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BUSTE DU BARON DUPUYTREN

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celle, importante également, que ma femme et moi avons donnée à T Assistance publique, à la même époque, représente le prix d’une salle de vingt-cinq lits.

En relisant ces lignes, je m’aperçois encore mieux de l’écueil du travail que j’ai entrepris : être obligé de parler de moi. Comment pourrais-je, cependant, faire autrement et pourquoi le moi serait-il haïssable ? Il faut faire table rase de cette hypocrisie, car si un chirurgien ayant une longue expérience vient à parler chirurgie, il peut être intéressant de l’entendre exposer ce qu’il a fait, et non ce que font les autres. A tort ou à raison, il croit être dans la bonne voie, et il pousse ses élèves à s’y engager eux-mêmes, sans les y obliger en aucune manière.

Je sais bien qu’il faut toujours avoir présent à l’esprit le conseil d’Emerson : « Je redoute l’autobiographie qui remplit la majeure partie, et parfois la totalité, de ce que disent les respectables personnes de ma connaissance ! »

Certains individus sont doués d’une grande adresse naturelle. De cela, il est facile de se rendre compte, dans le monde des étudiants en médecine, par exemple, dès que viennent à ouvrir, au début de chaque année scolaire, les pavillons de dissection. Sur une centaine d’élèves groupés dans un pavillon, et que l’on peut observer chaque jour pendant qu’ils dissèquent, il en est une dizaine qui sont vraiment adroits ; les quatre-vingt-dix autres... ne le sont certainement pas. La proportion des maladroits est peut-être moins grande aujourd’hui, grâce à la pratique excellente de certains jeux, de certaines constructions en fer auxquelles se livrent les enfants, car il importe de commencer, dès le jeune âge, à cultiver l’adresse, à apprendre à se servir de ses mains. Après quinze ans, il est déjà bien tard. Mon ami Collin, le directeur de la maison d’instruments de chirurgie Collin-Charrière, le constructeur de cet instrument admirable qu’est l’uréthrotome de Maisonneuve, Collin qui a formé tant d’apprentis, me disait, dans une conversation au début de ma carrière, vers 1900, que, passé quinze ans, il répugnait à prendre en apprentissage un jeune garçon, car l’expérience lui avait démontré qu’il était déjà bien tard, la maladresse congénitale ne pouvant plus être redressée suffisamment pour que l’apprenti artisan

devienne un mai ire. Je n'ai jamais été plus intéressé que pendant ces conversations dans le magasin de Collin. La vue des vitrines étincelantes avec l’acier brillant de tous ces beaux instruments me fascinait, comme une femme doit l’être chez le grand couturier.

Collin était inépuisable dans ses histoires sur la chirurgie et surtout sur les chirurgiens de 1850 à 1900. Il les avait tous fréquentés, car II passait ses matinées à parcourir, comme autrefois son beau-père Charrière, les services de chirurgie des hôpitaux de Paris, ce qui lui permettait de collaborer vraiment avec les chirurgiens. Le premier avec qui il collabora fut Maisonneuve. Collin, alors petit artisan, et qui ne dirigeait pas encore la maison Charrière, avait une modeste boutique passage Saint-André-des-Arts. Il voit un jour entrer chez lui Maisonneuve qui lui demande de construire, pour traiter les rétrécissements de l’urèthre, un appareil destiné à couper dans le canal tous les points rétrécis sans être aucunement offensif pour la muqueuse des parties du canal ayant conservé un calibre normal. Collin s’en acquitta à la perfection, et lorsque Maisonneuve fut en possession, dans la boutique de la rue Saint-André-des-Arts, de l’exemplaire définitif, il en fut tellement satisfait, me racontait Collin avec son fin sourire, qu’il tira majestueusement de sa poche un billet de cinquante francs et le lui tendit. Ce souvenir de ses débuts avait le don de mettre en joie mon ami Collin. C’est ce même constructeur si habile qui réalisa la valve avec appui fémoral de Doyen, instrument simple et parfait, et tant d’autres instruments si pratiques, si fins, si élégants pourrait-on dire, qui ont porté loin dans le monde la réputation de la célèbre maison française Collin-Charrière.

