PONCTION INTESTINALE. OD
ne soit le plus souvent malade. Non pas malade assure'ment dans toute son étendue, mais malade au voisinage de l'obstacle, justement dans les points où le météorisme est le plus considérable. Il s'ensuit que, au point blessé, l'intestin ne possède plus ses vertus physiologiques, étant pénétré de microbes et de toxines, et que la blessure peut être l'origine d'un sphacèle local et d'une perforation ultérieure (Verneuil, 1887). Lorsque la ponction est faite sur une anse intestinale, mise à découvert par une laparotomie, le chirurgien choisit l'anse à ponctionner et en apprécie l'intégrité ; mais, lorsque la ponction est faite-à travers la paroi abdominale intacte, le hasard seul conduit l'aiguille et choisit l'anse au petit bonheur de son intégrité. Ce n'est pas là, d'ailleurs, le seul danger ou le seul aléa de la ponction ; il est certain que, lorsque la ponction est faite à travers la paroi abdominale intacte, l'inoculation du péritoine peut être réalisée par l'instrument lui-même. Pour pénétrer dans l'intestin, l'instrument doit en effet traverser la paroi abdominale avec sa séreuse, puis, après avoir cheminé dans la cavité péritonéale, la paroi de l'anse intestinale. Or, dans la cavité de l'anse intestinale, l'instrument baigne dans un milieu septique à l'excès et par conséquent se charge de virus. A la vérité, si l'instrument est lisse, sans aspérités ni cavités, on peut espérer qu'il sera nettoyé et purifié par le frottement de la paroi intestinale elle-même, pendant le trajet au retour ; mais, si cela est possible, probable même, ce n'est pas sûr. Cela devient même tout à fait improbable, si l'instrument possède des aspérités, ou s'il est creux comme la canule d'un trocart ; dans ce cas, le risque d'inoculation est évident. Mais la ponction présente encore un autre danger : la blessure d'un vaisseau de l'épiploon ou du mésentère est possible et une hémorragie peut s'en suivre ; inutile d'en faire remarquer la gravité.
Indications. — La ponction intestinale a été surtout pratiquée dans les cas de météorisme excessif. Au IVm° Congrès français de Chirurgie, le professeur Démons (1889) l'a de nouveau prônée, apportant six observations d'obstruction intestinale vraie ou de parésie intestinale par péritonisme, dans des cas de suppuration péri-cœcale ou péri-utérine, où la ponction répétée plusieurs fois à chaque séance et plusieurs jours de suite lui avait rendu les meilleurs services. Je crois que Démons a été particulièrement favorisé, se trouvant en face de cas où l'obstruction intestinale me paraît avoir été au moins complaisante. Peu de chirurgiens oseraient comme lui, au cours d'une obstruction grave, cou-
00 OPÉRATIONS SUR L'iNTESTIN GRKLE.
rir la chance de larder ainsi la paroi abdominale et l'intestin d'une série de coups d'aiguille.
On a conseillé aussi la ponction intestinale dans la hernie étranglée, où elle est pratiquée sur l'anse étranglée elle-même. Je n'ai jamais fait et ne songe pas à faire la ponction intestinale dans la hernie étranglée; mais je comprends jusqu'à un certain point que l'évacuation artificielle de l'anse étranglée puisse, si elle est complète, favoriser la réduction par le taxis d'une hernie à étranglement peu serré. Je me demande même si les succès obtenus dans l'obstruction intestinale par le même moyen ne peuvent être expliqués par l'hypothèse que la ponction ayant justement porté par hasard sur l'anse étranglée (étranglement interne), l'évacuation de celle-ci n'a pas favorisé la réduction spontanée de l'étranglement ?
Il ne faut pas croire d'ailleurs que, lorsque la ponction porte sur une anse située au dessus de l'obstacle, ce qui d'ordinaire est le but poursuivi, elle suffise à évacuer le contenu d'une bien longue portion de l'intestin et puisse par conséquent avoir une grande influence pour diminuer le météorisme. Que l'on en juge par ce qui se passe lorsque l'on ponctionne au trocart, au cours d'une laparotomie pour obstruction intestinale, une anse ballonnée? On voit cette anse, et cette anse seule, s'affaisser sur une étendue de quinze, vingt, trente centimètres au plus, et c'est tout.
D'ailleurs, n'est-ce pas condamner soi-même la méthode que de déclarer qu'il faut multiplier les piqûres à chaque séance et récidiver les séances. Parlant de la ponction capillaire à travers la paroi abdominale intacte: «Je ne puis dire, écrit Trêves (1884), que ce soit là une opération véritablement scientifique. » Je suis tout à fait de cet avis. C'est une pratique aveugle, insuffisante et dangereuse.
Quant à la ponction directe sur une anse découverte par la laparotomie, tout le monde lui préfère aujourd'hui l'incision, parcequ'elle est tout aussi innocente et beaucoup plus efficace.
INCISION OU TAILLE INTESTINALE