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DEUXIÈME PÉRIODE DE LA CHIRURGIE GRECQUE

Ecole d'Alexandrie avec Celse et Ecole de Borne avec Galien.

Deuxième période de la chirurgie grecque : non plus h Athènes, mais à Alexandrie d’Égypte, de l’an 331 av. J. -G. à l’an 3T après J. -G. Grâce à la dissection sur les cadavres humains, de précieuses connaissances anatomiques sont acquises, et aussi des notions de physiologie. Pendant cette période de trois siècles, deux grands noms dominent tous les autres, celui d’Hérophile, et celui d’Erasistrate.

Hérophile, dont le nom est parvenu jusqu’à nous comme celui d’un grand savant, avait de solides notions d’anatomie. Il était né vers 340 av. J. -G. et vécut à Alexandrie. Dans le livre de Laignel-Lavastine, toute sa vie est parfaitement tracée. Il fut le premier à disséquer des cadavres humains ; avant lui, les dissections se faisaient seulement sur des cadavres d’animaux.

« Il étudia méthodiquement le cerveau et aboutit à la conclusion que la plupart des nerfs ont leur origine au cerveau ; certains ont leur origine dans la moelle épinière. On lui doit la première observation anatomique détaillée du cerveau, il découvrit le quatrième ventricule. » Il découvrit le confluent veineux qui porte son nom.

(( Hérophile fut un grand gynécologue et accoucheur. Entre autres curiosités qu’il lui fut donné d’observer dans le domaine de l’obstétrique, il assista à la naissance de quintuplées. Il écrivit un « Livre des sages-femmes ». La première femme qui ait exercé en Grèce la profession d’accoucheuse, une jeune fille d’Athènes, Agnodice, étudia avec lui. « La

loi interdisait alors aux femmes et aux esclaves de se mêler d’art médical, et comme nombre de femmes refusaient par pudeur les soins des médecins, les accouchements s’accompagnaient souvent d’accidents mortels. Agnodice se travestit en homme pour étudier la médecine, et ses études achevées, alla offrir ses services à une femme en couches à qui elle révéla son sexe. Sa réputation grandit si vite que les médecins jaloux, qui ignoraient son sexe, l’accusèrent d’avoir séduit des femmes. Elle fut alors forcée de déclarer devant l’aréopage qu’elle était femme. Les médecins la poursuivirent de plus belle, mais l’intervention des femmes de la noblesse la fit acquitter, et l’on modifia la loi en autorisant les femmes libres à exercer la profession de sages-femmes. »

Une belle pensée d’Hérophile : « Par-dessus tout, le médecin doit connaître les limites de son pouvoir ; car celui-là seul qui sait distinguer le possible de l’impossible est un médecin parfait. »

Hérophile, véritable savant, fît école et eut de nombreux élèves.

Erasîstrate. — Né en 330 av. J.-C., mourut vers 250. On l’appela l’infaillible. On raconte de lui une cure qui le rendit célèbre : « Antiochus, fils de Seleucus, avait une maladie mystérieuse, et dépérissait sans que personne pût déceler la cause de son affection. Erasistrate appelé à son chevet considère le faciès amaigri, l’éclat des yeux, la pâleur du visage, prend garde au timbre de la voix, puis il examine le pouls du malade et fait venir une à une les femmes du palais, sans que le pouls manifeste le moindre changement. Cependant, à la vue de Stratonice, seconde femme de son père, le cœur d’Antiochus bat avec violence. Erasistrate découvre ainsi le mal secret dont souffre le fils du roi et obtient de Seleucus Nicator qu’il donne Stratonice à son fils. Le remède fut aussi efficace que le diagnostic avait été juste, et le médecin obtînt une guérison inespérée. Ce récit prouve qu’Erasistrate connaissait les travaux d’Hérophile, et l’étude du pouls était passée à l’ordre du jour. » (Laignel-Lavastine.)

Erasistrate écrivit de nombreux livres qui ne nous sont pas parvenus et ce que nous savons de son œuvre, nous le devons à Celse.

