ULCÈRE. PATHOGÉNIE
impuissante à expliquer Tunicité, la chronicité, la localisation quasi exclusive à Testomac, de l'ulcère ordinaire. Le rôle de Finfection, s'il ne manque pas d'importance n'est ni seul, ni peut-être prépondérant.
6*^ Théorie de la toxhémie. — Dans un travail critique que la méthode et l'abondance de la documentation mettent hors de pair Gandy a formulé la théorie de la toxhémie : tout poison, minéral, organique, ou microbien, s'élinant par la muqueuse gastrique peut créer l'ulcère et Mathieu et Roux en ont publié un exemple d'origine urémique. Mais pas plus que l'infection la toxhémie ne peut expliquer ni tous les ulcères, ni toutes les allures de l'ulcère et Gandy lui-même est forcé d'avouer que « les modifications sécrétoires, l'hyperchlorhydrie, rhypersécrétion, sont capables d'expliquer la localisation plus particulière des lésions ulcéreuses à la muqueuse gastrique. »
70 Théorie traumatique. — Émise par Potatn elle s'appuie sur les observations d'individus pris d'hématémèses quelques jours après un violent traumatisme épigastrique (chute sur une marche d'escalier, sur le rebord d'une table, à la suite d'un coup de pied, etc.) et que présentent ensuite le tableau de l'ulcère. L'objection qui se présente naturellement, c'est que l'ulcère était antérieur au traumatisme dont le rôle s'est borné à faire apparaître les accidents. D'autre part la clinique montre que des corps étrangers vulnérants sont supportés sans dommage pendant de longues années et les expériences de Ritter et Vanni, de Pavy, de Griffini et Vassale et les nôtres propres ont établi avec quelle facilité, quelle promptitude, quelle perfection se réparent les plaies de la muqueuse : en quelques jours, des brèches de plusieurs centimètres se recouvrent d'une couche épithéliale continue.
La cicatrisation n'est cependant pas obtenue si l'animal a été saigné préalablement ; fait intéressant, l'association du traumatisme et de l'anémie crée un véritable ulcère.
8® Théorie de l'auto-digestion et théorie de l'hyperacidité. — Ce sont les théories les plus célèbres et qui s'appuient sur
Si6
CHIRnflGIB DK L
ce fait capital, l'extraordinaire Tréquence de l'ulcère de l'ei mac et du duodtnum comparée à. sa rareté sur le reste du tube digestif. A elle seule, l'hypothèse de l'auto dige s lion est insuffisante, l'estomac saiu ne pouvant pas plus élre digéré par la sécrétion qu'il produit que le sang ne peut se coaguler dans les vaisseaux ofi il circule. L'hypothèse de l'hyperacidilâ ne soulève pas la même objection. Elle est pour ainsi dire constante chez tous les ulcéreux et les rares fois où on ne l'a pas décelée peuvent être mises sur le compte soit d'erreurs de diagnostic, soit d'examens hâtifs ou faits en temps inopportun, soit de lésions très anciennes ou associées au cancer. En dernières années, elle reçut une consécration puissante de la ■ pratique cliirurgicale; on sait que l'ulcère du jéjunum est fort rare ; or la gastro-entérostonuie a été suivie â plusieurs reprisesd'un ulcère de cette portion tle l'intestin qui semble donc a été provoqué par le contact- anormal d'un suc gastrique acide qui était primitivement neutralisé au cours de la traversée duodénale. Les partisans du rôle de l'hyperacidité admettent au reste qu'elle ne suffit pas à elle seule à créer l'ulcère; action doit s'exercer sur une lésion banale de la muqueuse, érosion ou ecchymose due elle-m^me à une des multiple» causes que nous avons déjà énumérées.
9° Théorie dr l'obstaclb pylorique et dk la stasb alu TAiRK. — Elle peut être ainsi formulée : tout rélrécisseme&t pylorique, organique ou spasmodique amène la stagnation des alimeuts, le contact prolongé d'un contenu acide avec la maqueuse et rinalemenl l'ulcère (Behi;). Les expériences de va» j Yjzehen citées plus haut qui corroborent cette conception théorique tout intéressantes qu'elles soient attendent encore leur conUrmation.