Les grands pianistes, les grands violonistes ont commencé à s’exercer dès le plus jeune âge.

Observez un ouvrier très habile, un menuisier par exemple, en train de clouer une caisse. 11 enfonce les clous dans le minimum de temps, avec le minimum de coups de marteau, en somme avec une maîtrise qu’il est toujours agréable de contempler.

Mais l’adresse ou si l’on veut l’aptitude à se servir de ses mains avec le minimum de gestes, pour accomplir efficacement, dans le minimum de temps, le résultat désiré, ne constitue, pour un chirurgien, qu’un côté, et même qu’un petit côté de la question.

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Beaucoup de qualités, autres que l’adresse, sont nécessaires à un chirurgien. Il lui faut une grande mémoire visuelle. Non seulement celte mémoire visuelle lui est très utile pour avoir à tout instant, devant les yeux, les moindres détails de l’anatomie, mais encore elle lui permet d’enregistrer tous les cas qu’il a eu l’occasion d’observer, de les rattacher les uns aux autres et, quand il en rencontre un inhabituel, de le classer immédiatement à côté de quelques cas semblables qu’il a déjà rencontrés, ce qui le ramène à des faits déjà connus, mais qui sont rares pour le commun des mortels, ou pour celui qui oublie, ou pour celui qui dirige un service comptant trop peu de lits.

Il faut, à un chirurgien, une vue excellente, mais il lui faut surtout un coup d’œil rapide, avec la réaction manuelle automatique nécessaire, comme chez un conducteur d’auto et surtout un pilote d’avion de course.

Un chirurgien doit être pourvu d’un toucher très délicat. Mon maître Terrier avait une légèreté de main légendaire. Que de malades l’ont choisi comme opérateur parce que, pratiquant sur eux le palper d’une région très sensible, il n’avait provoqué aucune douleur. La différence de palper d’un chirurgien à un autre est telle que certains malades chez lesquels un examen a été ce qu’il doit être, c’est-àdire très délicat, non douloureux et cependant très renseignant, vous disent parfois, « mais vous ne m’avez pas examiné », parce que les chirurgiens qui vous précédèrent avaient provoqué plus ou moins de douleur. Demandez à un fracturé qui a subi plusieurs examens, quel est celui qu’il préfère parmi vos élèves, ce sera toujours celui qui a éveillé le moins de douleur, et c’est souvent un de ceux qui, dans votre esprit, étaient déjà classés comme riches d’avenir chirurgical.

Il existe, sur terre, un certain nombre de gens qui ont l’apanage de déplacer beaucoup d’air ; on peut dire, sans exagération aucune, qu’ils sont vraiment difficiles à supporter. Les mains d’un chirurgien ne doivent pas être comme ces personnages indésirables, elles doivent tenir aussi peu de place que possible, et, chez un aide, c’est une qualité que l’on goûtera particulièrement. Autant est précieux l’aide dont les mains n’encombrent pas le champ opératoire, et qui, toujours au moment voulu, fait le geste attendu et donne le fil désiré, autant est gênant celui dont les grosses mains, maladroites et trop zélées, paraissent être partout à la fois, en tout cas

sont toujours en désaccord avec les vôtres, qu’elles contrarient et heurtent à chaque instant.

A côté des qualités physiques, un chirurgien doit avoir un ensemble de qualités morales.

Il doit, avant tout, posséder une bonté inépuisable, un grand respect de la vie humaine, une crainte jamais en défaut pour la douleur des autres.

