PREMIÈRE PÉRIODE GRECQUE, AVEC HIPPOCRATE
(470-356 av. J.-C.) Y et IVe siècles avant J.-C.
Le rôle de Celse.
Si l’on ne devait lire qu’un seul ouvrage touchant l’histoire de la chirurgie chez les Grecs, c’est, sans contredit, au traité De re medica , de Celse, qu’il faudrait accorder la préférence. Une très bonne traduction française en a été publiée par le docteur À. Yédrènes, avec préface de Paul Broca, Paris, 1876, chez Masson. Nous donnons ci-dessous quelques descriptions de Celse qui permettront d’apprécier la valeur de son œuvre. Ces descriptions brèves sont précises et intéressent, même aujourd’hui.
Les plaies pénétrantes de V abdomen et des intestins. — « L’abdomen est quelquefois ouvert par une blessure ; de là, l’expulsion des intestins au dehors. En pareil cas, il faut surle-champ examiner si ces organes sont intacts, puis s’ils ont conservé leur coloration naturelle. Lorsque la perforation porte sur l’intestin grêle, j’ai déjà dit qu’il n’y avait point de remède ; quant au gros intestin, il peut être cousu, non que ce moyen inspire confiance, mais parce qu’il vaut mieux se rattacher à une lueur d’espérance que de renoncer à tout espoir, et quelquefois la réunion s’effectue. Le blessé doit être couché sur le dos, le bassin un peu relevé ; si la plaie est trop étroite pour que l’intestin puisse être aisément refoulé, on la débride jusqu’à ce qu’elle ait une étendue suffisante. Alors l’aide écarte légèrement les lèvres de la plaie avec deux doigts ou même avec deux érignes, et le médecin fait tou-
jours rentrer les premières anses intestinales sorties les dernières, afin que chacune conserve son rang. » (page 513.)
Des opérations qui se pratiquent sur les testicules. — <( Comme des vaisseaux en grand nombre se distribuent sur ces tuniques (les tuniques du testicule), ceux de petit volume peuvent être coupés immédiatement ; mais les plus gros doivent être préalablement liés avec un fil un peu long, pour prévenir une hémorragie dangereuse... Les fils avec lesquels les extrémités des vaisseaux sont assujettis devront rester pendants hors de la plaie ; ils se détacheront sans douleur au moment où la suppuration s'établira. » (page 520.)
De la manière d'arrêter les hémorragies dans les plaies. — « Quand une personne a reçu une blessure susceptible de guérir, il faut veiller immédiatement à ce que ni l’hémorragie, ni l’inflammation ne Remportent. Y a-t-il crainte d’hémorragie ? ce que l’on peut préjuger d’après le siège, l’étendue de la blessure et la violence du jet de sang, on doit remplir la plaie de charpie sèche, mettre par-dessus une éponge imbibée d’eau froide et appuyer avec la main. Si le sang ne s’arrête pas, on renouvelle souvent la charpie... l’emploi des corrosifs et des caustiques qui, comme tels, produisent des eschares, doit être banni, quoique la plupart arrêtent le sang; si l’on y a recours, on choisira de préférence ceux qui ont une action semblable, mais plus douce. Si l’hémorragie résiste, il faut saisir les vaisseaux qui fournissent le sang, les lier en deux endroits autour de la plaie et les couper dans l’intervalle, afin qu’ils se rétractent tout en ayant leurs ori lices fermés. » (page 335.)
La ligature des artères était donc bien connue des anciens et c’est une erreur que d’en attribuer le mérite à Ambroise Paré.
Amputation des membres dans la gangrène. — « On fait, avec un scalpel, une incision entre le mort et le vif jusqu’à l’os, de façon à ne pas s’approcher de l’articulation, et même à empiéter sur les parties saines plutôt que d’en laisser de malades. Dès qu’on est arrivé sur l’os, on en éloigne la chair saine, et on la détache du pourtour osseux, afin de le dénuder également en cet endroit, dans une certaine étendue ; puis à l’aide d’une petite scie, on coupe l’os le plus près possible de la chair saine et encore adhérente ; ensuite, on polit la surface de la section osseuse, rendue inégale par l’action de la scie, et par-dessus, on ramène le tégument qui, grâce à
ce procédé, doit être assez lâche pour recouvrir très exactement Tos de toutes parts. » (page 557.)
