II. — L’EXPLORATION DES BLESSURES DU CRANE
Je ne veux pas m’attarder à vous décrire les symptômes des blessures du crâne. Aussi bien, le diagnostic en est-il souvent évident, de par les caractères de la plaie, joints à la constatation des symptômes encéphaliques : syndrome cérébral diffus, allant de la simple obnubilation jusqu’au coma stertor le plus complet ; ou syndrome localisé, signe de foyer, hémiplégie contro-latérale plus ou moins étendue, avec ou sans contracture, aphasie motrice ou sensorielle de type variable, troubles de la vue, rarement épilepsie jacksonienne.
Mais je dois insister sur un point capital, c’est qu’il n’y a pas de rapport constant entre l’importance de la lésion apparente et celle des symptômes encéphaliques.
Il n’est pas rare que tout signe fonctionnel bien net fasse défaut dans une blessure intéressant le crâne et l’encéphale, même avec projectile profond.
Dans ma série de la première campagne d’hiver, sur 127 opérés, je ne compte pas moins de 51 blessés qui, au moment de leur entrée à Tambulance,, ne présentaient
LES BLESSURES DU CRANE ET DE l'eNGÉPHALE 33
aucun symptôme important^ sauf, pour certains, une légère obnubilation très facile à méconnaître dans un examen rapide, tel qu’on le fait au moment des grands arrivages ; 8 de ces 51 blessés avaient un projectile en plein encéphale, et chez beaucoup d’autres, la blessure intéressait à la fois le crâne et l’encéphale.
Un grand nombre de ces blessés sans symptôme frappant, tous ceux sans doute dont la plaie ne laissait pas sourdre de matière cérébrale, auraient été évacués sans être opérés si je n’avais pratiqué ou prescrit V exploration systématique à la sonde cannelée stérilisée, de toutes les plaies du cuir chevelu, les plus insignifiantes en apparence.
Autant cette manœuvre est sans but, dangereuse et condamnable au poste de secours ou à l’ambulance de triage, autant elle s’impose dans une ambulance de premier traitement. Et quand elle n’a révélé rien de plus qu’une simple dénudation de la table externe, le chirurgien ne doit pas hésiter à la compléter par un débridement explorateur de la plaie du cuir chevelu, qu’on peut faire à l’anesthésie locale, chlorure d’éthyle ou néocaïne. C’est la seule façon de ne pas laisser passer les lésions superficielles, fissures, taches ecchymotiques, érosions et sillons de la table externe, qui, de l’avis de tous les chirurgiens renseignés, doivent être traités par la trépanation.
Alors le débridement explorateur n’est que le premier temps d’une intervention qui va le suivre immédiatement.
Quant à \ exploration par la radioscopie, elle est le plus souvent inutile dans les blessures crâniennes. On ne voit pas à l’écran, et on ne voit pas davantage sur les meilleurs clichés radiographiques, les esquilles de la table interne.
La radioscopie ne doit intervenir que lorsqu’on soup-
«HmURGlE b'aMBULANCE.
CHIRURGIE d’ambulance
çonne la présence d’un projectile, c’est-à-dire dans toutes les blessures par contact normal à un seul orifice. Elle permet alors de découvrir le projectile et de repérer sa position, superficielle ou profonde. Cette question viendra mieux à propos, quand j’envisagerai l’extraction primitive des projectiles intracrâniens.