‹ Chirurgie d'ambulance; le premier traitement des blessures de guerreChapitre 12 sur 39 · IV. — RÉSULTATS DU TRAITEMENT PRIMITIF · texte numérisé non relu

IV. — RÉSULTATS DU TRAITEMENT PRIMITIF

Les résultats que donne le traitement primitif des blessures du crâne, tel que je viens de l’exposer, dépendent, comme il est facile de le prévoir, de l’intégrité ou de la perforation de la dure-mère. Deux faits ressortent en toute évidence des documents que j’ai pu rassembler : la grande bénignité des blessures extradurales et Veffroyable gravité desblessures cranio-encéphaliques. Alors que 86 p. 100 des opérés de mes ambulances avec duremère intacte ont été évacués en bon état, j’ai vu mourir plus de 60 P . 100 de ceux dont l’encéphale était touché, en même temps que 1^ boîte crânienne.

Encore faut-il remarquer que l’avenir des évacués atteints de plaies encéphaliques est loin d’offrir la même sécurité que celui des évacués avec dure-mère intacte. Un blessé qui, au fond de son foyer osseux bien nettoyé, a son cerveau protégé par sa dure-mère ne court plus aucun risque de mort. On ne saurait en dire autant de ceux dont le cerveau est à nu et je ne me fais pas l’illusion de croire qu’ils ont tous, même ceux qui sont partis sans projectile inclus, échappé à la méningo- encéphalite tardive et à l’abcès cérébral.

Si, dans les insuccès du traitement primitif, les lésions destructives incompatibles avec la survie prolongée comptent pour une certaine part, le plus grand nombre est dû à l’infection méningo-encéphalique, que l’intervention n’a pas été capable d’enrayer.

Cette fréquence de l’infection, déjà réalisée quand les blessés cranio-encéphaliques arrivent aux ambulances, a des raisons parmi lesquelles je suis obligé de signaler d’abord Vinsuffisa7ice des premiers soins. L’habitude de raser de suite les blessés du crâne n’est pas très répandue dans les premiers échelons sanitaires ; un rasoir qui coupe est une curiosité, aussi bien aux armées qu’à l’intérieur. Cette omission d’une pratique pourtant élémentaire crée des risques d’autant plus grands que les hommes n’ont pas les cheveux « à l’ordonnance )). Sans aller jusqu’à demander, comme on l’a fait, que le crâne des combattants soit rasé et badigeonné de teinture d’iode avant l’attaque, il est certain que la tondeuse est un utile agent prophylactique de la méningo-encéphalite. La chevelure crasseuse des blessés, avec le sang et la bouillie cérébrale dont elle est imprégnée, est un milieu de choix pour la culture des agents pathogènes, et le nettoyage préparatoire du cuir chevelu constitue toujours un travail plus pénible et plus long que l’opération elle-même.

Le retard de Vopération est une cause encore plus importante. La plupart de nos blessés n’ont pu être opérés qu’au bout de vingt-quatre heures et souvent bien davantage. La précocité de l’intervention est aussi urgente, plus urgente, dans les blessures de l’encéphale que dans celles de l’intestin. La cellule encéphalique, si hautement différenciée, supporte fort mal les atteintes d'une infection, même légère.

Il faudrait supprimer, pour les blessés du crâne, tous les transbordements inutiles et assurer, comme pour ceux du ventre, leur transport extra-rapide aux ambulances de premier traitement.

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