AMPUTATIONS DE LA LANGUE
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L'amputation de la langue peut se faire par les voies naturelles, c'està-dire par la bouche, sans incision extérieure : on peut agrandir cette voie trop étroite et se donner un peu plus de jour en fendant horizontalement la joue à partir de la commissure (Jaeger) ; l'opération principale terminée, on réunit la plaie jugale par un double plan de sutures. Même ainsi complétée, la voie buccale est insuffisante pour une extirpation large et il faut recourir aux voies artificielles, qui sont la voie sus-hyoïdienne et la voie transmaxillaire. Je laisse de côté les tumeurs de la base de la langue et de la région glosso-épiglottique qui appartiennent, au point de vue opératoire, au pharynx et dont les voies d'accès, pharyngotomie sous ou transhyoïdienne, seront étudiées un peu plus loin.
Technique générale des amputations de la langue. — Quelle que soit la voie d'accès employée, les préparatifs, la conduite générale de l'opération, les soins consécutifs présentent un certain nombre de points communs qu'il est avantageux d'étudier tout d'abord.
1. Soins préliminaires. — Ils ont pour but d'assurer la propreté et, dans la mesure du possible, l'asepsie de la bouche, toujours profondément infectée dans les cancers ulcérés; plusieurs jours à l'avance, on prescrira des lavages antiseptiques de la bouche et le brossage des dents; les dents cariées et les vieux chicots seront extirpés; au besoin même, si quelque ulcération est par trop malpropre, on pourra la curetler superficiellement et la cautériser.
2. Anesthésie. — Elle présente les mêmes difficultés et le même danger d'asphyxie par pénétration du sang dans les voies aériennes, qu'au cours des résections des mâchoires; je renvoie donc à ce que j'ai d+t à ce sujet au chapitre III. Il y a de plus une autre cause d'asphyxie possible au cours de l'opération : c'est la chute de la langue sur l'orifice supérieur du larynx, lorsqu'on a détruit les attaches antérieures de l'organe; on évitera cet accident en prenant, dès le début, la pointe de la langue dans une pince de Museux ou une anse de fil qu'on confie à un aide qui maintiendra, pendant toute l'intervention, une traction suffisante.
Je crois qu'en somme, il faut faire l'anesthésie de la façon habituelle, — rejeter la trachéotomie préventive avec tamponnement, malgré l'opinion de Monod et de son élève Civel, parce qu'elle augmente notablement la fréquence des pneumonies de déglutition, — mettre la tête en position fortement déclive, — retarder autant que possible, dans les amputations par voies artificielles, l'ouverture de la muqueuse buccale. Il faut d'ailleurs être toujours prêt à faire une trachéotomie de nécessité pendant l'opération et même dans les jours qui suivent, en raison de la possibilité d'oedème glottique.
3. Hémostase préventive. — Elle est réalisée par la ligature de l'artère linguale ou de la carotide externe. Si l'on veut lier la linguale, ce que beaucoup de chirurgiens regardent comme inutile et illusoire (Terrier), il faut placer le fil avant que l'artère ait donné aucune branche à la langue, c'est-à-dire au-dessus du sommet de la grande corne hyoïdienne, daus le triangle de Béclard, et non pas dans le triangle de Pirogoff où se fait la