UN CRÉATEUR
L’artisanat disparaît de plus en plus, tué par la machine. Bernard Shaw ( Guide de la femme intelligente), a parfaitement décrit cette mort de l’artisanat, en prenant comme exemple le cas d’un fabricant d’épingles. Autrefois, le petit artisan était capable de faire une épingle depuis le commencement jusqu’à la fin. Aujourd’hui, c’est la machine qui fait tout, même glisser les épingles à travers les feuilles de papier rose, et il n’est, de par le monde, un artisan qui soit capable de réaliser la fabrication d’une épingle. Pour la chirurgie, il n’en est pas de même. Les instruments anciens ont pu être perfectionnés, des instruments nouveaux ont pu être inventés, la tâche du chirurgien a pu être facilitée dans des proportions considérables, il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui, comme il y a mille ans, le chirurgien exécute lui-même toute l’opération, depuis A jusqu’à Z. Le jour où, par exemple, une machine particulière permettrait de faire les sutures de l’estomac (on en a inventé qui n’ont pas donné satisfaction), ou de faire les sutures de la paroi abdominale, lorsque le chirurgien n’aura plus qu’à déclencher, mettre en marche cette machine à suturer, il pourra ignorer comment elle est construite, comment elle fonctionne ; il terminera alors sa besogne d’une façon peu consciente, et le chirurgien aura cessé d’être Partisan complet qu’il est aujourd’hui. Comme le menuisier du village, comme le charron, comme le peintre et comme le sculpteur (et encore le sculpteur a besoin d’un praticien), le chirurgien travaille de ses mains, guidées par son cerveau, pour une besogne qui n’est jamais identique, même si le cas est comparable, et dans laquelle il y a toujours