MANUEL OPÉRATOIRE
ïë médecin qui vous a fait demander. N'acceptez donc jamais de rendez-vous la première fois que pour examiner l'enfant, et quand vous aurez étudié ses amygdales, vous réglerez vos dispositions en conséquence. Le délai que vous prendrez
pour bien asseoir votre base d'opération sera toujours utilement rempli, si pendant ee temps on fait usage des préparations styptiques. N'acceptez jamais de parents, qui vous amènenl directement un enfant, le mandat de couper séance tenante des amygdales hypertrophiées.
Doit-ou anesthésierle malade pour faire l'amygdolotomie? Les Anglais anesthésient toujours et considèrent celle pratique comme sans danger; pour ma part, je ne suis pas de cet avis, car s'il arrive dans la gorge, au moment ou l'enfant est à la période de tolérance, un flot de sang, il ne le sentira pas, ne réagira pas, et il peut se faire qu'il étouffe. Par conséquent, malgré l'opinion de Chassaignac qui était de l'avis des chirurgiens anglais sur ce point, je m'abstiens de chloroformiser mes malades.
J'arrive maintenant au procédé d'exécution. Je m'en tiens au procédé de Paul d'Egine. Je me sers toujours du bistouri et des pinces, et jamais d'amygdalotome. Mon expérience personnelle et celle des autres m'ont fait voir les mécomptes de la méthode contraire, si facile en apparence.
Je me rappelle avoir été mandé dans une grande maison du faubourg Saint-Germain, dont le fils, affecté de grosses amygdales, avait été, passez-moi l'expression, manqué par un de nos collègues des hôpitaux. Le chirurgien, car c'en était un, en introduisant son amygdalotome dans la bouche du malade, lui avait piqué la langue avec la broche. Depuis ce moment il n'avait pas voulu ouvrir la bouche, et le chirurgien était parti sous le coup de cet échec moral. Je montai, j'examinai la gorge et, à peine l'avais-je fait, que mon malade, s'échappant en un clin d'œil, passa sous son
lit. Je fis extraire l'enfant de sa cachette et j'usai d'un artifice dont le monopole a été à tort attribué aux dentistes par l'opinion, c'est-à-dire d'un gros mensonge ; je dis au malade : nous ne coupons plus les amygdales, nous les pinçons simplement. Je vais les prendre avec mes pinces, vous compterez jusqu'à seize et ce sera fini. Alors, sans aide, je lui pinçai son amygdale ; une lutte s'ensuivit, mais cette lutte se* termine toujours à l'avantage du chirurgien, lorsque l'amygdale est bien prise. C'est alors que, tirant mon bistouri, je lui coupai facilement l'amygdale. Il m'appela assassin, mais le sentiment du bien que je lui avais fait m'aida à supporter cette injure. Je ne vous ai rapporté cette anecdote que pour vous montrer que, dans certaines circonstances, on est obligé d'employer un artifice pour arriver à ses fins. Quelquefois on est obligé d'user de violence. Je me rappelle qu'un médecin de Paris me fit demander pour enlever les amygdales à un grand garçon de 14 à 15 ans, qu'on avait fait venir exprès de province. Je me trouvai à l'heure dite dans le cabinet de mon confrère, et là, l'enfant me déclara qu'il ne se laisserait pas opérer. Je dis au père : Vous n'avez plus qu'à vous en retourner. Il me répondit : C'est impossible, j'ai fait le voyage exprès, il faut l'opérer. En face de cette résistance je ne puis rien faire, lui dis-je, à moins que vous ne me donniez carte blanche. Eh bien, soit, me dit-il, et je le fis sortir. Je me tournai alors du côté du sujet, et lui adressai une sommation si énergique, qu'il ouvrit la bouche et se laissa couper les amygdales sans la moindre résistance, tellement il était sidéré. Il est plus difficile qu'on ne le pense d'intimider ainsi le sexe féminin. Je me rappelle qu'étant secrétaire de Maisonneuve et occupé dans la pièce contiguë à son cabinet, j'entendis une lutte, et tout d'un coup je le vis sortir me disant : Venez donc je ne puis pas venir à bout de cette malade. Je vis une personne