CHAPITRE II
COLOSTOMIE
fctymologie. — KwXov, côlon ; dTOjxa, bouche.
Synonymie. — Colotomie. — Anus artificiel. — Coloproctie (xmàov, côlon ; Trpwxxoç, anus). — Anus sur le côlon.
Définition. — La colostomie est l'opération qui consiste à suturer et à ouvrir à la peau le côlon, dans le but d'y créer un anus artificiel: définitif ou temporaire. Elle se pratique d'ordinaire sur le côlon descendant ou sur PS iliaque; elle a cependant été exécutée sur le côlon ascendant (Amussat 1 841) et même sur le côlon transverse dans quelques cas exceptionnels.
Historique. — Littre (17 10) ayant fait l'autopsie d'un enfant de 6 jours, atteint d'atrésie du rectum, et cherchant comment on pourrait remédier à ce vice de conformation, s'exprime en ces termes [Histoire de V Académie des Sciences, 1710, p. 37) : « Il faudrait faire une incision au ventre et recoudre ensemble les deux parties d'intestin après les avoir rouvertes, ou du moins faire venir la partie supérieure de l'intestin à la plaie du ventre que l'on ne refermerait jamais et qui ferait fonction d'anus. Sur cette légère idée, d'habiles chirurgiens pourront imaginer d'eux mêmes le détail que nous supprimons. Il suffit souvent de savoir qu'une chose est possible et de n'en pas désespérer à la première vue. »
On peut trouver là l'idée première soit de l'entéro-anastomose, soit de la colostomie; mais Littre n'a jamais exécuté ni vu exécuter aucune de ces deux opérations. Je regrette d'enlever cette illusion à tous les auteurs qui, sans se donner la peine de remonter aux sources, c'est-à-dire aux travaux originaux, ont copie sur leurs devanciers l'historique de la colostomie.
S'inspirant de la proposition de Littre, Pillore (1770), dans un cas d'obstruction du côlon, fit la cœcostomie. Antoine Dubo s (i783) dans un cas d'imperforation du rectum, ouvrit un anus sur 'S iliaque. Duret (:793) fit la même opération avec pto succès Enfin Dumas (,797) lut à la Société de M decine de : Pans un «P port où il montrait tous les avantages de 1 anus artificiel iliaque.
COLOSTOMIE. 337
Toutefois le danger qu'il y avait alors à ouvrir le péritoine rendait l'opération redoutable à tous. Or, en l'année 1798, Callisen, de Copenhague, dans la première édition de son livre intitulé : Systema chirurgiœ hodiernœ, T. II, § mlxxii, p. 688-689, dit : « Quas proposita sub hoc rerum statu fuit, incisio intestini casci vel coli descendentis, sectione in regione lumbarii sinistra ad marginem musculi quadrati lumborum facta, ut anus paretur artificialis, remedium prœbet omuino incertum, atque hac operatione vita miselli feruari poterit. Quanquam intestinum in hoc loco facilius attingatur quam supra regionem inguinalem. [Dans ces conditions, on a proposé l'incision de l'intestin caecum ou du côlon descendant dans la région lombaire gauche, sur le bord du muscle carré des lombes, pour y ouvrir un anus artificiel. Cette incision n'apporte qu'un remède incertain. En tout cas, l'intestin est plus facilement atteint en cette place que dans la région inguinale] ».
Callisen ne prétend donc point être l'inventeur de l'opération de l'anus lombaire, qu'il ne paraît pas avoir exécutée sur le vivant ; et cependant; Amussat (1839-1841-1843-1844) n'hésite pas, dans tous les plaidoyers cliniques qu'il produit en faveur de l'anus lombaire, à attribuer à Callisen la priorité de cette opération.
En résumé, Littre (1710) entrevoit la possibilité de la colostomie iliaque; mais c'est Pillore, Dubois et Duret qui les premiers osent pratiquer cette opération ; Callisen (1797) parle de la colostomie lombaire, à qui il voit l'avantage d'être extra-péritonéale, tout en la trouvant incertaine; mais c'est Amussat qui se fait le patron véritable de cette opération.
D'ailleurs frappés surtout des dangers de l'une ou de l'autre opération et considérant l'infirmité répugnante à laquelle elle aboutit, sans apprécier à leur valeur les bénéfices qu'elle procure, leschirurgiensrestèrent longtemps aussi peu enthousiastes de l'anus iliaque que de l'anus lombaire. A l'étranger cependant, et en particulier en Angleterre, l'anus d'Amussat, que l'on appelait anus de Callisen, acquit une certaine faveur, comme en font foi les travaux de Curhing, Bryant, Allingham, Masson, Heath et Maunder. Mais, en France, il faut arriver à 1 877 pour voir Fochier , de Lyon puis Labbé, et après eux Daniel Mollière, Tillaux, Peyrot et enfin Trélat (1881) s'en constituer les derniers défenseurs, contre Richet et Verneuil qui prônent l'anus iliaque. Enfin, malgré un retour offensif de Bryant à Copenhague (1884) et une faible défense de Trélat Verneuil et Reclus (i885), montrent dans un vigoureux réquisitoire toutes les difficultés, tous les inconvénients de l'anus d'Amussat et
font ressortir, au contraire, la facilité, les avantages et la bénignité de l'anus iliaque, désormais adopté par les chirurgiens.
Alors naissent les nombreux perfectionnements de la technique de la colostomie, dont l'histoire et la description ne sauraient être faites isolément.
Technique opératoire. — Antisepsie, instruments, aides, comme pour toutes les opérations intestinales ; décubitus dorsal pour la colostomie iliaque, abdomino-latéral, pour la colostomie lombaire ; le lit à renversement peut être utile, par exemple dans les cas d'obstruction chronique où l'intestin grêle et l'épiploon font facilement hernie.
L'anesthésie locale peut suffire pour l'anus iliaque ; je préfère cependant l'anesthésie générale.
Manuel opératoire. — Je décrirai successivement : I. La technique de la colostomie lombaire, procédé d'Amussat et procédé de Trélat. — II. La technique de la colostomie iliaque, procédé classique. J'étudierai ensuite. — III. Les 'procédés spéciaux ayant pour but :
i° d'assurer V évacuation complète du bout supérieur et la vacuité du bout inférieur.
2° d'obtenir la continence de l'anus et la tolérance de l'infirmité chirurgicale, procédés qui, au moins pour la plupart, bien qu'imaginés pour l'anus iliaque, sont applicables à l'anus lombaire.