MON HOPITAL PRIVÉ DE LA RUE ANTOINE-CIIANT1N
J'ai conté, plus haut, comment vers 1903, j’avais visité , à Berlin, l’hôpital Virchow, avec ses pavillons isolés au milieu de parterres fleuris. A la fin de ma visite, je demandai au directeur qui avait consacré une longue matinée à me faire visiter dans tous ses détails son bel établissement, comment se faisait le recrutement des malades, et j’appris alors les modalités d’une organisation que je crois excellente et que j’ai pu moi-même réaliser en France et faire fonctionner à la satisfaction de tous depuis vingt-huit ans. Ce médecindirecteur de l’hôpital Virchow m’expliqua que son hôpital, comme tout hôpital allemand, recevait trois classes de malades : 1° les indigents qui se présentaient avec une carte de la municipalité et qui étaient admis en salle commune, soignés et opérés gratuitement ; 2° les assurés sociaux (car il y avait déjà à cette époque lointaine des assurances sociales en Allemagne), qui étaient soignés et opérés avec remboursement par leur caisse ; 3° des malades qui n’étaient ni indigents, ni assurés sociaux, et qui étaient alors considérés comme malades de ville et traitaient avec la maison et avec le chirurgien comme ils le feraient dans une maison de santé privée. J’étais revenu de ce voyage en Allemagne avec la ferme intention de réaliser en France un hôpital privé à trois classes. Je pus le faire quelques années plus tard. Grâce à Mademoiselle Chaptal et à quelques hommes qui se réunirent autour d’elle, Messieurs Paul Lebaudy, David- W'eill, Edmond Fouret, Max Leclerc, et moi-même, nous pûmes construire un hôpital privé chirurgical rue Antoine-Chantin. Cet hôpital qui compte quatre-vingts lits, a été ouvert en 1912, et jusqu’en septembre 1939, il a parfaitement fonctionné, équilibrant ses dépenses
et ses recettes, sauf en 1938 et en 1939, où les nouvelles lois sociales votées en 1936 et en 1937, et la semaine de quarante heures lui ont porté un préjudice considérable. Dans cet hôpital privé, nous recevons depuis vingt-huit ans, trois classes de malades : 1° les malades envoyés par les membres fondateurs et qui sont, naturellement, hospitalisés et soignés gratuitement ; 2° des petits payants qui donnent un prix modique de journée (35 francs par jour pour les dernières années) et un prix modique pour le chirurgien ; 3° des malades plus aisés, en chambre séparée, à quatre-vingts francs par jour et qui payent directement leur chirurgien. Tout cela commence à être compris de tous, à s’introduire dans les hôpitaux publics, et ce sera sûrement la règle commune de demain. Mais il y a vingt-huit ans, c’était, qu’on me permette de le dire, une tentative louable et qui a rendu de grands services. Grâce au dévouement de Mademoiselle Chaptal et de son personnel d’infirmières, grâce aux sacrifices de M. David- Weill, de M. Lebaudy, de moi-même et de M. Edmond Fouref, grâce à une très bonne organisation, la maison de la rue Chantin a pu vivre jusqu’au 1er septembre 1939, les malades aisés payant pour les malades pauvres, ce qui est la seule formule pratique.
Dans leurs voyages (car il faut avoir un peu la pérégrinite, comme disait Rabelais), dans les congrès, les chirurgiens apprennent beaucoup ; en outre, ils se font des amis et ils font des amis à leur patrie.
Je compte de nombreux amis dans les deux Amériques, en Angleterre où j’ai été lié avec Moyniham et où j’entretiens les meilleurs rapports avec Gordon Taylor, Grey Turner, Beatty : en Suisse avec le professeur Julliard, et autrefois le professeur de Quervain ; en Hollande le professeur Schumaeker ; en Belgique, le professeur Albert, le professeur Lorthioir, Neumann, Danis, Mayer ; à Vienne j’étais lié avec von Eiseîsberg et je suis lié avec Finsterer ; au Portugal, je compte un ami, dos Santos ; en Russie, Judine, Bourdenko. En Allemagne, je compte un fidèle ami, aussi fidèle pour moi que je lui suis fidèle. Les événements de 1914 et de 1939 n’ont en rien altéré l’amitié qui unit, depuis trente-cinq ans, le professeur Sauerbrück et moi, amitié qui repose surtout sur la profonde estime que nous avons l’un pour l’autre.
DES PROGRÈS RÉALISES DANS LE TRAITEMENT CHIRURGICAL DE QUELQUES AFFECTIONS ET DE QUELQUES OPÉRATIONS NOUVELLES