‹ Chirurgie d'ambulance; le premier traitement des blessures de guerreChapitre 6 sur 39 · C. L’extraction précoce des projectiles. — Les · texte numérisé non relu

C. L’extraction précoce des projectiles. — Les

mêmes principes seront appliqués au traitement des plaies en cul-de-sac. Mais ici la recherche et l’extraction des corps étrangers, comme temps complémentaire du premier traitement, pose une question nouvelle.

Elle mériterait à elle seule de très longs développements et j’aurai l’occasion d’y revenir dans nos entretiens ulté-

LES BLESSURES DE GUERRE ET LEUR TRAITEMENT il

rieurs. S’il y a des restrictions à faire pour les corps étrangers du cerveau, du poumon, de l’abdomen, etc., je n’en vois pas en ce qui concerne les plaies non viscérales, et en particulier les plaies des parties molles des membres, qui servent de thème à mon exposé.

Pour les projectiles d'artillerie, si dangereux par les débris vestimentaires qu’ils entraînent dans les chairs, la question de l’extraction précoce ne devrait plus se poser, et je suis très surpris, depuis quelques semaines que je travaille à l’intérieur, de voir avec quelle fréquence, au bout de deux ans de guerre, les blessés nous arrivent du front porteurs d’éclats d’obus dans leurs plaies !

L’extraction précoce des balles de fusil n’offre, elle aussi, que des avantages.

Parfois on voit ou on sent le corps étranger sous la peau.

Sinon, l’examen radiologique à l’cc^'^n va précéder l’intervention. Gela se faisait systématiquement dans mon ambulance automobile, pourvue d’une installation radiologique permanente. Guidée à la fois par l’indication du radiologue et par la voie toute fraîche suivie par le projectile, cette extraction précoce est presque toujours facile, bien plus facile que l’extraction tardive, et je l’ai (( ratée » bien rarement.

Dans ce cas, et sans m’être livré à des recherches intempestives, je faisais transporter séance tenante le blessé dans le camion pour faire l’extraction sous l’écran.

Je ne puis entrer dans de longs détails, mais laissezmoi vous dire en passant que la recherche et l’extraction dans la chambre noire, sous l’écran, est la méthode idéale, infiniment plus simple, plus rapide et plus sûre que les recherches avec le moins imprécis des nombreux appa-

reils repéreurs, que la guerre ajoute presque chaque jour à ceux d’avant-guerre.

Quand la plaie est bien nettoyée et débarrassée de tous les corps étrangers, il faut en faire soigneusement Vhémostase. Ce temps est d’importance, car une plaie bien asséchée est un terrain de culture médiocre ; le sang qui stagne, les caillots créent au contraire un milieu particulièrement fertile.

Voilà la toilette de la plaie terminée. Dans certains cas, elle est si nette et d’aspect si vivant, qu’on serait tenté de la sutursr. Cette expérience a coûté la vie à bien des blessés. Une blessure de guerre, exception faite pour certaines blessures de la face et du cuir chevelu, ne doit jamais être suturée, du moins suturée d’emblée. Je ne dis pas que la suture ne puisse jamais réussir, mais cent succès ne compensent pas un insuccès qui aboutit à la mort, et cela s’est vu plus d’une fois, soyez-en persuadés.

Il ne reste plus qu’à faire le pansement.

Dans une ambulance destinée au premier traitement des blessures, il est indispensable que tous les pansements soient faits avec des compresses de gaze et de l’ouate hydrophile fraîchement stérilisées à l’autoclave. Les pansements des paniers du Service de Santé ne m’ont jamais inspiré qu’une confiance modérée. On s’en contente au poste de secours, à l’ambulance de triage, parce qull n’est guère possible d’avoir mieux. Les ambulances de traitement doivent avoir, comme les ambulances automobiles, un autoclave à grand rendement et des boîtes à stérilisation en quantité suffisante pour assurer un approvisionnement constant en matériel stérilisé à la vapeur.

Pansement sec ou pansement humide ?

Si la plaie a bon aspect, le pansement sec est tout indi-

qué. Sinon, le pansement humide est préférable, sans taffetas gommé bien entendu. On emploiera alors la liqueur de Dakin ou tout simplement l’eau salée hypertonique, à 2 p. 100.

Dans le premier cas, le pansement ne sera renouvelé qu’au moment de l’évacuation du blessé, sauf incident.

Les pansements humides seront quotidiens ou biquotidiens.

Ainsi conduit, le traitement initial d’une plaie des parties molles donnera presque toujours un résultat satisfaisant. Il ne supprimera pas la suppuration, mais il la réduira au minimum ; il assurera l’évolution de la blessure sans réaction générale, sans élévation thermique importante et durable.

Il préviendra sûrement toute complication infectieuse grave, mais à une condition formelle, c’est qu’on ait pu le faire à temps, c’est-à-dire dans un délai qui ne dépasse pas les six ou huit premières heures.

Passé ce temps, on obtient encore des succès, c’est entendu, mais ils n’ont plus la régularité de ceux que donne le débridement précoce.

Tel que je viens de l’esquisser, le traitement ne peut avoir d’autre prétention que de prévenir les infections graves et c’est déjà beaucoup.

Peut-on faire mieux et supprimer la suppuration des blessures ?

Carrel et ses collaborateurs ne cessent d’affirmer qu'en utilisant d’une certaine façon la liqueur de Dakin, on arrive à stériliser les plaies récentes datant de moins de six heures, à tel point que la suppuration fait défaut et qu’il est possible, sans danger, d’en rapprocher les bords au

bout de quelques Jours et d’obtenir ainsi, secondairement, la réunion totale.

La méthode consiste à installer l’irrigation continue (10 gouttes de liquide à la minute) ou discontinue (20 cm^ toutes les deux heures), à l’aide de tubes disposés de telle sorte que toute la surface de la plaie soit constamment baignée par le liquide antiseptique.

Elle comporte un examen bactériologique quotidien des sécrétions, et quand le champ du microscope ne montre plus que 2 ou 3 microbes, la plaie est prête pour le rapprochement.

Dans les plaies fraîches, il serait possible du cinquième au dixième jour et la cicatrisation complète de la plaie s’achèverait en trois ou quatre semaines.

C’èst la possibilité de cette réunion précoce qui caractérise essentiellement la méthode de Carrel. Voilà le fait vraiment nouveau, si nouveau qu’on conçoit les doutes, les critiques et même les plaisanteries qui l’ont accueilli.

Je n’ai pas fait le pèlerinage de Compiègne et je n’ai pas eu la possibilité d’essayer dans toute sa rigueur, sur les blessés d’ambulance, la méthode de la formation Rockefeller, difficile à appliquer ailleurs que dans un hôpital richement doté en personnel et en matériel. Je partageais le doute à peu près général, mais je dois avouer que les conversations que j’ai eues avec Dehelly, un des collaborateurs de Carrel, et surtout la conversion toute récente d’un homme comme Quénu, un sceptique de la première heure, m’ont fortement impressionné, et si j’en ai l’occasion, je ne manquerai pas d’essayer la méthode de Carrel dans le traitement des plaies récentes.

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