C. — TRANSPLANTATION DU PTÉRYGION
On peut aussi, si le ptérygion est volumineux, recourir au procédé de déviation ou de transplantation imaginé par Desmarres père l. Nous le décrirons tout d'abord avec ceux qui en dérivent.
Procédé de Desmarres. — Le ptérygion est détaché jusqu'à la base comme précédemment, puis, de l'extrémité inférieure de celleci ou fait, avec les ciseaux courbes, une incision conjonctivale située à environ 4 millimètres du limbe et continuée parallèlement à lui sur une étendue de 10 à 15 millimètres (fig. 280).
Les lèvres de la plaie sont disséquées : la tête du ptérygion est
1. Desmarues père, Traité des maladies des yeux, t. II, p. 168, 1855.
OPÉRATION OU PTÉRYGION 379 fixée par un point de suture au catgut au sommet de l'incision inl'é-
Fig. 2S0. — Transplantation du plérygion (Desmarres). Premier temps. Tracé des incisions.
rieure, et les deux lèvres de la muqueuse suturées au-devant par un ou deux points.
La perte de substance résultant de l'ablation est également com-
Fio. 2K1. — Transplantation du plérygion (Desm wihes). Deuxième temps. L*î plérygion, disséqué, n été enfoui sons la conjonctive et la muqueuse suturée
pa r-dessus.
blée par une ou deux sutures qui rapprochent les deux lèvres de la conjonctive voisine Cfig. 281).
OPÉRATIONS SUR LA CONJONCTIVE
Fig. 282.— Transplantation du ptérygion (R.napp). Premier temps. Tracé des incisions. — Le ptérygion est fendu longitudinalement.
divisé lougitudinalement^ et on pratique en haut et en bas une incision parallèle au limbe scléro-cornéen (fig. 282).
Fig. 283. — Transplantation du ptérygion (Knapp). Deuxième temps. Chacune des deux moitiés du ptérygion a été enfouie sous la muqueuse eu liant et en lias et La conjonctive suturée par dessus.
Chaque moitié est alors fixée en haut et en bas au-dessous de la muqueuse et les lèvres de celle-ci suturées (fig. 283).
OPÉRATION DU PTÊRYGION
Procédé de A. Terson. — Comme clans les procédés de transplantation précédemment décrits, Terson cherche à éviter la cicatrice post-opératoire, qui favorise et localise la récidive sur place, en substituant à la conjonctive malade une conjonctive absolument saine. ,
lerTEMPs. — Excision rectangulaire du ptérygion. — Après l'antisepsie habituelle, la région est anesthésiée par instillation et aussi par injection, comme pour l'excision simple. Afin de marquer d'emblée la limite de l'excision de la base du ptérygion, point délicat de l'intervention, on saisit ce point avec une pince à distance
Via. 284. — Procédé de A. Terson. Premier . cl second temps.
raisonnable de la caroncule. Incision avec les ciseaux droits du pli vertical ainsi formé.
Aux extrémités supérieure et inférieure de la ligne verticale d'incision, les ciseaux dessinent deux lignes horizontales représentant un rectangle. Le tracé de la ligne supérieure sera toujours dans la région continuant Je tiers supérieur de la cornée. Celui de la ligne inférieure varie avec; l'étendue du mal (fig. 284).
La tête du ptérygion est saisie avec la pince et soigneusement disséquée avec le bistouri afin de faire place entièrement nette: avec les ciseaux droits on termine l'excision rectangulaire.
2* Temps. — Raclage et cautérisation. — La surface d'implantation est méthodiquement raclée avec une petite curette très tranchante, ens'aidant delà loupe binoculaire et même du photophore afin de ne
OPÉRATIONS SUR LA CONJONCTIVE
laisser aucune saillie. Enfin on détruit, si besoin est, avec la fine pointe du galvano-cautère les parties opaques et tendinil'ormes qu'il a pu être impossible d'enlever. Mais surtout on se gardera de cautériser en masse; on évitera scrupuleusement les parties que le grattage a rendues transparentes et dont la cautérisation pourrait favoriser la sclérose et prédisposer à la récidive.
'3' Temps. — Autoplastie conjonctivale. — Toujours avec les ciseaux droits et très pointus, on fait partir de la ligne inférieure de l'incision conjonctivale deux incisions libératrices obliques, l'une
Fio. 2S5. — Procédé de A. ï'erson. Autoplastic conjonctivale et sutures.
concentrique au limbe, l'autre prolongeant le côté interne du quadrilatère; elles vont créer et libérer le volet conjonctival inférieur qui doit recouvrir la plaie (fig. 284).
Après avoir instillé à nouveau la cocaïne à 4 ou 5 p. 100 et l'adrénaline au millième, on place deux ou trois sutures. On aura soin, pour celles intéressant la lèvre supérieure, de prendre les couches superficielles de la sclérotique aussi fortement que dans un avancement capsulo-musculaire, car à aucun prix la lèvre supérieure de la plaie ne doit pouvoir s'abaisser, et, en raison de la mobilité des plans conjonctivaux, seules dos sutures épisdérales peuvent assurer la réalisation du problème. A. Terson conseille le tendon de renne le plus fin (000 deCarrion). Les soies très fines, 00 et 000 conviennent également.
Les soies seront solidement serrées et le volet conjonctival se trouve alors en partie caché par la paupière supérieure, preuve que la prise est solide fig. 28b .
OPÉRATION DU PTÉRYGION
Uu pansement binoculaire est appliqué 48 heures et renouvelé, à moins qu'il ne survienne de la conjonctivite, ce qui arrive fréquemment. Les (ils sont enlevés vers le 6e jour.
Résultats. — Le résultat immédiat est excellent : la cicatrice demeure cachée sous la paupière supérieure (Jig. 286), exception faite pour les yeux saillants, trop ouverts, et les résultats tardifs semblent supérieurs à ceux donnés par d'autres procédés l.
Si des adhérences ou une sclérose de la muqueuse ne permettent pas la taille d'un lambeau inférieur on pourrait inverser le procédé et placer le lambeau conjonctival en haut et en dedans, le volet muqueux
étant alors abaissé et suturé sur la sclérotique en bas au lieu d'être suturé en haut. Le résultat serait identique mais la cicatrice un peu plus visible.
Fig. 286. — Ablation du ptérygion.
Procédé de A. Terson. Résultat.