‹ Chirurgie antiqueChapitre 3 sur 7 · PÉRIODE HÉBRAÏQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE HÉBRAÏQUE

M'" le D'" Schapiro, de Paris, qui prépare en ce moment un important travail sur l'art obstétrical des anciens Hébreux, d'après la Bible et le Talmud, a publié une lettre très intéressante dans la « Chronique médicale » si admirablement rédigée par le savant Docteur Cabanes. Il y parle des origines du spéculum vaginal ; c'est dans le Talmud qu'il les a rencontrées. (Talmud Babylonien, Traité Nidda, p. 66).

Je vais laisser la parole à mon savant confrère, M^ le D^ Schapiro, en reproduisant la lettre qu'il a bien voulu m'écrire.

« Comment s'examine-t-elle (la femme)? Elle » s'introduit un tube évasé à forme de trompette, » puis elle fait passer à travers la lumière du tube, » une tige munie à son extrémité d'un tampon de » coton. Si en retirant la tige, la femme constate » du sang sur le tampon, elle peut être assurée » que son écoulement vient de la matrice. Mais » dans le cas contraire, il lui est loisible d'attri- » buer son flux sanguin à une hémorrhagie pro- » venant des parois vaginales ».

Mais comment peut-elle s'introduire un tube dans le vagin sans se blesser ?

« Il s'agit, dit Mar Samuel, d'un tube en » métal (en plomb) dont les bords sont repliés en » dedans, c'est-à-dire vers la lumière du tube » (i).

Il est donc bien établi par ces deux textes, se complétant l'un l'autre, que les Hébreux possédaient un instrument métallique spécial, à forme tubulaire, ressemblant à une sorte de trompette, leur permettant d'examiner le col de la matrice et les parois vaginales. Ils pouvaient au moyen de cet appareil, s'assurer d'où provenait le flux sanguin qui s'échappait par les voies génitales.

Mais à quelle époque cette coutume remontet-elle ?

« Il est bien difficile, m'écrit M'' Schapiro, » de préciser la date d'apparition de cet instru- » ment et l'époque vers laquelle son usage était » devenu si banal qu'on permettait aux femmes » de s'en servir toutes seules, comme de nos jours " elles se servent de canules à injection.

» Le Talmud est l'ensemble de la loi orale. » Pourtant il ne faut pas s'imaginer que les vastes » et nombreux traités dont il se compose, soient » constitués par la simple transcription de cette

(ij Mar Samuel, né à Nehardéa, vers Tan i6o de notre ère. Pour éviter de blesser les parois du vagin, Churchill dans ce siècle ?L renversé également les bords de son spéculum en dedans.

» loi orale conservée par la tradition de génération » en génération. Non, ces traités représentent » plutôt, le labeur de milliers d'intelligences qui, » s'appuyant toujours sur les mêmes principes, » s'étaient consacrées entièrement à la connais- » sance intégrale de la loi écrite et qui en posses- » sion traditionnelle de la loi orale, s'étaient » efforcées de consolider le Judaïsme.

« Il résulte de là que le Talmud, dont les » origines se confondent pour ainsi dire avec » celles du peuple où il a pris naissance, contient » des documents excessivement anciens. Le traité » Nidda en particulier, est entièrement consacré » à la menstruation et aux lois, qui conformé- » ment à l'esprit des prescriptions Mosaïques, » régissent la femme Juive pendant sa vie con- » jugale. Il y a là des documents d'une haute » antiquité, mais il semble impossible d'en pré- » ciser la date ».

Il y a quelques années, M"" le D"" Socrate Lagoudaky, après les recherches historiques auxquelles il se livrait, prit sur l'antiquité du spéculum les conclusions qu'il formule dans la Chronique Médicale du i5 Décembre 1901. D'après lui « l'usage du spéculum chez les Hébreux date » de la fin du iV siècle avant J.-C. depuis la » conquête d'Alexandre le Grand. C'est alors que

» les médecins grecs ont fait usage du spéculum » en Judée. Mais les Juifs ne parlent de cet » instrument qu'à partir du deuxième siècle de » notre ère, parce que sous l'empire romain ils » ont été admis dans les écoles grecques de » médecine d'Alexandrie et déjà sous les Lagides » il y avait quantité d'israëlites versés dans l'étu- » de du grec » .

J'aurais souhaité présenter à mes lecteurs les documents établissant l'assertion de M'^ le D^ Lagoudaky au sujet de l'usage du spéculum chez les Juifs à partir du iv^ siècle avant J.-C. Mais mon savant confrère aurait dû refaire à ce sujet des recherches entreprises il y a une dizaine d'années et que les circonstances actuelles ne lui permettaient pas d'exécuter.

Il veut bien me faire remarquer à ce sujet qu'Hippocrate au iv^ siècle avant notre ère, parle du spéculum comme d'un instrument très bien connu et dont il n'est pas nécessaire de donner la moindre description. Cinq siècles auparavant quand le chirurgien Hindou Susrutas parle du spéculum, il en fournit une description, mais cinq cents ans après c'était un soin bien inutile.

