ANTISEPSIE INTESTINALE
son contenu, s'il est même possible de modifier la composition chimique des matières intestinales, de façon à les transformer en mauvais milieu de culture, il est fort difficile , sinon impossible, d'aller chercher et atteindre dans les replis innombrables de la muqueuse et dans les culs de sac glandulaires, tous les microbes qui s'y logent. Quoiqu'il en soit, l'antisepsie intestinale ne peut-être réalisée qu'à trois conditions, à savoir : l'évacuation aussi complète que possible du contenu, obtenue par l'administration de purgatifs répétés; la modification de la composition chimique des matières intestinales ; la stérilisation de la muqueuse, au moyen de médicaments antiseptiques et d'une alimentation spéciale.
Le meilleur purgatif est celui qui vide et qui lave ; si, avec l'expulsion du contenu, on obtient l'hypersécrétion glandulaire, on peut espérer laver ainsi les glandes et la muqueuse : c'est pourquoi les purgatifs salins sont les meilleurs. Il n'est pas douteux cependant que, la répétition de la purgation étant nécessaire, la dose du purgatif ne doive être modérée, sous peine de déterminer une entérite aiguë.
Le calomel à la dose purgative de o gr. 80 à 1 gramme est aussi recommandable, parce qu'il purge et asepsie en même temps, étant un sel mercuriel.
L'antiseptique intestinal par excellence est, dans l'état actuel de nos connaissances, le benzo-naphtol à la dose de 2 à 4 grammes par jour. Toutefois la salicylate de bismuth peut rendre des services, de même que le salol, et même l'iodoforme. La résorcine bi-sublimée, quoique soluble, a été employée avec avantage par les médecins, dans certaines maladies de l'estomac et de l'intestin. Le calomel à petites doses, o gr . 20 par jour, o gr. 02 toutes les deux heures, est encore un excellent agent. Le charbon, qui absorbe les gaz, mais n'est pas antiseptique, doit d'autant plus être rejeté que, devant être administré à fortes doses pour être efficace, il encombre la cavité intestinale. En tout cas, il importe de bien savoir que l'antiseptique intestinal doit être peu soluble : si le médicament, en effet, est facilement dissous, il est rapidement absorbé, passe dans la circulation, et n'agit comme antiseptique que sur les premières portions de l'intestin : heureux s'il ne produit pas des accidents d'intoxication générale.
Il faut, en outre, que l'antiseptique intestinal soit administré à doses fractionnées souvent répétées : c'est la meilleure manière d'en obtenir la dissémination, j'allais dire la pulvérisation, sur toute l'étendue de la paroi de l'intestin ; c'est aussi le meilleur moyen d'en obtenir l'action permanente.
D'ailleurs, si l'on s'efforce de vider l'intestin de tous les résidus alimentaires plus ou moins septiques qui y séjournent, il faut d'autre part, ne pas le remplir en même temps par une alimentation quelconque. Ne pouvant évidemment pas mettre le malade à la diète absolue pendant les six à huit jours qui précèdent l'opération, on choisira ses aliments parmi ceux qui donnent le moins de déchets et qui sont le plus facilement digérés, c'est-à-dire qui fermentent le moins dans l'intestin. C'est ici que les aliments d'épargne, s'il en existait de sûrs et d'innocents, pourraient rendre les meilleurs services ! Toutefois, tromper la faim par des artifices médicamenteux serait dangereux, car les forces du patient déclineraient et la résistance au choc opératoire s'affaiblirait: donc, il faut nourrir ou plus exactement entretenir le futur opéré, mais pas plus. Le lait peut être bon ou très mauvais, cela dépend de la tolérance des intestins ; j'en connais qu'il purge, irrite et ballonne : mais s'il est bien supporté, c'est un des aliments qui laisse le moins de résidu et par conséquent qui favorise le moins les fermentations intestinales.
Le bouillon concentré, le thé de viande, les peptones où tout, à peu près, est absorbé et utile, les œufs pas trop cuits constituent un bon fond d'alimentation. Point de farineux et très peu de viande. En tous cas, des aliments cuits pour qu'ils soient stérilisés.
Résumé. — Donc, pour obtenir la stérilisation la plus parfaite de la muqueuse intestinale, on donnera : i 0 A trois ou quatre reprises différentes et à deux jours d'intervalle, un purgatif salin à dose active, mais cependant faible: 1 5 à 20 grammes de sulfate de magnésie par exemple. On tâtera d'ailleurs la susceptibilité du malade et on remplacera au besoin le sulfate de magnésie par le calomel ; 2° De 2 à 4 grammes de benzo-naphtol par jour en cachets ; 3° Enfin des aliments cuits, choisis parmi ceux qui donnent le moins de déchets : bouillon, peptones, lait, œufs. A partir de la veille ou plutôt du dernier purgatif, abstinence complète.
Malheureusement, en pratique, même alors que le chirurgien, ayant formulé un diagnostic précis, aurait tout le temps voulu pour préparer son malade, en lui faisant subir le meilleur traitement préopératoire, il arrive trop souvent que la nature même de la lésion diagnostiquée contrarie et même empêche l'efficacité
de ce traitement.
Comment vider sûrement l'intestin lorsqu'un rétrécissement, néoplasique ou non, gêne la circulation du contenu, produisant de la stase et de l'entérite dans le bout supérieur ? Comment espe-