IIÏ. — L’IMMOBILISATION DES FRACTURES ET DES PLAIES ARTICULAIRES
Qu’on ait opéré ou non une fracture ou une plaie articulaire, il y a, dans tous les cas, une indication fondamentale à remplir, c’est V immobilisation du membre.
Elle se pose à toutes les étapes de ce douloureux calvaire accompli par le blessé, depuis le point où il a été touché, jusqu’à l’hôpital de l’intérieur où il achèvera sa guérison.
Rien n’est plus vaste que cette question. En deux ans de guerre, les inventeurs d’appareils ont été si nombreux, ils ont fait preuve de tant d’ingéniosité dans l’utilisation du plâtre et des métaux, qu’il me faudrait de longues pages pour épuiser le sujet.
Suivant le plan que je me suis tracé, je me bornerai à vous exposer la pratique que j’avais adoptée dans mon ambulance, dès le début de la guerre, et à laquelle je suis resté presque toujours fidèle, pendant mon séjour au front.
Je ne me suis jamais servi des gouttières en fil de fer du Service de Santé. C’est un matériel encombrant, très vite épuisé. Ce qui est plus grave, c’est qu’il n’immobilise que d’une façon tout à fait insuffisante ; les gouttières de cuisse, par exemple, sont construites de telle façon qu’elles sont incapables de fixer un fémur autrement qu’en forme de crosse.
Les gouttières en aluminium de Delorme ne valent guère mieux et je ne m’en suis pas servi davantage.
La vogue a été très vite aux appareils plâtrés. Je ne
parle pas des appareils plâtrés circulaires, évidemment inapplicables aux fractures compliquées de plaies. Ils ont été interdits, avec raison, dès le début de la guerre, et je ne m’explique pas qu’on puisse voir encore de temps en temps des blessés arriver à l’intérieur dans des appareils de ce genre.
Les seuls plâtres admissibles sont les appareils fenêtrés ou à anses de feuillard et tous leurs dérivés, appareils de Delbet, de Santa-Maria, d’Alquier, etc. Il faut que l’appareil laisse les plaies à découvert et permette facilement les pansements. Je n’ai pas besoin d’insister sur un fait aussi élémentaire.
Je reconnais volontiers les mérites de tous ces appareils sans méconnaître non plus leurs défauts, car ils en ont. Mais je ne veux pas m’étendre sur ces mérites et ces défauts car, à mon avis, les appareils plâtrés, excellents pour les hôpitaux, ne sont pas des appareils qu’on puisse utiliser couramment dans les ambulances de premier traitement chirurgical.
La confection d’un plâtre, surtout d’un plâtre à anse, demande du temps et de l’expérience. Quand les blessés arrivent en masse, comme je l’ai vu dans l’Argonne, et plus tard pendant l’offensive de Champagne, il est matériellement impossible, avec la main-d’œuvre réduite dont on dispose, de plâtrer les fractures.
J’ajoute qu’il serait absurde de la faire, dès les premiers jours du traitement. Le plâtre n’est possible qu’à partir du moment où l’évolution favorable de la blessure est certaine. Avant de plâtrer une fracture ou une plaie articulaire, il faut être sûr qu’on ne sera pas obligé de l’enlever au bout de quelques heures pour pratiquer un débridement, une résection, ou une amputation secondaires.
Gomme matériel d’ambulance, je ne connais rien de
;<HIRÜRGIE d’ambulance
mieux, pour fixer les membres fracturés et les articulations ouvertes, que le vulgaire store vert. J’ai employé ce matériel presque à l’exclusion de tout autre, dès le début de la campagne.
C’est notre camarade Perdu, d’Amiens, qui, le premier je crois, avait fait connaître, quelques années avant la guerre, la valeur du store, comme agent d’immobilisation. 11 fut généralement utilisé, à la grande satisfaction des médecins et des blessés dans toutes les ambulances du 2® C. A. où j’avais l’honneur de servir.
Le store se taille en un instant, à la demande ; il se moule à merveille sur les saillies osseuses, et maintient fortbienla réduction, rarement diflicile, dans les fractures de guerre récentes.
En le mettant en double épaisseur et en taillant une longue gouttière prenant tout le membre inférieur avec le bassin, on immobilise très suffisamment des fractures de cuisse, même pour les évacuations sur l’intérieur.
Légèreté, résistance, souplesse, prix de revient modéré, peu d’encombrement dans les voitures, voilà les qualités vite appréciées de tous ceux qui ont appris à utiliser le store. C’est, en campagne, le matériel idéal pour l’immobilisation des membres et il est très regrettable pour les blessés que son emploi ne soit pas encore répandu davantage dans les ambulances et dans les postes de secours.
Son seul inconvénient, qu’il partage d’ailleurs avec les gouttières de tous modèles, c’est de nécessiter l’enlèvement de l’appareil pendant les pansements : inconvénient secondaire, à mon avis, car avec un personnel infirmier bien dressé, on arrive à panser les blessés sans les soumettre à la torture. Du reste, dans les plâtres armés les mieux faits, l’immobilisation des fragments entre les man-
chons de l’appareil est loin d’êtré'^^bsolument rigoureuse et il s’en faut que les pansements se fassent toujours sans douleur.