CHAUFFAGE
Se basant sur la grande sensibilité à la chaleur des agents microbiens de l'ulcère serpigineux de la cornée, Bourgeois et Weekers ont cherché par le chauffage à diminuer leur virulence, à stériliser en quelque sorte l'ulcère, sans altérer le tissu cornéen et en provoquant par là même une opacification cicatricielle moins accusée l.
Technique. — On peut employer la chaleur irradiée ou l'air chaud.
A. Chaleur irradiée. — On se servira de la petite pointe courbe mousse du thermo-cautère ou mieux du galvano-cautère.
L'oeil anesthésié et le blépharostat mis en place, le globe est maintenu avec la pince et le fil de platine, porté à un degré moyen d'incandescence, est promené lentement sur la surface de l'ulcère, le plus près possible, particulièrement au niveau du bord progressif, sans toutefois le toucher. Le chauffage est maintenu une minute. Sous son influence, la surface humide de l'ulcère est soumise à une rapide évaporation et se dessèche. 11 convient donc de l'interrompre pour humecter la cornée avec du sérum physiologique stérilisé ou plus simplement en fermant l'œil pendant quelques secondes. L'opération est répétée deux ou trois fois de suite, une minute chaque fois.
En l'absence d'amélioration, ou si l'ulcère continue à progresser, l'intervention est renouvelée le lendemain ou le surlendemain. On peut d'ailleurs, en rendant plus ou moins incandescent le fil de platine au moyen du rhéostat ou en changeant la distance du cautère à l'ulcère, faire varier la température suivant l'effet cherché. "
Afin d'obtenir une chaleur constante (98° à 78") et éviter l'action destructrice du galvano-cautère, dans le cas où il viendrait à toucher la cornée, on peut se servir aussi d'un cautère à vapeur formé d'un fin tube métallique dans lequel circule de la vapeur d'eau ou de l'alcool. Là encore on obtient dans les ulcères progressifs d'excellents résultats. Les attouchements faits avec cet appareil sont suivis d'une amélioration rapide : l'ulcère se déterge et l'hypopyon se résorbe.
15. Emploi de l'air chaud. — On se sert de la poire des dentisU-s, munie d'un tube en platine à extrémité recourbée. Cette extrémité est chauffée dans la flamme d'une lampe à alcool tandis qu'on laisse revenir la poire, préalablement comprimée, à son état normal ;
1. L. Wkkikm, Thormolhénipic <lr-«t ulcère* progressifs de la cornée. Archives d'ophtalm., 1913, p. 681.
OPÉRATIONS SUR LA CORNÉE
celle décompression lente entraîne la pénétration de l'air chaud dans son intérieur. Lorsque la poire est revenue sur elle-même, la pointe courbe est approchée à deux ou trois millimètres de l'ulcère, et en comprimant lentement la poire, on projette l'air chaud sur l'ulcère; l'opération est renouvelée les jours suivants si l'ulcère continue à progresser.
On appréciera approximativement le degré de température obtenu en propulsant pendant cpjelques secondes de l'air chaud à 1 centimètre d'une feuille de papier blanc; celle-ci jaunit au niveau du point visé ; à 2 millimètres le papier noircit et est carbonisé
Comme la précédente la méthode est excellente et moins effrayante pour le patient. Nous la recommandons vivement dans tous les ulcères infectieux ou dans tous les ulcères lorpides qui lardent à se cicatriser. Les symptômes subjectifs s'amendent. L'ulcère se délerge et la cicatrisation survient. Ce mode de chauffage par l'air chaud nous a toujours donné des résultats excellents clans tous les cas où nous l'avons employé. On n'a pas à craindre, comme avec la cautérisation, la perforation de la cornée. L'intervention n'offre aucun danger et sera toujours pratiquée tout d'abord ; la cautérisation sera réservée aux ideères profondément infectés, avec infiltration purulente, ayant résisté au chauffage et aux autres moyens.