Il approcha le problème de la circulation du sang.

C’est à un compilateur latin, Celse, que nous devons de connaître la médecine grecque et les savants qui l’ont illustrée. L’œuvre de Celse est magistralement exposée dans la leçon de Paul Broca, en 1865, à la Faculté de Médecine.

<( Je ne veux pas vous parler d’un homme, mais d’un livre et aussi d’une époque. Celse, l’auteur de ce livre, nous est à peu près inconnu. Son nom ne nous est parvenu qu’altéré par les copistes. On ne sait ni où il est né, ni où il est mort. On suppose qu’il a vécu à Rome ; c’est très probable ; mais ce n’est pas certain. On ne connaît ni sa famille, ni ses amis ; on discute sur l’époque où il llorissait, et pendant que les uns le font vivre sous le second triumvirat, d’autres le font contemporain de Tibère, de Néron et même de Trajan. Voilà bien des incertitudes et pourtant il en est une plus grande encore, car on ignore sa profession. Ëtait-il médecin, ou chirurgien, agriculteur, rhéteur ou philosophe ? Vivait-il dans les camps ou exerçait-il, auprès d’un prince du sang, les fonc tions de secrétaire ? Toutes ces hypothèses ont été soutenues et de pareilles divergences ne prouvent qu’une chose, c’est qu’on ne sait rien ou presque rien sur la personne de Celse.

« Le livre de Celse, De re medica, est certainement l’un des écrits les plus remarquables de l’antiquité. Le style en est si pur, si correct que beaucoup d’auteurs ont appelé Celse le Cicéron des médecins. Ce livre résume dans son élégante concision, l’ensemble des connaissances médicales et chirurgicales de l’époque qui a précédé celle de Galien. Parmi les soixante-douze auteurs médicaux dont Celse a consulté et cité les ouvrages, il n’en est qu’un seul, Hippocrate, dont les écrits aient survécu au cataclysme du Moyen Age. La plupart d’entre eux ne nous sont connus que par le livre de Celse, et il n’y a pas d’exagération à dire que près de la moitié de ce que nous savons sur l’histoire de la médecine et de ses progrès en Grèce, à Alexandrie et à Rome, pendant les quatre siècles qui ont suivi l’époque hippocratique, nous a été conservé par Celse et par Celse seulement.

« Il n’en faudrait pas tant pour expliquer le succès extraordinaire que cet ouvrage a obtenu depuis la Renaissance. Jusqu’alors on en avait fait peu de cas, mais l’imprimerie naissante lui rendit justice. Il eut l’honneur d’être imprimé dès

1478, cinq ans avant VArs parva de Galien et les Aphorismes d’Hippocrate, et j’ai lieu de croire que les seuls ouvrages de médecine qui aient été imprimés avant celui-là sont le Canon d’Avicenne (1476) et un fragment d’Albucasis sur la préparation des médicaments (1471).

« Aucun livre de science n’a été édité plus souvent que celui de Celse. Chouiant, en 1824, en a cité cinquante-quatre éditions latines, sans compter quinze éditions dont il n’a pu constater F authenticité, et sans compter un bon nombre de traductions dans la plupart des langues de l’Europe.

« Celse a eu un grand nombre de commentateurs... Morgagni, qui en trente ans, de 1720 à 1750, écrivit sous forme de lettres, huit dissertations critiques sur Celse, et qui, en 1768, octogénaire, revint encore sur ce sujet dont il s’occupait depuis près de cinquante ans ; et enfin Léonard Targa qui, plus persévérant encore, consacra entièrement soixante ans de sa longue vie à l’étude des manuscrits et des éditions de Celse. »

Le véritable prénom de Celse est Aulus et non Auréîius comme le portent à tort la plupart des éditions. Il aurait écrit sous le règne de Tibère.