La santé est un bien magnifique dont on ne mesure toute la valeur que si l’on vient à en être privé pendant un certain temps. A la suite d’une crise douloureuse, quelle joie de ne plus souffrir et de pouvoir reprendre son activité 1 L’homme est naturellement ingrat et il est peut-être nécessaire qu’il en soit ainsi, car il succomberait sous le poids d’une reconnaissance qu’il voit chaque jour augmenter envers ses semblables et surtout envers le Créateur. Le chirurgien qui, par une intervention heureuse, rend intégralement la santé à un pauvre malade qui souffre, à un malformé qui attire les regards de la foule, à un malheureux atteint d’un cancer, s’égale vraiment aux dieux, mais pour être digne de cette grandeur, il faut que le chirurgien n’en abuse jamais, qu’il traite les autres comme il voudrait être traité lui-même, qu’il ne fasse aux autres que ce qu’il voudrait qu’on lui fît, qu’il mette tout en œuvre pour sauver la vie, pour prolonger même ceux qui lui paraissent condamnés (rappelez-vous la fable de La Fontaine, La mort et le bûcheron ), qu’il possède une bonté active et rayonnante, qu’il reste simple, bon et humain, que le succès ne le fasse pas changer et le rende au contraire encore plus simple, encore plus modeste, encore plus compatissant. Heureux le chirurgien qui n’est pas un astre froid ! Que de chirurgiens n’ont qu’à paraître dans la chambre de leurs malades, pour que ceux-ci se sentent, tout de suite, soulagés, moins misérables, plus vaillants. Heureux ceux qui sont doués d’un tel pouvoir, ils feront beaucoup de bien dans leur vie, et souvent sans s’en rendre compte : c’est alors qu’on peut évoquer le don.

Un chirurgien doit être hermétique et ne jamais laisser paraître sur sa figure le moindre signe d’inquiétude, dans son œil le moindre reflet qui puisse faire supposer qu’il est préoccupé quant à la nature de la maladie et quant au pronostic opératoire.

Au point de vue des émotions et de la fatigue que peuvent éprouver les chirurgiens, ce qui m’arriva lors de la blessure

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du président Doumer est tout à fait caractéristique. J’avais été appelé d’urgence, l’après-midi du 6 mai 1932, à l’hôpital Beaujon, près du président Doumer qui venait d’être victime d’un attentat. Le Président de la République avait reçu deux balles ; l’une avait sectionné l’artère axillaire droite, et provoqué une très abondante hémorragie, puisqu’à l’endroit où était tombé le blessé il y avait sur le parquet une énorme mare de sang ; mais, à cette blessure, qu’il était facile de traiter, s’en ajoutait une autre terriblement grave. La seconde balle, en effet, était entrée immédiatement en avant du tragus gauche et, traversant toute la base du crâne, était ressortie sur la ligne horizontale qui part de la commissure externe de la paupière droite pour rejoindre l’oreille. Chez le président Doumer, qui était un dolichocéphale, cette ligne mesurait dix centimètres exactement, et c’est â trois centimètres en arrière de la commissure, par conséquent à sept centimètres en avant du pavillon de l’oreille, qu’était sortie la balle. Ces mensurations furent pratiquées, post morlem, par mon ami le docteur Paul, médecin-légiste. Or, il résulte de coupes anatomiques faites dans son laboratoire de la Faculté de Médecine par mon ami le professeur Rouvière, en présence du professeur Cunéo et de moi-même, qu’une telle blessure, avec une telle direction, atteint toujours une des artères carotides internes, au niveau du sinus caverneux, quelquefois même les deux sinus caverneux. Le président Doumer avait sûrement une lésion du sinus caverneux droit, car, vers huit heures du soir — alors que la blessure remontait à trois heures de l’après-midi — il se produisit une exophtalmie droite très marquée. Aussi le Président succomba-t-il dans le coma, avec des phénomènes cérébraux, vers 4 heures du matin. Sauf quelques minutes pour prendre un léger dîner, j’étais resté près de lui douze heures consécutives, et malgré la tristesse de cette mort, malgré les responsabilités morales que je ne me dissimulais pas, je n’éprouvais aucune fatigue. Au moment de rentrer chez moi, dans la cour de l’hôpital Beaujon, mon chauffeur crut que j’étais monté dans l’auto et partit en me laissant démuni de tout moyen de transport, alors que je comptais regagner mon domicile confortablement installé dans ma voiture. Ce fut une grosse déception, avec la perspective de faire une partie du chemin à pied. Toute la fatigue latente accumulée s’abattit alors sur mes épaules, et je sentis pendant quelques instants une terrible lassitude. Je réagis rapidement et ne pensai plus qu’avec philo-