10' Tbéoiue mixte. — La plupart des auteurs ont cherché à réconcilier, A mélanger et en quelque sorte à doser en diverses proportions les théories précédentes ; ils admettent notamment l'influence de Ihyperacidilé sur une muqueuse déjà malade ou affaiblie.
Pour nous, qui pensons que l'ulcère est une perle de substance banale plnlôt qu'une enlîlé morbide véritahle, nous sommes frappés des différences énormes de symplômes et d'évolution des ulcères. Il nous paraît juste de croire que des causes fort diverses peuvent donner naissance à cette lésion, qu'elles agissent seules ou associées : ainsi, les troubles vasculaires, l'infection, les toïliémies surtout, le traumatisme peutêtre. Elle M différerait pas alors des ulcères qu'on observe en Vautres organes, mais c'est soa contact avec le suc gastrique qui lui doDuerait ses caractères spécifiques, d'où sa présence dans le duodénum et le jéjunum après la gastro-entérostomie. Le film grand nombre doit sans doute ses caracCiTes, tels que la localisation sur l'estomac, son extension, sa chronicité, à la gastrite si fréquente et à l'hyperacidité presque constante. Nous nous rallions ainsi aux théories éclectiques en y ajoutant cette conception de ia pluralité d'origine et de la diversité des ulcères.
ÉTIOLOGIE
fréquence absolue de l'ulcère estdifQcile k étaiilir parce cliaiqnement le diagnostic peut être insuffisant ou erroné et d'autre part parce que les autopsies ne donnent la proportion que de la mortalité et non de la morbidité. Aussiy a-t-il deJ différences considérables entre les diverses statistiques. D'après Lbbbbt l'ulcère s'observerait une fois sur 300 malades ; d'après Brinton et EwALi. 3 fois sur 100; d'après Ghunfeld on le verrait à l'autopsie 20 fois sur lOO {chiffre établi sur 450 autopsies). Que conclure î On s'accorde à penser que la proportion de BRl^TON est celle qui se rapproche le plus de la vérité. Au reste Païne prétend que la fréquence de l'ulcère augmente eïtraordinairement à Londres; c'est ainsi qu'on en a observé 30 cas seulement à Ibôpital Saint-Thomas, de 1810 à 187B et 216 de ism k IWO. Sur 10 841 autopsies faites dans 1 grandes villes d'Amérique, HowAHn trouve 1,32 p. 100 d'ulcères de l'estomac, tandis qu'à Londres on trouve 4,0 p. 100 el sur le continent 8 p. 100. Welch doane a p. 100 en se basant sur
218 CHIRURGIE DE l'eSTOUAG
32 052 autopsies faites à Prague, Berlin, Breslau, Dresde, Erlangen et Kiel.
L'ulcère à marche aiguë s'observe surtout chez les femmes jeunes entre vingt et trente ans, l'ulcère chronique se voit à un âge un peu plus avancé en proportions égales dans l'un et Fautre sexe, du moins au point de vue des indications chirurgicales.
Le traumatisme, Talcoolisme (Leudet, Lancereaux), l'hystérie jouent un rôle indéniable dans la production de l'ulcère. Toutefois le traumatisme est rarement relevé dans l'histoire des ulcères du duodénum. La fréquence comparée de ces deux variétés : ulcères de l'estomac et ulcères du duodénum, a été directement interprétée. Longtemps on a regardé ces derniers comme exceptionnels. Cette rareté n'est peut-être qu'apparente. Elle est due à ce qu'ils sont méconnus et à ce qu'ils coïncident assez souvent avec des ulcères gastriques. Mayo, se basant uniquement sur ses 384 opérations, arrive au pourcentage suivant : 78 p. 100 d'ulcères gastriques, 22 p. 100 d'ulcères du duodénum (dernière statistique).