II. — LA PROPHYLAXIE DE L’INFECTION
Le rôle chirurgical de l’ambulance ne doit pas se borner à arrêter les hémorragies, à trachéotomiser les asphyxiants, à supprimer les membres qui ne tiennent plus. Il consiste principalement à assurer la prophylaxie des infections graves avant d’évacuer les blessés sur l’intérieur.
Par quels moyens, c’est ce que nous allons maintenant examiner.
i4. Asepsie et antisepsie. — Il n’est pas inutile de préciser d’abord un fait, sur lequel on paraît à peu près d’accord : Y asepsie pure ne convient pas au traitement des blessures de guerre et on ne saurait se passer de Yantisepsie.
Cela se conçoit fort bien. L’asepsie ne peut avoir qu’une prétention : ne porter au contact d’une plaie que des
objets stérilisés. C’est parfait, quand la plaie dont il s’agit est une plaie opératoire, créée dans des tissus non infectés. La stérilisation des gants, des instruments, en un mot de tout ce qui, au cours de l’opération, viendra au contact de la plaie, réduit à tel point la pénétration des germes extérieurs, qu’ils deviennent quantité négligeable et sont incapables de nuire à la réparation aseptique des tissus.
Quand il s’agit d’une blessure de guerre, toujours inoculée, et le plus souvent déjà infectée à son entrée à l’ambulance, l’asepsie garantira la plaie contre toute inoculation nouvelle, mais elle ne fera rien contre les inoculations déjà faites.
11 convient donc d’associer l’asepsie à l’antisepsie. On fera de l’asepsie pour stériliser tout le matériel qui doit entrer en contact direct avec la plaie et de l’antisepsie pour désinfecter la plaie et combattre les accidents d’infection.
Au début de la guerre, nous n’avions pas la possibilité de travailler d’une manière rigoureusement aseptique. L’ébullition était le seul moyen dont nous disposions et cela ne suffit pas à donner une stérilisation parfaite des instruments et du matériel de pansement, surtout quand on vit dans un milieu profondément infecté.
Des progrès considérables ont été réalisés. Des installations offrant toutes les garanties de la chirurgie moderne ont été faites un peu partout sur le front. Les ambulances automobiles chirurgicales restent le modèle du genre, avec leurénorme autoclave, quiapermisàlaformation que je dirigeais, pendant notre offensive de Champagne, de pratiquer plus de cinquante grandes opérations par vingt-quatre heures avec toutes les garanties d’asepsie qu’on trouve dans les hôpitaux ou les cliniques les
CHIRURGIE d’ambulance
mieux organisés. La mobilité des formations de ce type, la possibilité qu’elles ont d’installer leurs baraquements et d’entrer en action en moins de trois heures, assureront leur incontestable supériorité sur toutes les formations fixes créées depuis l’immobilisation de notre front, et sur les ambulances du vieux modèle,* au jour prochain sans doute de notre marche en avant.
B. Le débridement précoce. — J\^oyons maintenant comment on doit régler le premier traitement d’une blessure de guerre.
J’exposerai comment les choses se passaient dans mon ambulance automobile et j’envisagerai le traitement des blessures des parties molles des membres qui me permettront de rester dans les considérations générales de ce premier entretien.
Après avoir franchi le bureau des entrées où les formalités administratives sont faites rapidement, le blessé est déshabillé et emporté dans un local d’examen. J’y avais fait installer des brancards chauffants disposés au-dessus de radiateurs alimentés par la machine à vapeur. C’était un point capital, que de commencer par réchauffer les blessés. On ne s’imagine pas dans quel état de réfrigération déplorable je les ai vus, pendant les deux hivers que j’ai passés au front, descendre des voitures des convois sanitaires automobiles, qui sont de véritables glacières.
Le blessé est donc examiné sur son brancard chauffant avant d’être porté à la salle d’opération.
Supposons que la plaie soit en séton.
Faut-il pratiquer systématiquement le débridement d'un séton?
N’hésitez jamais en présence d’un séton projectile A'oMillerie,
Pour les sétons par balle de fusil à orifices punctiformes^ on peut s’abstenir et se contenter d’un pansement aseptique après badigeonnage à la teinture d’iode, sur une large zone autour des orifices. J’ajoute bien vite que cette abstention n’est prudente qu’à une condition, c’est de ne pas évacuer le blessé immédiatement et de le conserver en observation au moins vingt-quatre heures avant de l’expédier sur l’intérieur. C’est une mesure de prudence que j'avais adoptée, tant j’avais été impressionné, au début de la guerre, par un cas de septicémie gazeuse foudroyante, sur un simple séton par balle de fusil des parties molles delà cuisse, chez un blessé qu’on avait dirigé d’emblée sur un hôpital d’évacuation et qui revint mourir à mon ambulance.
La manière de débrider un séton n’a guère besoin d’être précisée. Quand il est sous-cutané, ou transmusculaire superficiel, le mieux est de fendre le trajet d’un bout à l’autre pour transformer le tunnel en un fossé largement béant.
Cette section complète aurait des inconvénients quand le séton passe sous une épaisse couche de muscles. T>éhvidez largement chaque orifice par une incision parallèle à l’axe du membre ; élargissez ensuite le trajet avec le doigt ganté de caoutchouc, pour y passer un drain, jamais une mèche, après désinfection.
C’est pour ce temps particulier du traitement, la désinfection du trajet, que nous faisons appel à l’antisepsie.
On discutera sans doute encore longtemps sur le choix de l’antiseptique. En tout cas un point paraît acquis : n’inondez jamais les plaies de teinture d’iode, suivant une pratique qui était courante au début de la guerre. Excellente pour la désinfection de la peau, la teinture d’iode est un caustique qui nuit à la vitalité des tissus et
diminue leurs moyens de défense naturelle ; en outre, par la coagulation des protéines, elle rend plus difficile l’action germicide des antiseptiques.
Au début de la guerre j’ai employé l’eau oxygénée, le permanganate de potasse, l’eau de Javel. Très souvent je me suis contenté de nettoyer mécaniquement la surface de la plaie avec des compresses aseptiques imbibées d’éther ; ou bien dans le cas de séton simplement élargi, d’en faire le ramonage avec une mèche éthérée.
Dans les derniers temps, je me suis mis, comme tout le monde, à l’hypochlorite de soude à 1 p. 200, sans constater du reste de changement appréciable dans mes résultats. Ce simple lavage ou nettoyage des plaies à la solution de Dakin, n’a rien à voir, je m’empresse de le dire, avec la méthode de Garrel, dont je vous parlerai dans un instant.
Bien souvent, dans les plaies, même toutes fraîches, par projectiles d’artillerie, les chairs dilacérées et fortement contuses restent grisâtres ou noirâtres après le premier nettoyage. C’est une excellente pratique que d’ébarber, de réséquer les lambeaux d’aponévrose flottants, les fragments de muscles fortement contus et voués à la gangrène. Cette toilette de la plaie doit être faite avec beaucoup de soin ; elle est, ici, le complément indispensable de son débridement large.