PLAIES VIVES. PANSEMENT PAR OCCLUSION
complications cutanées telles que certains érythèmes, voire même des érysipèles. Le sparadrap à la glu, dit sparadrap chirurgical, que l'on trouve depuis quelques années dans les pharmacies, m'a rendu les mêmes services. Je taille un certain nombre de bandelettes d'un centimètre de large environ et de longueur appropriée à la région que j'ai l'intention de couvrir. J'applique alors le pansement en cuirasse qui diffère absolument des bandelettes entourant complètement le membre, en ce sens que celles-ci déterminent toujours une gêne dans la circulation veineuse, tandis que la cuirasse, appliquée comme une cocarde, ne gêne en rien cette fonction. Il est nécessaire que la cuirasse dépasse de toutes parts et dans une grande étendue les limites du mal. Etant donnée, par exemple, une plaie circulaire, ou à peu près, de 5 centimètres de diamètre, j'appliquerai une première bandelette sur la peau saine, à 6 centimètres du bord. Cette bandelette sera appliquée de façon à croiser obliquement le grand axe de la plaie en faisant avec lui un angle très obtus. Une seconde bandelette constituant le même angle avec le grand axe de la plaie croise la première ; deux autres bandelettes sont appliquées dans le même ordre sur les premières, de façon à les recouvrir des deux tiers environ, et ainsi de suite jusqu'à ce que, progressivement, on arrive à recouvrir absolument la plaie et à la dépasser largement dans toute sa périphérie. — Ce premier pansement fait,, une épaisse couche de cérat frais est appliquée pardessus, de façon à boucher hermétiquement tous les interstices ; on termine enfin par une forte couche de charpie recouverte de compresses et assujettie à l'aide d'un bandage médiocrement serré. Ce pansement, que j'emploie très souvent, notamment à la suite des plaies par écrasement des doigts, m'a donné des résultats extraordinaires ; il a l'avantage de pouvoir rester en place quatre et cinq jours
et de favoriser le bourgeonnement d'une manière extrêmement remarquable.
Nous en avons terminé avec le pansement de notre plaie vive. Nous remarquons seulement, et c'est le cas le plus fréquent, que les derniers bourgeons s'éternisent et tardent beaucoup à se recouvrir d'épiderme. C'est alors, que nous faisons intervenir deux agents qui nous donnent d'excellents résultats. Je veux parler de l'emplâtre de Vigo cum mercurio et de la poudre d'iodoforme. Cette dernière substance, dont le seul inconvénient était une odeur des plus désagréables avant que l'art dupharmacien fût parvenu à l'en débarrasser (1), a une action indiscutable sur la rapide terminaison d'une plaie presque entièrement cicatrisée. L'emplâtre de Vigo agit très bien aussi, excepté sur certaines peaux très sensibles et sujettes à des éruptions eczémateuses.
Il arrive parfois que, clans le cours de la cicatrisation d'une plaie, on ait un petit temps d'arrêt dû à la production d'une pellicule grisâtre qui, si elle ne constitue pasladiphfchérie, s'en rapproche néaumoins par plus d'un point. Je n'hésite pas dans ce cas à employer aussitôt le jus de citron, dont j'imbibe de petits plumasseaux de charpie et que j'applique directement.
On le voit, j'ai pour habitude de varier souvent le pansement de la même plaie, jusqu'à son entière cicatrisation. Je crois, en effet, que les plaies s'habituent aux pansements comme l'économie aux médicaments, et que tel. moyen qui a bien réussi au début n'a plus raison d'être au milieu et serait peut-être dangereux à la fin. Je prends pour exemple l'alcool, dont les propriétés antiseptiques et hémostatiques
(1) En laissant à demeure une fève de tonka dans chaque flacon contenant 200 grammes d"iodofornie.