sophie à tout ce que cet assassinat allait déchaîner de malheur, et, aussi, je pensai un peu à moi-même, car j’avais trop d’expérience des choses de la vie, pour ne pas prévoir que, pour certains de mes collègues, le véritable assassin, ce serait, non pas celui que l’on avait arrêté, mais le chirurgien qui avait opéré, puisque je n’avais pu sauver la vie du Président.

Dans la carrière d’un chirurgien, avec, chaque jour, de nouveaux problèmes angoissants, il est nécessaire d’avoir un guide, un conseiller auquel on puisse s’adresser en pensée pour se demander : qu’aurait fait mon maître en pareil cas. Je crois bien qu’il en est ainsi pour tous ceux qui portent de lourdes responsabilités. Pour ma part, que de fois, et toujours avec succès, me suis-je posé la question : qu’aurait fait, dans un cas pareil, mon maître Terrier? La question posée, je n’avais plus une hésitation. Je savais, de la façon la plus éclatante, que, dans le doute, il ne se serait pas abstenu, que, devant un cas désespéré, n’y eût-il qu’une chance sur mille, cette chance il l’aurait tentée ; que devant une responsabilité grave, et même s’il y avait un moyen honorable de la fuir, il ne l’eût pas essayé, et enfin qu’une fois l’échec subi, il ne se plaignait jamais et, avec stoïcisme, acceptait toutes les conséquences, quelles qu’elles 'fussent. Un chirurgien éprouve de terribles responsabilités, de grandes déceptions. Il doit tout accepter sans se plaindre, il doit se taire en prenant la résolution de faire, à l’avenir, si possible, encore mieux. Celui qui, pour expliquer un insuccès, incrimine ou ses aides, ou une installation défectueuse, ou le malheureux opéré lui-même, n’est pas digne d’exercer la plus noble profession qu’il y ait au monde, celle de chirurgien.

Cette attitude, la seule qu’un chirurgien digne de ce nom puisse adopter, peut le faire passer pour indifférent; qu’importe ! Je me rappelle le cas d’un pauvre petit arriéré auquel mon maître Terrier avait pratiqué l’opération proposée par Lannelongue, la craniotomie qui avait pour but (?) de permettre au cerveau de se développer. Les suites opératoires furent mauvaises et l’enfant succomba. Le médecin, un neurologue distingué, un peu théâtral, prenait devant la famille une attitude désolée. Un jour, il alla même jusqu’à exprimer ses regrets de voir disparaître ainsi une intelligence qui aurait peut-être été grande. Félix Terrier, lui, ne disait rien, mais n’en était pas moins très attristé d’enregistrer un échec opératoire. Aussi les parents considéraient-ils Terrier comme un

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homme dépourvu de toute pitié, alors qu’ils ne tarissaient pas d’éloges sur la bonté de cœur du médecin qui, un jour, en descendant l’escalier, avait cependant dit, le plus tranquillement du monde, à son collègue Terrier qui me le raconta : « Après tout, ce ne sera qu’un idiot de moins. »

