‹ Chirurgie des enfantsChapitre 122 sur 222 · DES ABCÈS RÉTRO-PHARYNGIENS · texte numérisé non relu

DES ABCÈS RÉTRO-PHARYNGIENS

Premier abcès rétro-pharyngien opéré par l'auteur. — Statistique : en commun avec le Dr Labric ; personnelle. — Littérature médicale. — Anatomie pathologique. — Eliologie (sexe masculin; âge, de 0 à 1 an; hiver). — Séméiologie et symptomatologie. Palpation à un seul doigt; ses règles... Accidents de suffocation. — Traitement : incision d'urgence avec le bistouri. Dangers et précautions.

Messieurs ,

Quand, en 1872, le 25 décembre, je pris possession du service de chirurgie de cet hôpital, mon prédécesseur Giraldès fit avec moi la revue des malades, et, s'arrêtant devant un des lits de la salle Sainte-Pauline, me dit avec une grande bonté et peut-être aussi avec un peu de malice: « J'allais opérer cette enfant, mais je vous la laisse; si j'ai un conseil à vous donner, opérez-la par la bouche. » Puis il me quittait.

Resté seul avec mes internes, ou plutôt avec les internes de mon prédécesseur, je les interrogeai sur cette malade qui m'était si étrangement présentée, et j'appris que cette enfant, amenée la veille à l'hôpital, avait eu plusieurs accès de suffocation; qu'admise d'abord en médecine elle avait été transférée en chirurgie sous la rubrique abcès profond du cou.

Le cou paraissait en effet plus volumineux à droite qu'à gauche, et présentait une saillie mal circonscrite en arrière du sterno-masloïdien. J'explorai cette saillie au point de

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vue de la fluctuation, et je dois vous dire que la sensation que je perçus fut si vague que je ne pus, en bonne conscience, lui attribuer une valeur quelconque.

Me souvenant alors du dernier conseil de Giraldès, je voulus explorer la bouche; autre difficulté : les mâchoires, fortement rapprochées, laissaient à peine pénétrer la cuiller, et quand, par cette étroite ouverture, on cherchait à sonder de l'œil l'arrière-gorge, on n'apercevait qu'une surface d'un rouge vif, recouverte presque complètement par des mucosités épaisses et jaunâtres.

Aller plonger le bistouri dans cet antre, à l'aveuglette, ne me tentait que médiocrement; aller, d'autre part, chercher par l'extérieur un abcès, qui peut-être n'existait point, était une entreprise au moins hasardée : l'enfant étant dans une période de calme relatif; j'attendis au lendemain.

Le lendemain l'enfant était plus mal; la fièvre avait augmenté, la dysphagie était complète, et la dyspnée assez intense ; il fallut prendre un parti. Après quelques hésitations, je me décidai à attaquer l'abcès présumé par l'extérieur.

Une longue incision fut pratiquée sur le bord postérieur du muscle sterno-mastoïdien droit. Dès que le tissu cellulaire apparut j'abandonnai le bistouri et, me servant alternativement de mon doigt et de la sonde cannelée, je pénétrai à 7 centimètres de profondeur. A ce moment un flot de pus me récompensa de mon intervention: j'avais ouvert par l'extérieur un abcès rétro-pharyngien.

Chose étrange : après ce début aussi heureux qu'émouvant, je restai près de six ans sans revoir rien qui ressemblât à un abcès rétro-pharyngien. Ce n'est pas que cette affection soit très rare en elle-même, mais comme ses symptômes un peu obscurs la rattachent plutôt au groupe des affections médicales, elle n'arrive sous les yeux du chirur-

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