Voici le serment d’Hippocrate tel qu’il est prêté à la Faculté de Paris :
a En présence des Maîtres de cette École, de mes chers condisciples et devant l’effigie d’Hippocrate, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité dans l’exercice de la médecine. Je donnerai mes soins gratuitement à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. Admis dans l’intimité des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s’y passe ; ma langue taira les secrets qui me seront confiés, et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs ni h favoriser le crime. Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l’instruction que j’ai reçue de leurs pères.
« Que les hommes m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses î Que je sois couvert d’opprobres et méprisé de mes confrères si j’y manque. »
Et voici le serment d’Hippocrate tel qu’on le trouve dans les livres hippocratiques : « Je jure, par Apollon médecin, par Asclépias, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et déesses, que je prends ici à témoin, que de toutes mes forces et selon mes connaissances, j’accomplirai ce serment tel qu’il est écrit.
« Je regarderai comme mon père celui qui m’a enseigné la médecine, je l’aiderai à vivre et lui donnerai ce dont il aura besoin. Je regarderai ses enfants comme mes propres frères. S’ils veulent apprendre cet état, je le leur enseignerai sans argent, ni obligation écrite ; je leur ferai connaître ses principes, je leur donnerai des explications étendues, je leur communiquerai généralement toute la doctrine, comme à mes enfants...
« Je ne mettrai à aucune femme d’appareil dans le vagin pour empêcher la conception ou le développement d’un enfant.
« Quand j’entrerai dans une maison, je ne le ferai que pour le bien des malades ; je m’abstiendrai de toute action
injuste, et je ne me souillerai par lascivité d’aucun contact, soit avec des femmes, soit avec des hommes libres, soit avec des affranchis, soit avec des esclaves. Tout ce que je verrai ou entendrai, soit dans le commerce des hommes, dans les fonctions ou hors des fonctions de mon ministère et qui ne devra point être rapporté, je le tiendrai secret, le regardant comme une chose sacrée. »
L’œuvre d’Hippocrate est la première œuvre médicale écrite en langue grecque, elle forme la « Collection hippocratique », dont le traité des articulations est, chirurgicalement, le plus intéressant.
La luxation de l’épaule y est parfaitement décrite, et le traité des fractures est à lire. On y trouve la description des fractures ouvertes. L’œuvre d’Hippocrate a joué un rôle capital dans l’évolution de la médecine, et a donné lieu à de multiples discussions. On a meme mis en doute l’existence d’Hippocrate, comme celle d’Homère, du reste.
Dans le traité de Laignel-Lavastine, on trouvera tout ce qui a trait à la vie et à l’œuvre d’Hippocrate. Il faut toujours se rappeler qu’il n’y avait pas d’anatomie à cette époque, et que l’anatomie humaine est née à l’Ecole d’Alexandrie.
Le grand adage d’Hippocrate : Primum non nocere, avant tout, ne pas nuire.
Des nombreux écrits réunis en soixante livres dans la « Collection hippocratique » quelques-uns seulement ont pu être rapportés avec certitude au maître de Cos : douze livres, d’après Littré, cinq d’après Isensée, deux seulement d’après Daremberg.
« L’œuvre hippocratique constitue une « somme » suivant l’expression du Moyen Age. Elle permet de fixer l’état des connaissances médicales au cinquième siècle avant notre ère. » (Littré, Œuvres complètes d’Hippocrate, Paris, 1839, t. I, p. 5.)
Conseils d’Hippocrate :
« On fera toute chose avec calme, avec adresse, cachant au malade, pendant qu’on agit, la plupart des choses : lui donnant avec gaieté et sérénité les encouragements qui conviennent ; tantôt le réprimandant avec vigueur et sévérité, tantôt le consolant avec attention et bonne volonté ; ne lui
laissant rien apercevoir de ce qui arrivera ni de ce qui le menace ; car plus d’un malade a été mis à toute extrémité par cette cause. » Hippocrate dans les préceptes de déontologie excellents qu’il a donnés sur la tenue du médecin, les visites, la psychologie du malade, les honoraires, les consultations avec un confrère, est à lire avec le plus grand intérêt.