Si dans la traduction latine de Susrutas on rencontre l'expression « spéculum anal » on ne la retrouve plus dans Hippocrate, ce qui porte

M'^ le D"" Lagoudaky à croire qu'il n'existait qu'un spéculum servant à l'examen du rectum et de la matrice, mais surtout de ce dernier organe. Il en était alors comme aujourd'hui ; comparés à l'examen de la matrice, bien rares sont les examens du rectum.

C'était parce que l'application du spéculum au rectum était si rare qu'Hippocrate signalait à ses élèves une erreur possible dans cet examen. Il dit vol. 6 p. 441. Condylomes placés dans l'intérieur du rectum. Emploi du spéculum. « Si le » condylome est situé plus haut, il faut examiner » au spéculum et ne pas se laisser tromper par » cet instrument. En effet, ouvert, il aplatit le » condylome, fermé, il le montre très bien ».

Si M'^ le D"" Schapiro ne peut fixer d'après le Talmud l'époque précise où le spéculum vaginal fut employé par les Hébreux, M"^ le D"" Lagoudaky, fouillant à d'autres sources, l'établit aux temps Hippocratiques, vers la fin du iv^ siècle avant notre ère. Ce sont les médecins grecs établis en Judée qui en auraient les premiers fait usage en ce pays.

Je disais tout à l'heure que les femmes Juives s'examinaient elles-mêmes au spéculum. Cette coutume nous semble étonnante, mais chez les Grecs de la même époque, nous trouvons une

habitude aussi surprenante pour nous. Hippocrate nous apprend que les femmes se touchaient elles-mêmes ou se faisaient toucher par d'autres femmes dans un but thérapeutique.

Des maladies des femmes. Liv. i. p. 53. Traitement des cas où par la faute de l'orifice utérin le sperme n'est pas retenu. « Chez quelques- » unes l'orifice utérin est dévié et appliqué du » côté de la hanche, car c'est aussi un des empê- » chements pour la matrice de recevoir la semence. » En ce cas on fera des fumigations aromatiques » et après les fumigations, la femme portant le » doigt, écartera l'orifice de la hanche ».

Autre Leucorrhée. Liv. ii. p. 261. « Si après » tout cela, la malade interrogée répond que » l'orifice de la matrice est dur et douloureux ».

Obliquité latérale de la matrice et de son orifice. Liv. 11. p. 2i5. « Aussitôt après la fumi- » gation ou le bain, elle portera le doigt, redres- » sera et mettra l'orifice utérin dans la direction ».

Repliement des orifices de la matrice. Liv. 1 1 . p. 323. « Le lendemain, elle examinera si l'orifice » utérin est plus droit » .

Autres indurations du col de la matrice. Liv. II. p. 333. « On fait cela pendant trois jours

» et si la malade se touchant, trouve souple

» l'orifice utérin, on y introduit une tente en

» linécru, semblable à celle dont on se sert

» pour les empyèmes ».

Des femmes stériles. Causes de stérilité.

Liv. III. p. 411. « Cela se reconnaît surtout par » la femme qui touche et aussi par des » questions pour savoir si elle a jamais eu » des ulcérations à l'utérus ».

Liv. III. Des femmes stériles p. 441. « Ensuite on » enroule les bâtonnets dans de la laine très » molle, après quoi on tourne au bout des » bâtonnets un fil fin qui les dépasse de quatre » doigts. Ayant fait des affusions et s étant » rendue aussi propre que possible, la femme » l'applique à l'orifice utérin, elle se met un B linge sous les hanches et garde le pessaire » toute la nuit ».

Liv. III. Des femmes stériles p. 439. « Si l'orifice » utérin ou le col deviennent durs, la femme » le reconnaîtra par le toucher » .

Liv. I. p. 61. Des maladies des femmes. Indication des causes qui font que certaines femmes avortent spontanément le 3^ ou le 4® mois. « Mais pour l'état lisse, il faut qu'une autre » femme touche l'utérus quand il est vide, car » autrement la chose ne serait pas appa- » rente ».

T. 8. p. 411. « Si la matrice est lisse, la femme

» ne devient pas grosse, la matrice recevant, » il est vrai, le sperme, s'il n'y a pas d'autres » empêchements, mais ne le retenant pas et » le laissant ressortir. Cela se reconnaît sur- » tout par la femme qui touche et aussi par » des questions pour savoir si elle a jamais » eu des ulcérations à l'utérus ».

Nous pouvons conclure de ces divers documents que dans la période antique le médecin n'était pas l'agent exclusif du traitement des femmes atteintes d'affection des organes génitaux. Les femmes se soignaient elles-mêmes, étaient soignées par d'autres femmes et chez les Hébreux elles s'appliquaient le spéculum elles-mêmes.

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