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PROJET DE BLOC OPERATOIRE ASEPTIQUE A QUATRE SALLES D’OPERATION

SOINS POST-OPÉRATOIRES

poitrine ou de tachycardie paroxystique qui aurait peut-être emporté le malade. Un de mes internes vient de sauver ainsi la vie à une opérée, il y a seulement quelques jours. Il est appelé d’urgence près de cette malade très âgée qui présentait tous les signes d’une embolie pulmonaire. Il fait, à la novocaïae, une infiltration du ganglion étoilé gauche, avec peu de succès, le pouls restant incomptable. Il pratique alors une infiltration du ganglion étoilé droit et, immédiatement, le pouls prend un rythme normal, la respiration devient plus aisée, on assiste à une véritable résurrection.

Ap rès toute opération, on pourra, grâce à des données scientifiques, combattre les accidents qui, malgré une opération bien conduite, pourraient faire succomber l’opéré. Par exemple, après certaines interventions pour occlusion intestinale, réduites cependant aux manoeuvres les plus simples, on est frappé de voir que quelques opérés succombent rapidement avec des phénomènes d’intoxication. Dans des recherches aujourd’hui classiques, entreprises par Léon Binet, D. Petit- Dutaillis et par moi-même, nous avons pu démontrer que ces phénomènes toxiques cédaient à des injections intraveineuses de solution hypertonique de chlorure de sodium, et ainsi a été mise au point une méthode thérapeutique que tous les chirurgiens ont maintenant adoptée, et qui a été, en outre, le point de départ de recherches scientifiques très importantes.

A l’origine de nos recherches sur le sérum salé hypertonique se placent les expériences de lladen et Orr, et les faits cliniques de Coleman : alors que des chiens mis en occlusion intestinale au moyen d’une ficelle fortement serrée autour de l’intestin, meurent tous en moyenne en quatre jours, on obtient chez les animaux traités par le chlorure de sodium, des survies qui peuvent aller jusqu’à vingt-huit et trente jours.

L’observation du premier malade que j’ai ainsi traité a la valeur d’une expérience : il s’agissait d’un homme de cinquante-quatre ans, opéré, dans un état très grave, d’une occlusion aiguë de l’intestin grêle par bride. Trois jours après l’opération, l’issue fatale semble imminente : malade inconscient, présentant du refroidissement des extrémités. Une demi-heure après une injection intra-veineuse de dix centimètres cubes de solution à 10 % de dhlorure de sodium, on assiste à une véritable résurrection. Les vomissements cessent, le pouls devient régulier, le malade reprend connaissance. Trois heures plus tard, les mêmes accidents réapparaissent,

mais une nouvelle injection intra-veineuse les jugule comme la première fois. Aussi, répète-t-on systématiquement ces injections toutes les trois 'heures, le malade absorbant au total quatorze grammes de chlorure de sodium par jour. Guérison.

Cette observation princeps date de 1928. A la suite de notre travail, de nombreux cas furent publiés. Ils ne firent que confirmer nos recherches.

On peut dire que, par la rapidité de son action, il n’est pas de méthode thérapeutique qui surprenne autant que celle-ci. Il faut avoir vu de tels malades, au seuil de l’agonie, en plein coma, se réveiller de leur torpeur quelques minutes après la première injection intraveineuse, pour être entièrement convaincu de l’efficacité extraordinaire de ce traitement, qui, admis aujourd’hui par tous, a permis de sauver de nombreuses existences.

DILATATION AIGUË POST-OPERATOIRE DE l’eSTOMAC

Tous les chirurgiens connaissent, surtout depuis la revue de Paul Lecène ( Journal de Chirurgie , Paris, 1908, page 781) cette complication grave que l’on voit survenir chez certains opérés. On entend par dilatation aiguë post-opératoire de l’estomac (il serait plus exact de dire du duodénum) des phénomènes de rétention gastrique à marche aiguë, qui surviennent deux ou trois jours après une opération abdominale, ou même extra-abdominale (une simple néphropexie) et constituent une occlusion haute du tube digestif, avec les graves phénomènes d’intoxication que de telles occlusions entraînent.

Cette complication ne devient vraiment grave que si le chirurgien, n’étant pas averti, recourt trop lard à la manœuvre si simple qui la fait céder.

Le siège de l’occlusion est sur le duodénum, au niveau de la troisième portion, au point précis du croisement de l’artère mésentérique. Par suite de la traction exercée par le poids de la masse intestinale sur son attache supérieure, l’artère mésentérique s’applique intimement sur le duodénum qui se trouve ainsi obstrué.

Les lavages d’estomac sont souvent insuffisants, car la sonde

SOINS POST-OPÉRATOIRES

n’arrive plus à atteindre le niveau du liquide dans de tels estomacs si distendus et si abaissés.

Connaissant la palhogénie de ceüe grave complication, il est facile d’imaginer le traitement. Il suffit, simplement, en effet, pour faire cesser immédiatement les vomissements et assister à une véritable résurrection (si l’on n’intervient pas trop tard), de mettre le malade couché sur le ventre.

Les premières observations sont de Kundrat (1891) et de Schnitzler (1895).

L’observation de Landau est démonstrative. Au sixième jour d’une hystérectomie supravaginale pour fibrome, on porte enfin le diagnostic d’occlusion duodénale, et avant de réinlervenir, on essaye le decubitus ventral conseillé par Schnitzler ; les vomissements cessent, et la guérison se poursuit miraculeusement.

Avec un tel moyen aussi simple — mais il faut le connaître — des vies humaines peuvent être sauvées.

CE QU’EST UN SERVICE DE CHIRURGIE

Un service de chirurgie est une sorte d’usine où viennent se faire soigner, se faire réparer si l’on veut, tous ceux que certaines affections ont atteints ; traumatismes, inflammations, tumeurs, vices de développement, etc. Il doit être organisé : 1° pour que tous les examens capables de faire découvrir l’organe lésé et la nature de la lésion puissent être pratiqués suivant les méthodes les plus précises ; 2° pour que, au moment le meilleur, soit exécutée, par des gens compétents, l’opération nécessaire; 3° pour que les soins post opératoires soient réglés de la manière la plus parfaite; 4° enfin, pour que des documents scientifiques soient recueillis, assemblés et publiés, de façon à aider aux progrès de la science chirurgicale.

Pour faire comprendre comment ce programme peut être réalisé, le plus simple me paraît de décrire l’organisation chirurgicale que j’ai pu réaliser à la Salpêtrière, et que je dirige depuis vingt-sept ans. Je n’ai pas atteint mon idéal, mais toujours tendu vers lui, j’ai réalisé un ensemble que beaucoup de chirurgiens français et étrangers ont bien voulu apprécier.

Ce n’est pas la première fois que je donne la description de la clinique chirurgicale de la Salpêtrière, mais comme, chaque année, depuis vingt ans, de grands perfectionnements y sont apportés, cette nouvelle description n’est pas une simple répétition.

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