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CHIRURGIE ARABE

L’histoire de la chirurgie arabe est passionnante, dès qu’on se met à la fouiller. Elle ne mérite pas l’appréciation de Lecène : « Le rôle des Arabes a été très minime dans l’évolution de la chirurgie ; il a même, à tout prendre, été plutôt néfaste à cause de cet usage excessif du fer rouge qu’ils imposèrent à la chirurgie médiévale. »

L’article le meilleur sur cette question nous paraît être l’étude consacrée à la médecine arabe par le docteur J. San-

jurjo d’Arellano, dans ie volume I du traité de Laignel-Lavastine (pages 497 à 525).

Jusqu’à la prise d’Alexandrie par les Arabes, dans les derniers siècles de l’existence scientifique de cette illustre université, les études de l’École furent surtout sociales et religieuses. Vers 300, seize médecins connus de cette époque furent prêtres, moines ou évêques. En 310, saint Corne et saint Damien qui sont les patrons des chirurgiens et qui exerçaient gratuitement la médecine, furent martyrisés.

« Le développement des institutions hospitalières et charitables favorisa et renforça les études médicales. Justinien et Théodora, ainsi que leurs successeurs, fondèrent et dotèrent de très nombreux hôpitaux, asiles de vieillards, infirmeries, hospices d’incurables qui furent soumis à un directeur d’assistance publique (le grand orphanotrope) que nommait l’empereur.

<( Au moment de la prise d’Alexandrie par les Arabes (17 sept. 642), prise complétant la conquête de la Perse, de la Syrie, de la Mésopotamie, de l’Égypte, Alexandrie n’était plus un grand foyer intellectuel que grâce à la médecine : « La médecine y était encore, au vu6 siècle, de toutes les sciences la mieux représentée. Au milieu des noms plus ou moins connus se détache celui de Paul d’Egine, ie plus grand chirurgien de l’antiquité ! Quelques médecins y fondèrent une école, instituèrent des cours et prirent pour base de leur enseignement, un recueil de seize livres résumant les œuvres de Galien. » (Sanjurjo d’Arellano.)

L’article du docteur Sanjurjo d’Arellano est des plus intéressants. Voici, d’après Sanjurjo d’Arellano, ce qu’Aboulfaradge raconte sur l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie : « Amrou ben el Aas, le lieutenant d’Omar qui s’était emparé d’Alexandrie, se prit d’amitié pour un érudit grec Jean Phiioponas (dit Jean le grammairien). Un jour, Jean lui demanda de lui donner les livres de la bibliothèque que le conquérant avait mis sous séquestre et qui ne lui étaient d’aucune utilité. Amrou envoya un messager auprès d’Omar pour lui demander l’autorisation d’exaucer le vœu de son savant ami. « Si ce que contiennent ces livres, répondit le chef des croyants, est conforme au livre de Dieu, le livre de Dieu nous suffit. Si, au contraire, ce qu’ils contiennent n’est pas conforme, il faut les détruire. » En conséquence, Amrou fit distribuer les livres aux bains d’Alexandrie pour allumer le feu.

« La science devait avoir une éclatante revanche. Elle est femme et par ses séductions, elle acquit une telle emprise sur les Arabes que, pendant des siècles, ils coururent à sa poursuite et vécurent dans sa dévotion. »

Cette destruction des livres ne s’arrêta pas à la bibliothèque d’Alexandrie. A Bagdad, une telle quantité de livres furent jetés dans le Tigre, « qu’ils faisaient un pont d’une rive à l’autre ».

Les chefs arabes, les membres des familles régnantes firent traduire les ouvrages d’astronomie et de médecine, d’abord du grec en syrien, et du syrien en arabe, et les chercheurs se mirent à étudier les métaux, recherches d’où naquirent j l’alcool, le sublimé corrosif, le nitrate d’argent, l’acide sulfurique, c’est-à-dire la chimie.

Un grand nom parmi les médecins arabes, Avicenne. « Avicenne (Abou Ali el Hosaïn, ibn Abdallah, ibn Siora 980-1037) physicien, astronome, géologue, philosophe et poète, est le plus célèbre des médecins arabes. Ce fut un génie dont la culture encyclopédique était extraordinaire, un phénomène par la précocité de son intelligence, sa puissance de travail, l’étendue de ses connaissances. Il étudia toutes les sciences et dans toutes se montra supérieur. Son œuvre capitale, le Canon, est une vaste synthèse des connaissances médicales de son temps.

Les Arabes arrivèrent en Espagne, où ils prirent Cordoue, et bientôt la bibliothèque compta plus de 600.000 livres. Un nom de savant, de cette époque, doit être connu, c’est celui d’Albucasis, qui serait mort en 1013, laissant une encyclopédie médicale en trente volumes, dont le dernier volume traite de la chirurgie. C’est la première fois que l’on voit représentés par des figures les instruments qui sont employés. Les belles planches reproduites dans le traité de Laignel- Lavastine, pages 520 et 521, sont à admirer.

Pour apprécier l’œuvre des Arabes, on ne peut mieux faire que de reproduire la conclusion de l’article du docteur Sanjurjo. « Quels que soient cependant les services rendus à l’humanité souffrante par les médecins arabes, et les progrès scientifiques qu’ils ont pu réaliser, ce n’est pas là qu’il faut chercher le trait dominant de leur œuvre et ce qui lui confère \ son sens et sa valeur exceptionnelle. On sait qu’il s’établit une circulation collatérale dans l’organisme lorsqu’un gros vaisseau est sectionné. Lorsque l’empire romain fut scindé

de telle façon que toute communication fut à peu près supprimée entre l’orient byzantin et l’occident envahi par les barbares qui ne comprenaient pas la langue grecque, la science arabe joua le rôle de cette circulation collatérale. Elle fut, pourrait-on dire, le véhicule qui rétablit la liaison spirituelle entre l’orient hellénisé et les jeunes nations héritières des Latins. Après le « miracle du génie grec », le monde bénéficia du « miracle de la science arabe ».

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