I. — STRABISME
Nous avons indiqué en étudiant la ténotomie et l'avancement leurs avantages et leurs inconvénients. Nous devons préciser leurs indications, le moment où il convient d'intervenir, et les cas justiciables de l'une ou de l'autre méthode ou des deux combinées. Le traitement dioplrique, par correction de l'amétropie, et orthoptique, avec les exercices de vision simultanée puis binoculaire, sera toujours essayé tout d'abord et longtemps continué. Il s'applique au- strabisme divergent comme au convergent et surtout au premier, pour lequel il sera presque toujours suffisant à lui seul.
Traitement orthoptique. — La thérapeutique du strabisme commence avec lui, au moment où il apparaît, dans les premiers mois qui suivent la naissance, et se termine à l'intervention, qu'il est préférable de ne jamais pratiquer avant l'âge de sept à huit ans. Elle ne donnera son plein effet que si elle a été préparée de longtemps par une série d'exercices convenablement dosés, soigneusement surveillés et commencés très tôt.
Ce traitement orthoptique ou fonctionnel consistera tout d'abord
OPÉRATIONS SUR LES MUSCLES
à réapprendre l'œil dévié h voir seul, puis en même temps que l'autre, ei enfin à rétablir la vision binoculaire1.
Cohrection de l'a m blyo l' i e. — a) Louchettes. — Si l'œil dévié a perdu l'habitude devoir, on cherchera à relever sa vision en le faisant travailler seul, le bon étant caché par une coque opaque (louchetlc), maintenue constamment pendant trois semaines à un mois.
b) Emploi de l'atropine. — Chez le tout jeune enfant, on évitera les efforts de convergence par des instillations d'atropine, combinées au port de verres fumés.
L'accommodation se trouye paralysée, le spasme de convergence lié au spasme accommodai if disparaît, et avec lui te strabisme. Mais le strabisme réparai I lorsque l'action du mydriatique a cessé. Gomme on ne peut l ins tillor d'une façon permanente dans les deux yeux, on l'instillera alternativement dans l'un, puis dans l'autre. On fait deux ou trois instillations quotidiennes d'un collyre à un demi p. 100 dans l'œil fixateur : la vision se trouble; l'œil se dévie eu dedans, tandis que l'autre se redresse et fixe à son tour. L'action de l'alcaloïde cessant, l'œil atropine se redresse et le congénère reprend sa déviation primitive. Après huit à quinze jours de repos, on reprend les instillations dans l'œil fixateur et ainsi de suite.
Correction de la RÉFRACTION'. — Aussitôt que l'enfant est capable de reconnaître les caractères des échelles d'acuité, on prescrira le port continu de lunettes corrigeant plus ou moins complètement l'amétropie et l'astigmatisme.
Traitement de la neutralisation et rétablissement de la vision simultanée. — Une fois l'amblyopie disparue ou si celle-ci ne s'est pas développée, il faudra combattre la neutralisation qu'il ne faut pas confondre avec l'amblyopie. Tandis que cette dernière, qui est la perLe de vision de l'œil dévié, peut faire défaut, la neutralisation ne manque jamais, puisque le strabique n'a pas la vision binoculaire. Alors même que la vision des deux yeux est bonne, le sujet ne fixe qu'avec un œil ; l'autre neutralise, c'est-à-dire fait abstraction de l'image qu'il reçoit et ne la perçoit pas momentanément.
Cette question de la neutralisation est capitale, elle domine toute la thérapeutique. La deuxième étape du traitement, après la correction d'es vices de réfraction, consistera à la combattre.
On a imaginé de nombreux appareils (stéréoscopes, diploscope, (Rémy1), synoscope (Terrien), qui tous permettent assez rapidement de
1. Vision des strabiques. — Le strabisme, on lésait, esl essentiellement un trouble de la vision binoculaire : l'objet fixé n'est plus vu en même temps par les deux yeux. L'œil dé \ ii- ne te v.oit pas, soit qu'il ne le puisse pas (lorsque sa vision esl mauvaise et qu'il est amblyope, c'esl Le cas le plus habituel), soit qu'il ne le veuille pas (lorsque sa vision est normale et se montre excellente lorsque cet œil dévié regarde seul). C'est alors la neutralisation.