OUVERTURE DES VOIES AÉRIENNES
trachée-artère, afin de livrer une voie artificielle à l’air et aux corps étrangers. Celte opération étant peu pratiquée, parce qu’en général on en a une appréhension que n’explique pas le danger auquel elle expose, nous nous attacherons à en faire ressortir les avantages.
Supposons un individu ayant un engorgement chronique du larynx, ou bien chez lequel on soupçonne une tumeur qui bouche la glotte, ou bien encore un enfant prêt à périr du croup. L’ouverture du larynx ou de la trachée artère, faite dans ces conditions, rend au malade la respiration, et donne au médecin le temps d’employer les moyens nécessités par la maladie. Nous citerons ici deux exemples qui sont concluants.
Un jeune garçon, après une inflammation du larynx, avait conservé la voix grêle par intervalles, avec une gêne de la respiration. L’oppression devint de plus en plus forte et dégénéra en menace de suffocation , malgré tous les moyens employés. M. le professeur Ehrmann, de Strasbourg, qui donnait ses soins au petit malade, avertit les parents qu’une opération pouvait seule sauver leur enfant. Sa proposition ne fut pas acceptée par crainte des accidents. L’enfant suffoqua. L’ouverture du corps fit découvrir dans le larynx une tumeur du volume d’une noisette qui aurait pu être facilement enlevée, si les parents s’étaient montrés moins timorés. La guérison était d’autant plus certaine que le larynx était sain. Nous devons nous élever ici contre cette pusillanimité qui fait qu’on laisse périr un être cher dans la crainte de lui occasionner de la douleur. La responsabilité que les parents encourent dans ces cas doit les engager à s’en rapporter à la sagesse du médecin.
Le second exemple est celui d’une jeune femme affectée de la perte de la voix, avec difficulté de respirer assez forte, par instants, pour faire craindre la suffocation. M. Ehrmann, soupçonnant de nouveau une tumeur dans le larynx, proposa l’opération qui fut acceptée. A cet effet, il commença par ouvrir la trachée-artère ou le canal aérien qui descend au-devant du cou, et y plaça une canule courbe, afin de maintenir l’entrée de l’air (fig. 16). La malade, qui était plongée dans une profonde asphyxie, revint à elle. Voulant laisser ce bien-être s’établir, le
chirurgien remit à quelques jours l’ouverture du larynx, qui, ayant été incisé alors, permit d’extraire un polype qui avait été cause de la suffocation. La malade fut guérie en peu de temps.
Fig. 16.
On voit par ces exemples quelle confiance on peut avoir dans une opération qui, simple en elle-même, n’expose à aucun danger que le médecin ne puisse prévoir ou éviter. Admettons qu’il s’agisse d’une affection organique au-dessus des ressources de l’art. Le patient sera du moins soustrait aux anxiétés de la suffocation, et, grâce à la canule, pourra vivre un temps plus ou moins long. Nous avons ainsi conservé la vie pendant trois ans à un individu affecté d’inflammation chronique du larynx. Chez les enfants menacés d’asphyxie par suite du croup, la trachéotomie, faite en temps, prévient la mort et permet d’employer les autres remèdes. S’il s’agit d’un corps étranger tombé dans les voies aériennes, comme une bille de marbre, et si ce corps est trop volumineux pour être rejeté par expectoration, l’ouverture de la trachée-artère fait cesser immédiatement les accidents, et il n’est pas même nécessaire d’aller à la recherche du corps étranger, qui se présente de lui-même à l’ouverture par la force de l’air expiré.