Par une série de déductions précises, Paul Broca montre que Celse est antérieur au règne d’Auguste : « Comment se fait-il que Celse, cet écrivain si érudit, qui a cité un si grand nombre d’auteurs et de praticiens, n’ait pas parlé d’Antonius Musa, médecin d’Auguste, de cet illustre , de cet immortel Musa, qui avait sauvé ou qui passait pour avoir sauvé les jours de l’empereur, et qui, en récompense, reçut les plus grands honneurs qu’on ait jamais accordés à un médecin, puisque le Sénat lui octroya l’anneau d’or des chevaliers et qu’on lui éleva, de son vivant, une statue auprès de celle d'Esculape ?... Le De re medica est donc antérieur à cette maladie, dont les histoires ont indiqué la date, et qui eut lieu l’an 731 de Rome, c’est-à-dire l’an 22 av. J.-C.

En somme, c’est une sorte d’encyclopédie que Celse a édifiée.

« Cette encyclopédie comprenait d’abord un traité d’agriculture, De re rustica, en cinq livres ; puis le traité De re medica, en huit livres ; le traité de rhétorique, probablement en sept livres, venait immédiatement après. On ne sait dans quel ordre se succédaient les autres traités ; on n’en connaît même pas le nombre ; on sait seulement qu’il y en avait un

sur le droit, un autre sur la philosophie, un troisième sur

l’art militaire...

« Pour vous convaincre (de la supériorité de la médecine et de la chirurgie romaines), il vous suffira de lire le livre de Ceîse. Vous serez étonnés de voir ce que savaient ces praticiens de Rome tant dédaignés par Pline ; de voir surtout à quel degré de splendeur s’était élevée la chirurgie opératoire.

a L’arsenal des instruments de chirurgie était alors beaucoup plus riche qu’on ne l’a cru pendant longtemps. Celse et tous les auteurs qui ont écrit sur la chirurgie jusqu’à Paul d’Egine, ont mentionné un grand nombre d’instruments, mais ne les ont pas décrits, et on ne se faisait aucune idée du matériel chirurgical des anciens, avant la découverte des ruines d’Herculanum et de Pompéi.

« Dans une seule maison de Pompéi, voisine du palais de Claude, on a trouvé jusqu’à quarante instruments dont plusieurs sont semblables à ceux que nous employons encore aujourd’hui. En 1847, époque où M. Ren. Vuipes a publié son intéressante monographie, le nombre des instruments conservés dans le musée opératoire de Naples s’élevait à cent quatre-vingt-dix-neuf. M. Vuipes en a figuré une quarantaine sur de belles planches.

« De tous ces instruments, le plus remarquable est le spéculum de la matrice, dont les trois branches, mues par un mécanisme ingénieux, s’écartent en restant parallèles. Il y a une cinquantaine d’années, lorsque Récamier inventa son spéculum pour appliquer des cautérisations sur le col de la matrice, on crut qu’il venait d’ouvrir à la chirurgie une voie nouvelle.

« L’opération de la ligature (des vaisseaux) était connue des anciens, et vous jugez quelle a dû être au Moyen Age la décadence de la chirurgie pour que cette ressource opératoire, sans laquelle nous ne saurions aujourd’hui pratiquer presque aucune opération, ait été entièrement oubliée, jusqu’au jour où elle fut de nouveau inventée par notre grand Ambroise Paré. »

Comme dit Paul Broca, le livre de Celse résume toutes les connaissances médicales de la grande période comprise entre Hippocrate et Galien. « En vous donnant quelques renseignements sur le milieu dans lequel ce livre s’est produit, j’ai voulu surtout vous donner envie de le lire. » C’est le vœu que je forme également pour mes lecteurs.

« Nous devons donc être en somme reconnaissants au gen-

tilhomme romain, Celse, d’avoir eu le goût des compilations, des traductions et de la rédaction des ouvrages de vulgarisation ; mais appeler une opération rapportée dans son ouvrage, opération de Celse, c’est à peu près aussi raisonnable que si l’on donnait dans quelques siècles le nom de Larousse aux inventions qui sont décrites dans l’encyclopédie de cet éditeur. » (Paul Lecène.)

