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RÉSUMÉ DE L'HISTOIRE DE LA CHIRURGIE

Si Pou jette un coup d’œil d’ensemble sur la chirurgie à travers les siècles, on constate, d’après les vestiges préhistoriques et les récits des héros d’Homère, que la chirurgie a commencé dans l’Asie occidentale, puis est passée chez les Grecs, à l’Ecole d’Alexandrie pendant les ve et ive siècles av. J. -G. L’anatomie humaine n’existait pas. Cette première pé-

riode grecque nous a laissé une série d'écrits, les Livres hippocratiques.

Deuxième période , grecque également, non plus à Athènes, mais à Alexandrie d’Egypte, de l’an 331 av. J.-C. à l’an 37 après J.-C. Grâce à la dissection sur des cadavres humains, une base anatomique est édifiée, avec des notions réelles de physiologie. Pendant cette période de trois siècles, deux grands noms : Hérophile né en l’an 340 av. J.-C. et Erasistrate, né 330 ans av. J.-C.

Les écrits de ces deux périodes grecques, sauf quelques rares traités qui ont pu être sauvés, nous sont parvenus grâce à Aulus Celsus, qui vivait dans les premières années de l’ère chrétienne et dont un seul livre, le plus précieux pour nous, De re medica, a été conservé. Celse qui n’était pas médecin, mais gentilhomme romain, a réuni, lu, compilé, traduit en latin les premières œuvres médicales.

Puis Galien, (second père de la médecine avec Hippocrate), qui vécut à Rome de 131 à 201 après J.-C. Versé en anatomie humaine, en physiologie, il a donné de bonnes descriptions cliniques et opératoires et traité de la ligature des artères, dont Celse avait déjà parlé.

De très nombreux instruments en bronze, semblables à beaucoup de ceux que nous utilisons aujourd’hui, sont retrouvés à Herculanum et à Pompéi. Dans les grandes propriétés foncières des Romains, qui comptaient parfois des milliers d’esclaves, apparaît le V aletudinarium , première ébauche des hôpitaux.

Puis les Arabes (période très intéressante) qui sont les initiateurs de la chimie.

Puis l’immobilité et même le recul du Moyen Age.

Les médecins et les chirurgiens font bande à part et les chirurgiens tombent alors au rang de barbiers.

Le roi saint Louis fonde le collège de Saint-Côme

Deux noms émergent : Henri de Mondeville (1260-1320) et Guy de Chauliac (1300-1370) dont les œuvres ont été traduites et commentées par le chirurgien français Nicaise.

La dissection des cadavres humains fut interdite jusqu’en

Les chirurgiens qui savaient le latin (chirurgiens-clercs de robe longue) abandonnaient les opérations aux chirurgiensbarbiers, dits de robe courte.

Enfin, la Renaissance (xvie et xvn® siècles) avec l’anato-

miste Vésale, le physiologiste Harvey (circulation du sang, ébauchée par Hérophile) et le chirurgien Ambroise Paré (1516- 1590). Ambroise Paré fut le premier qui n’écrivit pas en latin, son œuvre n’en fut que plus facilement diffusée.

Au xvin® siècle, le chirurgien de Louis XIV, Mareschal, continue sous Louis XV à être le chirurgien de la Cour et fait créer, en 1731, l’Académie royale de Chirurgie. En 1743, les chirurgiens se libèrent des barbiers et subissent une soutenance de thèse. De 1731 à 1793, grand rayonnement de la chirurgie française. En 1793, suppression de toutes les Académies, y compris Y A cadémie de Chirurgie.

Première moitié du xixQ siècle : un grand chirurgien, Dupuytren. L’infection règne en maîtresse, la plupart des opérés meurent. Deux grands chirurgiens des armées de Napoléon : Larrey et Percy.

Deuxième moitié du xix6 siècle : En 1847, découverte de l’anesthésie générale et trois grands chirurgiens en France, Chassaignac, Maisonneuve, Nélaton et l’érudit Malgaigne.

En 1867, l’antisepsie avec Lister.

En 1886, l’asepsie par la stérilisation à F autoclave avec Terrier.

De 1900 à 1940, merveilleux essor de la chirurgie.

En 1936, résurrection de l’Académie de Chirurgie qui s’était reconstituée en 1842, sous le modeste nom de Société de Chirurgie.

L’on assiste, aujourd’hui, avec l’emploi des sulfamides dont la dernière guerre vient de démontrer la haute valeur, à un retour vers l’antisepsie, mais à une antisepsie préventive pour ainsi dire. Il y aura sûrement intérêt, dans bien des cas qui se préciseront mieux chaque jour, ou à employer in situ le plus efficace des sulfamides, le septoplix, ou à en faire absorber à l’opéré chez lequel on peut craindre, malgré l’asepsie la plus stricte, des risques d’infection.

