PANSEMENTS CONSÉCUTIFS DES PLAIES
Une plaie qui suppure exige de grands soins de propreté, afin que le pus ne se décompose point et ne donne pas lieu à des absorptions nuisibles. Les expériences sur les animaux ont démontré que la sanie ou le pus fétide agit à l’instar d’un virus et décompose le sang. Dans les hôpitaux, les fièvres d’absorption contractées dans les salles encombrées de blessés, sont constamment mortelles. La charpie dont on recouvre les plaies pour absorber le pus, doit être propre et molle. Il faut avoir soin, avant de s’en servir, de bien l’étirer afin d’en faire tomber la poussière ou les corps étrangers. Elle doit être faite de linges usés, afin qu’elle soit soyeuse. On peut encore faire usage d’amadou préparé sans salpêtre et bien battu afin de le rendre spongieux. Tant que la plaie n’est pas dégorgée et qu’elle donne lieu à une suppuration abondante, il faut la laver à l’eau de son ou à l’eau chlorurée. Si elle est profonde ou anfractueuse, on y fait des injections. I! est bon de donner à la partie de fréquents bains tièdes, prolongés pendant une demi-heure ou une heure. Lorsque le travail de la cicatrisation a commencé, ce qu’on reconnaît quand sur les bords ou la circonférence de la plaie il se forme une membrane ou une cicatrice qui attire à elle ces bords, et tend à diminuer ainsi la surface de la solution de continuité, on panse le
moins souvent possible, afin de ne pas déranger le travail de la nature. On peut alors recouvrir la plaie d’une série de bandelettes agglutinatives, qu’on laisse en place pendant plusieurs jours.
Les pansements consécutifs des plaies sont réclamés par la suppuration et la cicatrisation.
On doit distinguer ici deux périodes : 1° celle de dégorgement; 2° celle de cicatrisation proprement dite.
Dans la première, il y a d’abord suintement séreux. Ce suintement s’épaissit et donne lieu à un véritable pus. Celui-ci est une humeur sans odeur, d’un blanc rosé, et crémeuse. Elle est formée aux dépens du sang, et dégorge la plaie en même temps qu’elle la garantit du contact de l’air et des corps extérieurs.
A mesure que la plaie se dégorge, elle se couvre de bourgeons charnus, qui remplissent bientôt tous les vides ou les pertes de substance. C’est alors seulement que la cicatrisation commence. La circonférence de la plaie se couvre d’une pellicule ou d’une membrane lisse et vasculaire; on dirait que sur ces points la substance plastique s’est figée. Insensiblement, la pellicule s’étend, et, gagnant en force, attire à elle les bords, les rétrécit et finit par couvrir toute la surface. Telle plaie qui, pendant sa période de dégorgement, présentait une grande étendue, se trouve ainsi réduite à une petite cicatrice. Cela dépend de la rapidité et de la force avec laquelle la cicatrisation a eu lieu, et de la résistance des tissus ambiants.
11 résulte de ce que nous venons de dire, que les pansements consécutifs des plaies doivent avoir pour but : 1° d’opérer leur dégorgement; 2° défavoriser et de régulariser la cicatrisation.
La première indication s’obtient par l’eau tiède. A cet effet, on peut laisser la partie blessée dans un bain tiède, ou la couvrir de pièces de pansement, qui, en même ^emps qu’elles permettent l’humectation , empêchent le refroidissement par l’évaporation. On commence par couvrir la plaie d’un linge fin, dans lequel on a pratiqué de petites ouvertures, de manière à le cribler. Sur ce linge on applique un gâteau de coton usé, puis une bande de flanelle, et enfin un morceau de taffetas ou une vessie de porc malaxée dans de l’huile. De temps en temps, on humecte la partie d’eau attiédie, quelquefois avec une infusion
DES PANSEMENTS
aromatique ou calmante quand il y a spasme et douleur. Les fleurs de camomille et les têtes du pavot blanc conviennent particulièrement. Ce pansement humectant doit être renouvelé deux ou trois fois par jour, selon l’abondance de la suppuration. Voilà pour la première période, qui se prolonge pendant quatre ou cinq jours.
Quand la plaie est entièrement dégorgée, il faut la maintenir dans un état d’immobilité telle, qu’aucun tiraillement, aucun écartement des bords ne puisse avoir lieu. Pour cela on la recouvre de sparadrap.
On appelle sparadrap de la toile, du taffetas ou du papier recouvert sur les deux faces d’une couche plastique. On peut le remplacer par le gutta-percha, à cause de son imperméabilité. Le sparadrap ou le gutta-percha est assujetti par des compresses et une bande. Chaque jour on retourne l’emplàtre, après avoir eu soin de le nettoyer. De là le nom de keer-plaester qui lui a été donné en flamand, nom qui n’a pas d’équivalent en français.
Le pansement emplastique peut être rendu fixe ou à demeure, au moins pendant cinq, six, huit jours, et même davantage, en plaçant sous l’emplàtre une espèce de siphon en toile, qui aspire ou pompe le pus, qui est alors recueilli dans de la charpie. En renouvelant chaque jour cette dernière, on conserve le pansement propre.
On voit que les pansements consécutifs des plaies reposent sur des indications que l’art remplit avec une précision presque mathématique. Les pansements étaient autrefois très-compliqués. On avait une foule d’onguents qui, en irritant les chairs, retardaient la guérison. Le point important, c’est d’empêcher ces irritations. Une grande propreté quant aux pièces de pansement est nécessaire. On a vu des linges ou de la charpie gâtés produire la pourriture. Les plaies se couvrent alors d’une couche grisâtre sans consistance, due à la gangrène humide des tissus, qui peut s’étendre à tout le membre. Dans les hôpitaux encombrés, ces gangrènes sont très-fréquentes, et se transmettent par contagion. Transporter les blessés sous des abris bien ventilés, des tentes, des baraques, les éparpiller sur des terrains suffisamment étendus, leur donner une bonne ali-
mentation et des médicaments toniques, du vin, du quinquina, bien nettoyer leurs plaies, et panser ces dernières avec du miel muriatisé ou au jus de citron, tels sont les moyens d’arrêter ces contagions. On en a eu des exemples dans les guerres de la république et de l’empire.
La rapidité avec laquelle l’air est vicié dans les salles où un grand nombre de blessés sont réunis, fait qu’on ne saurait donner trop de soins à la ventilation. Malheureusement, presque tous nos hôpitaux pèchent par là, les uns parce que ce sont des constructions qui ne sont pas appropriées à leur destination, comme d’anciens couvents; les autres, parce que, quoique nouveaux, ils ne répondent pas aux prescriptions de l’hygiène.