La valeur du livre de Celse tient aussi à une autre raison : la destruction de la plupart des manuscrits où Celse avait puisé. <( La bibliothèque d’Alexandrie a subi deux incendies à sept siècles de distance ; d’abord en l’an 46 av. J.-C. après la bataille de Pharsale ; puis en l’an 640 après J.-C. sous le kalife Omar. Ces désastres en effet, engloutissant, après tant de manuscrits précieux, la plupart de ceux où Celse avait puisé les éléments du sien, ou en n’en laissant subsister que des épaves, ont donné au traité De re medica, resté seul debout, les proportions d’un monument, et, à son auteur, l’importance d’une époque dans l’histoire de la médecine. Tel qu’il est, ce livre nous est donc extrêmement précieux, car il renferme la substance des progrès réalisés en médecine et en chirurgie, depuis Hippocrate jusqu’au siècle d’Auguste, c'est-à-dire pendant les quatre siècles qui ont précédé l’ère chrétienne et durant lesquels naquit et fleurit la célèbre Ecole d’Alexandrie. C’est par ce livre également, que nous connaissons les doctrines de plusieurs auteurs célèbres de la Grèce, de l’Egypte et de Rome, dont sans lui, nous ignorerions même les noms. » (Yédrènes.)

C’est à Celse que l’on doit le fameux portrait du chirurgien si souvent cité. « Le chirurgien doit être jeune, ou du moins assez voisin de la jeunesse ; il faut qu’il ait la main prompte, ferme, jamais tremblante ; la gauche non moins habile que la droite ; la vue nette et perçante ; l’aspect hardi ; le cœur assez compatissant pour vouloir la guérison de son malade, mais non au point de mettre, sous l’émotion de ses cris, plus de précipitation que la circonstance ne le comporte, ou de moins retrancher que le cas ne l’exige ; en un mot, il doit tout faire comme si les gémissements du patient ne l’impressionnaient pas. »

Dans ce portrait, nous voyons que Celse demande que le chirurgien ait la main gauche non moins habile que la droite. Des chirurgiens, au contraire, et Malgaigne, je crois, ont critiqué les ambidextres, craignant qu’ils ne soient mala-

droits des deux mains. Dans le grand nombre de chirurgiens que j’ai eu la joie de voir opérer, je n’en ai rencontré qu’un seul qui se servît indifféremment, et avec même adresse, de la main droite et de la main gauche : c’était mon contemporain, mon ami, Charles Dujarier. Son bistouri était tenu et dirigé — et avec quelle précision, quelle sûreté l — aussi bien par une main que par l’autre. J’ai vu plusieurs chirurgiens qui étaient gauchers, mais d’ambidextres, je n’en ai jamais vu, sauf, comme je viens de le dire, Charles Dujarier.

Lors de ma première année d’études médicales, en 1889, j’assistai à la leçon d’ouverture du professeur Paul Tillaux, dans son Cours de médecine opératoire. Tillaux était un remarquable professeur. Il commença par esquisser, à la manière de Celse, le portrait du chirurgien : « Le chirurgien doit être jeune, fort et audacieux. » Et il commenta ces trois qualificatifs. Celse lui-même dit bien que le chirurgien doit être jeune , mais il corrige aussitôt, il atténue : a ou du moins assez voisin de la jeunesse ». Paul Tillaux qui, à l’époque de cette leçon d’ouverture, devait approcher de la soixantaine, corrigea lui aussi en ajoutant qu’il fallait tenir compte de l’expérience qu’apportent les années, expérience qui compensait largement la disparition de la jeunesse. Fort pour un chirurgien, c’était indispensable, et Tillaux était en effet d’une force herculéenne ; il pouvait, par simple ostéocîasie manuelle, redresser un cal vicieux du cou-de-pied. Quant au qualificatif de hardi, il ne manqua pas de nous faire remarquer que la hardiesse, indispensable au chirurgien, doit être tempérée par la prudence. Tant il est vrai qu’aucun homme ne peut s’oublier complètement, même dans les descriptions les plus générales. Moi-même, je vais immédiatement tomber dans ce travers. Quand cesse la jeunesse ? Il y a quelques décades, un chirurgien n’opérait guère après soixante ans, tandis qu’aujourd’hui, la limite est dépassée de dix ans, au moins, car ce n’est plus la même chirurgie qui est pratiquée. Il y a quarante ans, une seule opération suffisait bien souvent à remplir une matinée. Aujourd’hui, un chirurgien, même âgé, arrive à pratiquer sans fatigue, plusieurs interventions dans la même matinée. Kocher (de Berne), Roux (de Lausanne), Félix Terrier ont opéré avec sécurité jusqu’à l’extrême vieillesse. Tout est cas d’espèce. L’ancien doyen Debove avait coutume de dire : « L’homme âgé est celui qui a dix ans de plus que moi ! »

