F. de Lapeusonne, Presse médicale, 31 janvior
Le traitement général varie avec l'affection causale. Souvent la kératite est liée à un état purement local ; la kératite pblycténulaire coïncide presque toujours avec l'impétigo de la face et se développe surtout sur un terrain tuberculeux ou prétuberculeux.. Les bains salés, les fortifiants, etc., compléteront alors le traitement. Elle peut aussi être déterminée par une affection des paupières concomitante (blépharite, entropion, triebiasis, etc.).
Marche de l'ulcère. — Dans les cas bénins, l'ulcère se cicatrise naturellement et la perte de substance se répare, laissant seulement par la suite une tacbe blancbe opaepue qui trouble la vision si elle siège près de la pupille (leucome).
Ailleurs, l'ulcère ne présente aucune tendance à la cicatrisation, soit que la cornée ait perdu toute sensibilité (kératite neuro-paralytique) ou que l'agent infectieux soit particulièrement nocif (kératite à pneumocoques, à streptocoques), ou que la lésion cornéenne coïncide avec une affection des voies lacrymales ou une blennorrhée du sac.
Dans le premier cas (kératite neuro-paralytique) le développement de î'ulcère est favorisé et souvent déterminé par la perle de sensibir lité de la membrane, sensibilité qu'on doit toujours rechercher; le clignement palpébral ne se fait plus et la cornée n'est plus protégée contre les poussières et autres agents irritants venus de l'extérieur. C'est un véritable ulcère trophique1. La première indication à remplir est l'occlusion palpébrale qui seule peut permettre la réparation en protégeant la cornée. La tarsorrhaphie médiane suffit (voy. chap. v. 2" partie). Par les parties interne ou externe de la fente palpébrale demeurées libres, on pourra introduire collyres et pommades et surveiller la marche de l'ulcère'2. Les paupières sont ouvertes une fois la réparation effectuée.
Dans les autres cas {ulcère serpigineux), on commencera par le traitement de l'affection lacrymale si elle existe et on n'hésiterait pas à pratiquer d'emblée l'ablation du sac. Ce traitement radical et définitif semble la méthode de choix. L'ulcère sera traité par le chauffage et la cautérisation ignée. La kératotomie ne serait faite que dans des cas exceptionnels. On peut ajouter à la cautérisation les injections sous-conjonctivales de sublimé ou de cyanure d'Hg [au millième. On injecte quelques gouttes sous la conjonctive.
1. La paralysie faciale, par J'impolcnce fonctionnelle du muscle orbiculaire qu'elle entraîne, peut produire le même résultat (kératite par lagophtalmie).
2. On voit aussi cet ulcère tropbique se développer sur des yeux anciennement glaucomateux. Il s'agit presque toujours d'une infection QCtogène, l'agent pathogène pénétrant à la faveur d'une éraillure épilhéliale. La cornée ayant perdu toute sensibilité sur les yeux hypertoncs n'offre plus une vitalité suffisante pour faire les frais d'une réparation ; l'ulcère creuse en profondeur, ahoulil à la perforation et la panophtalmie est la règle.
OPÉRATIONS SUR LA CORNÉE
Si l'ulcère creuse eu profondeur au point que la cornée menace de se perforer ou s'il existe en même temps un épanchement purulent dans la chambre antérieure (bypopyon), dans les deux cas on ferait la paracentèse.
Enfin, en dépit du traitement institué, l'ulcère peut aboutir à la perforation et deux cas se présentent. Le plus souvent, après la perforation l'ulcère régresse et la cicatrisation se fait en englobant l'iris entre les lèvres de la plaie ; un leucome adhérent en est la conséquence. L'étendue de l'enclavement est en rapport avec la grandeur de l'ulcère ; s'il est minime, il permettra plus lard une iridectomie ; s'il est total et si le sujet est jeune, il peut être le point de départ d'une eclasie staphylomateuse du segment antérieur.
Aussitôt la perforation, si celle-ci est petite, on instillera l'atropine combinée à l'emploi du bandeau compressif. Si la chambre antérieure se reproduit rapidement, le mydriatique peut empêcher la formation d'une synéchie. Il y aura souvent intérêt à toucher la petite pointe de hernie avec le thermo ou mieux le galvano-cautère.
Dans les cas malheureux, après la perforation l'infection gagne les membranes profondes et détermine la phtisie du globe ou la panophtalmie. Celle-ci serait traitée par l'exenléralion.