ANATOMIE RÉGIONALE
nos figures 51 et 52.) Los petits rideaux, c'est-à-dire les piliers antérieurs, ne débordant pas l'amygdale en avant, eomme le font les grands en arrière, il s'ensuit que l'amygdale est visible ; il s'ensuit aussi qu'elle n'est pas verticale, eomme on pourrait le croire, mais qu'elle se trouve, au contraire, dirigée assez en avant et en dedans, de façon à nous présenter sa face interne et antérieure. Cette situation est du reste rendue plus saillante par un mouvement tout particulier que Clmssaignac a mis en lumière, et qu'il appelait le mouvement spiroïde. En effet, quand on abaisse la langue, il y a une contraction musculaire qui fait faire à l'amygdale un demi ou un quart de tour de conversion, si bien qu'au lieu de rester dans un plan vertical, elle oblique de plus en plus, de façon à présenter sa face antérieure.
L'amygdale étant décrite, parlons des aspects assez variés qu'elle présente. Quand elle est saine, sa surface interne est lisse ; on voit seulement de 12 à 16 petits orifices qu'on a considérés à tort comme des canaux excréteurs. Dans certaines circonstances qui ont été mises en lumière par plusieurs anatomisles, on trouve une disposition particulière qui a été étudiée, notamment par Jarjavay. Cette disposition, qui existe en dehors de toute affection et qui n'est pas une lésion, consiste en une sorte de trou unique ou de cratère situé au centre de l'amygdale ; je ne la mentionne ici que pour vous prémunir contre les erreurs de diagnostic auxquelles elle pourrait donner lieu.
L'amygdale repose sur un plan musculaire, constitué par le constricteur supérieur du pharynx et l'aponévrose pharyngienne, dont elle est séparée par un tissu cellulaire lâche, si bien que certains abcès rétro-amygdaliens ont pu fuser avec une grande facilité jusqu'eà la partie inférieure du cou.
Chassaignac a beaucoup insisté sur l'existence d'une sorte de calotte qui coifferait, pour ainsi dire, l'amygdale, et
l'envelopperait complètement: quand il avait"* enlevé une amygdale, il avait l'habitude de faire pénétrer son stylet par un des petits foramina dont je vous ai parlé, et de nous montrer que le stylet, ne traversant pas l'amygdale de part en part, venait s'arrêter sur une coque fibreuse. Je le soup-
Figure 51. — Coupe antéro-postérieure de la cavité buccale et de Carrière-gorge.
8. Piliers antérieurs. — 9. Amygdales. — 10. Piliers postérieurs.
conne bien un peu d'avoir, habilement, arrêté quelquefois son stylet à temps pour ne pas être contredit par la réalité des faits. La coque fibreuse existe bien, mais ce n'est ni
AMYGDALES- FORMES PAR.TI6UL1ÈRES. 34"î
avec son (''('raseur ni avec son amygdaïotome que Chassaignac est jamais arrivé à énucléer une amygdale coiffée de sa coque.
J'arrive au volume. — Les amygdales sont quelquefois très plates chez les individus sains, et c'est cà peine si elles remplissent la loge tonsillaire. Dans d'autres circonstances, elles affectent un volume énorme ; ainsi, sans parler de celles qu'a citées Lawrence et qui avaient le volume d'un œuf de poule, il y en a un certain nombre qui atteignent facilement le volume d'une châtaigne, et vous avez pu en voir souvent ici. Vous avez vu aussi que quand on déprime la langue, on les fait se porter en dedans et en avant, de telle sorte qu'elles Unissent par se toucher. Elles impriment même à la luette Un mouvement assez singulier; celle-ci, au lieu de se laisser insérer entre elles, vient procider en avant, ce qui donne à la gorge un aspect tout particulier et qui n'est passans intérêt pratique ; car, pour le dire en passant, ce ne sera que des amygdales qui se toucheront que nous couperons, et nous serons toujours devant des amygdales qui se touchent quand nous aurons sous les yeux une luette procidente.
Un mot, toujours au point de vue de l'anatomie, sur les vaisseaux, et c'est le plus important. D'après les recherches qui ont été faites, surtout par Chassaignac, le voisinage de la carotide interne est le grand, sinon le^seul péril de l'amygdalotomie ; il y a des exemples fort rares, il est vrai, mais il y en a dans lesquels elle a été ouverte, quoiqu'elle passe à une distance très notable, c'est-à-dire à un bon centimètre, de l'amygdale. Chassaignac a encore contribué à faire de la candide interne une sorte d'épouvantail en disant que cette artère décrit une sorte de crosse, cachée derrière l'amygdale, chezjes vieillards. Pour vous rassurer rappelez-vous : l°Que ce phénomène est beaucoup moins fréquent que Chassaignac ne l'a dit; 2° qu'il se présente chez les vieillards, auxquels on
pratique rarement l'amygdalotomie, excepté dans les cas de cancer , et alors on devrait peut-être faire la ligature préventive de la carotide. Il en est de même de la veine jugulaire et du nerf pneumo-gastrique ; la peur qu'on en a n'a point sa raison d'être. Il n'en est pas ainsi de l'hémorrhagie veineuse qui
Figure 52. — Face postérieure du pharynx ^moitié droite déjetée en dehors) 21. Luette. — 22. Amygdale (à droite). — 23. Épiglotte.
est fournie par un plexus très large en contact avec la coque fibreuse de l'amygdale. Si vous cherchez à extirper complètement l'amygdale, vous risquez une hémorrhagie grave surtout chez les adultes. Nous verrons, en effet, que dans l'ablation de ses amygdales, même que clans la trachéotomie, les vaisseaux divisés se bouchent, se ferment facilement chez l'enfant, et restent béants chez l'adulte. C'est cela qui