Quand on songe aux nombreuses années nécessaires pour faire un chirurgien (en admettant qu’il soit doué), il en découle, d’une façon évidente, qu’il y a lieu d’en tirer parti le plus longtemps possible. Certains chirurgiens au contraire, pourraient sans inconvénient, être « retranchés » beaucoup plus tôt.

Un jour, j’avais opéré un jockey célèbre. Il chercha à me démontrer qu’un jockey est bien supérieur à un chirurgien, ou du moins bien plus difficile à « obtenir » qu’un chirurgien. « Voyez-vous, disait-il, il faut qu’un jockey ne grandisse pas, n’engraisse pas. Ne pas engraisser, c’est encore facile, mais ne pas grandir ! Il faut aussi qu’un jockey n’ait pas peur de se casser la figure ; s’il a peur, s’il devient timoré, il est perdu. Et enfin, il faut qu’un jockey ait des yeux dans le dos, car il doit juger non pas seulement de la vitesse du cheval qu’il monte, mais surtout de la vitesse du cheval qui arrive derrière. Aussi, concluait-il, si vous connaissez un bon jockey, faites tout pour qu’il dure le plus longtemps possible. Vous constaterez qu’il y a des jockeys déjà âgés qui sont incomparables, Donoghue, par exemple, et d’autres, tout jeunes, qui sont fort médiocres. Et tout cela, ajoutait mon jockey, pour une action qui ne dure que quelques minutes, alors qu’en chirurgie, vous avez plus de temps pour la réflexion... »

À mon tour, je me risque à tenter un portrait du chirurgien.

Le chirurgien doit être doué d’une grande adresse naturelle qu’il développera chaque jour, grâce à un travail acharné.

Il sera ménager de ses gestes — ne jamais en faire deux quand un seul suffit — et dans chacun de ses gestes, il sera précis et efficient au maximum.

Il doit être calme, s’attendre à tout et se tenir toujours prêt à rétablir la situation par la manœuvre la plus appropriée et par des gestes qui, très souvent, arrivent à être spontanés et précèdent la réflexion.

Il doit avoir du bon sens, pour poser toujours le diagnostic le plus simple et adopter toujours l’intervention la moins compliquée et cependant suffisante.

Il doit avoir une mémoire précise des choses vues ; c’est plutôt un visuel qu’un auditif.

Il conservera le souvenir de ses échecs, sans pour cela devenir timoré, car le timide est plus dangereux que l’audacieux.

Il doit avoir une solide base anatomique, anatomo-pathologique, biologique et clinique. Une longue expérience lui enseignera à combiner ces différentes notions pour en tirer le meilleur parti possible.

Il doit être attentif.

Il doit avoir un sens psychologique averti.

Il doit être bon, compatissant, attacher un grand prix à la vie humaine et ne faire aux autres que ce qu’il voudrait qu’on lui fît.

Il doit posséder un coup d’œil pénétrant, rapide, des mains fermes et sûres, et un synchronisme parfait entre l’œil et la main.

Il doit être au-dessus de sa besogne.

