LA CHIRURGIE DE 1900 A
À partir de 1889, année où Uasepsie fut définitivement réalisée de façon mathématique, grâce à Remploi de la vapeur sous pression pour stériliser le matériel chirurgical, on peut dire que tout fut permis à l’esprit d’invention des chirurgiens.
Grâce à la nouvelle méthode, il devenait possible de rendre bénignes des opérations qui n’avaient jamais cessé d’être pratiquées, comme les amputations par exemple, mais qui, malgré l’antisepsie, avaient conservé une réelle gravité.
Il fut également possible de reprendre un certain nombre d’opération oubliées ou délaissées, parce que trop graves.
Enfin, les chirurgiens purent innover et inventer une série d’opérations nouvelles, plus satisfaisantes les unes que les autres.
Tout fut mis en œuvre pour réaliser ce triple but, avec une énergie de chaque instant, un enthousiasme que rien n’a pu affaiblir, une foi qui a surmonté tous les obstacles. Les résultats ont été magnifiques, les progrès ont dépassé les espérances des plus optimistes.
Les gants de caoutchouc, introduits dans la pratique par le grand chirurgien de Baltimore, Halsted, puis à Paris par Chaput, avec une autre conception dans leur forme, ont supprimé tout danger provenant des mains de l’opérateur. L’emploi de la teinture d’iode sur la peau de l’opéré a permis de serrer d’encore plus près l’asepsie absolue.
Entre 1900 et 1940, nous assistons à la récolte préparée par les efforts de nos pères, sans compter que deux guerres, celle de 1914, celle de 1939, nous ont, malheureusement, fourni des données nouvelles sur le traitement des plaies musculaires, articulaires et osseuses, sur la chirurgie du cerveau, sur la chirurgie des nerfs, sur la valeur d’antiseptiques nouveaux.
Quel est le problème devant lequel tout chirurgien se trouve placé chaque jour, et même plusieurs fois par jour ?
Le diagnostic d’une lésion que la chirurgie peut traiter ayant été posé, le problème est alors de déterminer le moment le meilleur pour opérer, et la manière dont il faudra opérer. Quand ? Comment ?
Quand ? La question ne se pose pas s’il s’agit d’une urgence : une hémorragie, la rupture d’une grossesse tubaire, un ulcère de l’estomac perforé, un étranglement herniaire, une péritonite appendiculaire, une plaie de l’abdomen, une rupture du rein ou de la rate. C’est tout de suite qu’il faut opérer, c’est une question de vie ou de mort, une question de minutes.
Tout se simplifie, alors, dans les « urgences », quant aux examens cliniques préopératoires et quant aux soins préopératoires ; mais les minutes qui vont s’écouler entre l’admission d’un malade dans la maison chirurgicale de secours et le moment où l’opérateur prendra le bistouri, peuvent souvent, doivent toujours être utilisées de la façon la plus profitable.
Faites prendre la tension du malade, faites marquer sur la feuille ad hoc les pulsations et la température. Avant tout, calmez la douleur, car outre le bénéfice pour le malheureux qui souffre, vous aurez, par l’emploi d’un analgésique, apporté un calmant dont l’action se combinera de la manière la plus heureuse avec l’anesthésique que vous allez choisir tout à l’heure. Dans les états de choc, l’emploi de la morphine, non seulement calmera la douleur, mais aura une action bienfaisante sur les phénomènes de choc eux-mêmes.
A côté des soins que réclament impérieusement les phénomènes douloureux, vous aurez à veiller, en cas d’hémorragie, ouverte ou cachée, sur la pression sanguine. Est-elle basse et surtout continueA-elle à baisser ? Prescrivez alors une transfusion ; une légère transfusion suffît souvent et le Centre de traumatologie ou d’urgence doit être installé d’une façon telle que prescrire une transfusion sanguine soit aussi banal que s’il s’agissait d’une simple injection de sérum artificiel.
L’exposé de ces simples manoeuvres préliminaires montre que la chirurgie d’urgence doit se pratiquer dans des centres spéciaux, bien qu’elle soit toujours réalisable dans tout organisme chirurgical quel qu’il soit, organisme qui doit toujours « rester sous pression », avec son matériel toujours prêt et son personnel toujours alerté, aussi bien la nuit que le jour. Mais, dans une grande ville comme Paris, plusieurs centres chirurgicaux d’urgence doivent fonctionner pour donner
des soins à tous les blessés de la rue. Un de ces centres existe, c’est l’hôpital Marmottan, un autre est en voie d’exécution à l’hôpital Saint- Antoine ; deux autres seront nécessaires sur la rive gauche, ce qui portera à quatre, chiffre minimum, les hôpitaux d’urgence indispensables dans une ville comme Paris. Cela, je tiens à le répéter, n’empêche pas chaque hôpital de pouvoir, lui aussi, réaliser des opérations d’urgence, quand ce ne serait que pour les malades déjà alités dans l’hôpital et qu’une complication, survenue à l’ improviste, oblige à opérer sans perte de temps. Ces centres d’urgence devraient jouer un grand rôle pour l’instruction des élèves, au même titre que les cliniques d’accouchement où les stagiaires sont admis aussi bien la nuit que le jour, et fournissent aux élèves un enseignement incomparable. Autrefois, les élèves faisaient un stage de quelques heures chaque matin dans les cliniques d’accouchement. Le jour où, grâce au professeur Pinard, le stage d’accouchement devint obligatoire de jour et de nuit, un très grand progrès pour l’enseignement des élèves a été réalisé. Il en sera de même pour l’enseignement de la chirurgie, dans les hôpitaux d’urgence. Un de mes collègues russes, Judine, est le chirurgien en chef d’un hôpital d’urgence à Pétrograd : il m’a exposé le rôle d’un tel hôpital et pour les malades et pour les élèves, je crois que l’on peut ajouter : et aussi pour les chirurgiens.
Une installation radiologique complète, toujours en fonction, est naturellement indispensable dans un centre chirurgical d’urgence. Je ne parle pas seulement de la nécessité de la radiologie dans les fractures, mais aussi dans l’occlusion intestinale, dans certaines perforations discutables de l’estomac ou du duodénum, dans l’invagination intestinale, etc.