COURTE AUTOBIOGRAPHIE

Je suis né en 1872, le 20 janvier, à Fécarnp, charmant petit port de pêche sur la Manche, où mon père exerça, avec talent et dignité, pendant près de trente ans, la noble profession de médecin.

Ma mère, femme admirable, courageuse et optimiste, descendait des montagnards de la Lozère, de cette race que les Romains n'ont pu soumettre et qui s’était réfugiée dans ses montagnes pour fuir l’envahisseur : elle mourut en 1919, à quatre-vingt-quatre ans.

J’ai 68 ans. Je ne sais combien de temps me reste à vivre ; en tout cas, ce temps est compté. Aussi, je m’empresse de noter quelques souvenirs et quelques points de chirurgie.

Dans le discours de remerciements que j’adressai, le 27 novembre 1936, à tous ceux qui étaient venus me fêter à la Salpêtrière, lors de la remise d’une épée à l’occasion de mon élection à l’Académie des Sciences, (mon élection remontait à 1934), j’avais manifesté ma profonde satisfaction de voir représentés, sur les deux cartouches de l’épée, d’une part le port de mon pays natal, c’est-à-dire le point de départ de ma vie, d’autre part, l’hospice de la Salpêtrière, c’est-à-dire l’arrivée. Le cartouche où l’on voit la mer et les hautes falaises normandes et l’entrée d’un port, c’est la reproduction d’un tableau du grand peintre anglais Bonington. Bonington qui mourut jeune, à 26 ans, a beaucoup peint en Normandie, particulièrement Fécarnp et ses environs, et j’ai la joie de posséder la gravure qui a été exécutée d’après le tableau original. Sur cette gravure et sur la coquille de l’épée que l’on voulut bien m’offrir, on voit un voilier qui, par une mer agitée, cherche à rentrer au port. Cette image me rappelle un spectacle de ma jeunesse d’où se dégagea pour moi une

grande leçon, à un âge où j'ignorais Alfred de Vigny et la « Mort du loup ».

Quelques semaines avant d’abandonner mon pays natal pour venir à Paris tenter ma chance, — j'avais alors une quinzaine d’années, — j’assistai à un spectacle vraiment grandiose qui eut, sur ma manière de me comporter, dans toute mon existence, une profonde influence. A cette époque lointaine, un jour d’équinoxe d’automne, vers la fin de septembre, par une mer démontée, un navire de pêche, toutes voiles dehors, essayait de rentrer au port de Fécamp ; l’entrée est assez étroite, et difficile à prendre par grosse mer, surtout pour un voilier. Ce navire accourait de l’horizon, il volait littéralement sur la mer, il bondissait sur les flots à la manière d’un cheval au galop, et tout à coup, le capitaine qui avait cru pouvoir franchir l’entrée, s’apercevait qu’il allait être déporté et brisé contre l’estacade. Alors le navire virait de bord, il reprenait la haute mer ; puis il virait encore et revenait vers la terre, toujours avec la même vitesse fantastique, pour essayer de se mettre à l’abri. Une fois, deux fois, bien des fois, la même manœuvre angoissante est tentée ; et enfin, à un moment précis, le pilote a conscience qu’il peut réussir, il juge cela en un éclair. Il tente sa chance. Il réussit. Et bientôt nous vîmes ce magnifique voilier s’engager dans la « passe », sur une mer moins agitée. J’étais dans l’admiration du spectacle donné par ces hommes de mer qui venaient de frôler la mort. Ils étaient sur le pont de leur navire, bien calés dans leurs hautes et lourdes bottes ; ils étaient calmes, ils ne manifestaient ni crainte ni joie, iis étaient impassibles et silencieux, et la poitrine au vent par ce temps épouvantable, iis regardaient sans hâte s’avancer vers eux le quai où, dans quelques instants, iis allaient pouvoir débarquer. Le spectacle donné par ceux qui, de la terre, sur les traverses de bois des deux jetées, contemplaient cette lutte avec la tempête, n’était pas moins significatif. Une quarantaine d’hommes presque tous marins ou retraités de la marine, paraissaient aussi insensibles que ceux que portait le navire en péril. Us ne disaient pas un mot. Ils ne faisaient aucun geste ; eux aussi étaient impassibles. J’ai pris là, pour toute ma vie, une grande et précieuse leçon ; j’ai compris que, dans l’existence, « quelle que soit la voie où le sort a voulu nous amener », il faut savoir se taire, il faut savoir « encaisser », il faut savoir accepter les responsabilités, il faut être et tenace, et

PORTRAIT DE M ARESC H AL, CHIRURGIEN DE LOUIS XV ET FONDATEUR DE L’ACADEMIE ROYALE DE CHIRURGIE

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