11 doit être à la fois prudent et audacieux.

Il doit avoir cette qualité indéfinissable, l’autorité.

11 doit avoir une santé à toute épreuve ; une résistance infinie à la fatigue ; une force morale que rien ne puisse abattre ; un égal mépris pour les louanges et les critiques, encore plus marqué pour les louanges que pour les critiques ; une grande modestie jointe à une notion très nette de sa valeur.

Il ne doit jamais critiquer ses collègues, mais les estimer, même s’il ne se sent pas attiré vers certains d’entre eux, car iis font, comme lui, un travail que bien peu d’hommes osent entreprendre.

Les anciens disaient que le chirurgien ne doit pas dîner chez son client. Ajoutons que, devant ses amis, au cours d’un dîner, il fera bien de s’abstenir de parler chirurgie et surtout chirurgiens.

Il doit être, dans toute l’acception du terme, l’honnête homme, comme l’entendaient nos pères.

Et lorsque sonnera l’heure de quitter l’existence — s’il a la chance de succomber après une très brève maladie — il pourra, il devra estimer avoir été l’un des plus heureux parmi les pauvres humains, car il aura rendu, en exerçant une noble carrière, que l’on ne peut que servir avec passion, les services les plus éminents à ses contemporains, puisqu’il aura sauvé la vie d’un grand nombre d’entre eux.

Vie de Galien. — Né en 130 après J.-C. à Pergame, il écrit : « J’ai eu le grand bonheur d’avoir un père sain, droit, brave

et humain. Par contre, ma mère était si . coléreuse qu’elle mordait parfois ses servantes, criait et se disputait toujours avec mon père. Elle était pire que Xantippe avec Socrate. »

Il fit de fortes études classique. C’était un lettré.

« Galien travaille d’abord à Pergame, avec l’anatomiste Satyros, puis avec un hippocratiste, Stratonicos, et un empirique Aeschrion. Il part pour Smyrne où il a pour maître Pélops, avec qui il étudie l’anatomie des muscles et complète ses notions sur les affections nerveuses et les maladies chirurgicales. A Corinthe, il reçoit les leçons de Numisianus. A Alexandrie, parmi les affluences de malades qu’attire la réputation de la fameuse Ecole, il travaille avec l’anatomiste Héraclien et avec Julianos. Ses occupations sont multiples, il perfectionne ses connaissances en ostéologie et en myologie.

<( Après un an de séjour à Alexandrie, il regagne sa ville natale ; le grand prêtre le nomme médecin du collège des gladiateurs. Il occupe ce poste, où il pratique surtout la chirurgie, pendant quatre ans, de 158 à 163. Il humecte les pansements de vin rouge pour empêcher l’inflammation (ce qui constitue en somme un pansement alcoolisé).

Il n’aimait pas les athlètes sur lesquels il a écrit une série de phrases cinglantes. « Milon, ce fameux Crotoniate, parcourt un jour le stade, portant sur ses épaules un des taureaux immolés pour le sacrifice. Comment ne pas reconnaître que peu d’instants avant, l’âme du taureau portait le corps de cet animal vivant, bien plus aisément que Milon n’avait réussi à le faire puisqu’elle pouvait courir en le transportant? Cependant cette âme n’avait aucun prix, non plus que celle de Milon. »

En 163, il quitta Pergame pour aller à Rome, sous Marc- Aurèle.

(( Galien était connu à Pergame. Il devint célèbre à Rome, avec une promptitude extraordinaire. Mais cette réussite fut le résultat de son génie, allié à sa capacité surhumaine de travail et à son habileté de praticien. »

« La haine ne l’épargna point. Sa supériorité, sa réussite, sa facilité lui valurent d’être traité de « phraseur » d’ « amateur de paradoxes », de « débiteur de faux miracles ».

Il fut le médecin de Marc-Aurèle, de Septime-Sévère, de Caracalla et mourut en 201 après J.-C.

Galien a laissé une œuvre considérable, plus de cinq cents livres.

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