‹ Chirurgie d'ambulance; le premier traitement des blessures de guerreChapitre 8 sur 39 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les blessures du crâne sont très fréquentes dans la guerre actuelle, car la tête est particulièrement exposée dans les tranchées.

Sur cinq milliers de blessés, j’ai compté près de 400 blessures du crâne, et nous avons fait, mes collaborateurs et moi, 278 interventions crâniennes.

Et il faut bien se représenter que les blessés du crâne qui arrivent aux ambulances sont fortement sélectionnés. La moitié des morts sur le champ de bataille résultent de blessures cranio-encéphaliques. Les projectiles d’artillerie et la balle de fusil, aux distances rapprochées du tir dans la guerre de tranchées, produisent très souvent des dégâts incompatibles avec la moindre survie.

Dans cette guerre abominable, la proportion des blessures du crâne par projectiles d’artillerie ou éclats de grenade est devenue vraiment extraordinaire. Alors qu’au début, pendant la première campagne d’hiver, les blessures du crâne par balle de fusil étaient encore les plus fréquentes, pendant notre offensive de Champagne et l’hiver qui l’a suivie, trois fois sur quatre le projectile responsable était un éclat d’obus ou de grenade. Nous savons combien les blessures de cette catégorie sont

LES BLESSURES DU CRANE ET DE l'eNCÉPHALE 27

exposées à Tinfection. Leur prédominance dans une statistique opératoire de blessés du crâne élève incontestablement la mortalité.

La fréquence et la gravité des blessures du crâne devaient conduire très naturellement à des essais de protection; ét c’est ainsi qu’est apparu le casque, qui donne à nos poilus si belle allure.

Le casque joue sans aucun doute son rôle protecteur et j’ai vu maintes fois des déformations très importantes, bosselures, enfoncements, trous et gouttières du casque, coïncider avec des lésions insignifiantes du cuir chevelu ou des blessures crâniennes superficielles. De toute évidence, la résistance du casque avait absorbé la plus grande partie de la force vive du projectile. Le casque a certainement épargné beaucoup d’existences.

J’ai comparé au point de vue de la fréquence relative des pénétrations intracéphaliques du projectile, mes deux périodes de fonctionnement, avant et après l’adoption du casque. Avant le casque j’avais 19,6 p. 100 de pénétrations profondes; depuis le casque, je n’en ai pas eu plus de 6,6 p. 100. Un tel écart, comme 3 à 1, ne saurait être l’effet du hasard ; il me paraît logique d’y voir le résultat bienfaisant du casque.

Page 1