulement continuel de salive. Au bout de quatre jours, l’enfant était complètement guéri. C’est donc une opération que nous pouvons proposer en toute confiance.
STAPHYLORAPHIE.
La staphyloraphie,de luette, et suture, est une
opération analogue à celle du bec-de-lièvre, et qui se pratique sur le voile du palais, fendu ou divisé par un vice de naissance. Cette
Fig. 4ïï.
réunion ne peut se faire que vers l’âge de quatorze ou quinze ans, parce qu’il faut beaucoup de fermeté pour la supporter. L’extrême sensibilité du voile, les vomissements que les moin-
dres attouchements provoquent, rendent l’opération fort diffi cile. Quant au procédé opératoire, il consiste dans l’avivement des bords et leur union par des sutures (fig. 15).
Avant de laisser pratiquer cette opération, les parents doivent être avertis des accidents qui peuvent la compliquer et compromettre son succès. Il arrive, en effet, que les sutures se rompent par les vomissements ; d’autres fois le voile se gangrène. Le plus pénible, c’est l’abstention de toute boisson pendant trois à quatre jours ; c’est tout au plus si on peut humecter les lèvres ou la bouche. L’opéré est tourmenté par une soif et une ardeur du gosier qui provoquent quelquefois son inflammation. Nous pensons qu’on remédierait à cet inconvénient en introduisant, quelques heures ou un jour avant l’opération, une sonde en caoutchouc par les narines, et en l’y laissant à demeure pour nourrir par là l’opéré. Quoi qu’il en soit, la suture du voile du palais ne doit être pratiquée que quand la personne la désire vivement, et est bien décidée à en endurer patiemment les suites. Nous avons remarqué qu’en général les filles la supportent mieux que les garçons. Cette observation est applicable à la plupart des opérations sanglantes, dans lesquelles les femmes se montrent plus courageuses que les hommes.