Chaque année, avec une méthode de plus en plus parfaite, avec une technique de plus en plus simplifiée et de plus en plus sûre, surtout avec l’autorité, l’assurance que donnent les bons résultats et les guérisons de plus en plus satisfaisantes en quantité et en qualité, le chirurgien vraiment passionné de son métier s’attaquera à des cas de plus en plus difficiles. Il saura mieux préparer ses malades à l’acte opératoire, il dépistera mieux à l’avance les complications qui pourraient se produire, et si elles viennent quand même à éclater, il sera mieux en mesure, grâce à l’arsenal thérapeutique qui chaque année se perfectionne, d’y parer avec succès et de sauver des opérés qui, autrefois, entre ses mêmes mains, eussent peut-être succombé. Vous objecterez que si, chaque année, un chirurgien devient meilleur, la conséquence est que plus on est avancé en âge, plus on est apte à faire de la chirurgie. Il est inutile de perdre du temps à s’étendre longuement sur ce point. C’est un cas d’espèce : des chirurgiens de cinquante ans sont déjà bien fatigués ; d’autres, à soixante-cinq ans et plus, sont encore excellents. Tout est question de cas particuliers, mais ce que je voudrais faire émerger comme idée dominante, c’est que, plus un chirurgien jouit d’une méthode impeccable, d’une bonne organisation, de bons assistants, de bons anesthésistes, d’un bon personnel pour les soins post-opératoires, plus tard vient le déclin. On peut donc le conjurer, ce déclin. Mon maître Terrier, à 70 ans, opérait d’une façon parfaite et ses résultats étaient meilleurs que dix ans auparavant, parce que la chirurgie qu’il pratiquait à 70 ans était plus précise et plus simple que celle qu’il réalisait à 00 ans, et qu’il avait conservé l’acuité de la vue et la sûreté de la main.

Il ne faut pas, du reste, redouter la vieillesse, car elle comporte un certain nombre d’avantages et Emerson le dit dans la perfection : « J’ai atteint l’autre jour le terme de ma cinquanteseptième année et n’ai jamais été plus optimiste qu’aujourd’hui. Je n’ai jamais pu prêter beaucoup de réalité au mal et à la douleur. Si ma femme me dit qu’il peut bien se faire que ma tumeur d’épaule soit un cancer, je me contente de lui répondre : Et puis ? »

La douloureuse rançon de la vieillesse, c’est qu’on voit disparaître, un à un, tous ses amis. A ce point de vue, comme le disait mon maître Guyon, on vit toujours trop longtemps. J’ai vu disparaître Robert Proust, Dujarier, Léon Bernard, Ravaut, Crouzon. Que de douleurs !

Aucune difficulté ne doit arrêter un chirurgien, car sauf les cas de cancers trop envahissants, il y a toujours une solution propre à la vaincre. Si le chirurgien est bien persuadé, en commençant une opération, qu’il doit s’attendre à tout — comme dans la vie du reste — et qu’il y a toujours une solution, qu’il est maître de tout, alors, en parfaite tranquillité, en pleine possession de tout son sang-froid, de tous ses moyens, il arrivera à sortir victorieux des cas les plus compliqués.

Je voudrais exposer ici, tirés de ma pratique, quelques cas complexes, dont une bonne méthode m’a permis de sortir aisément.

Le 18 avril 1934, j’enlevai une tumeur solide du rein droit. C’était une énorme tumeur. Après avoir sectionné l’uretère, on la libéra aisément sur tout son pourtour, sauf en un point où veine cave inférieure et tumeur adhéraient intimement. Il était impossible de décoller cette adhérence. Il fallait choisir entre deux solutions : laisser un petit fragment de la tumeur adhérer à la veine cave, ce qui était la solution facile, ou au contraire réséquer un fragment de la veine cave, ce qui permettrait une ablation complète. Or, comme j’ignorais la nature exacte, bénigne ou maligne, de la tumeur, je n’hésitai pas un instant à adopter la dernière manière de faire et, passant sur le bord droit de la veine un clamp 1 courbe, peu offensant, je pus enlever toute la tumeur avec un fragment du bord latéral droit de la veine cave, sur une longueur de cinq centimètres. La brèche veineuse fut suturée à la soie fine au moyen d’un surjet à points très rapprochés, et lorsque fut enlevé le clamp mousse, la suture de la veine cave inférieure se montra parfaitement étanche, sans le moindre suintement sanguin, sauf cependant sur la partie tout à fait inférieure de la suture, où du reste il disparut spontanément, après quelques secondes, sans même qu’on ait été obligé de faire la moindre compression. Il n’y eut, après cette opération, aucun trouble vasculaire, aucun phénomène de stase, et comme la tumeur se montra, à un premier examen histologique, de nature béni-

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