‹ Chirurgie des enfantsChapitre 128 sur 222 · CORPS ÉTRANGERS DANS LE NEZ · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DANS LE NEZ

injections à grande eau dans les fosses nasales. On sait, en effet, qu'une injection poussée avec force par une narine ne tombe pas dans le pharynx, comme on pourrait le croire, mais revient tout entière par la narine opposée, arrêtée qu'elle est en arrière, par le voile du palais qui lui fait obstacle. Ce mécanisme, à l'aide duquel, par parenthèse, on réussit merveilleusement à arrêter les épistaxis rebelles, alors que tous les autres moyens ont échoué, et qu'on est en demeure de pratiquer la difficile manœuvre du tamponnement; ce mécanisme, dis-je, permet de balayer avec énergie les fosses nasales et d'attaquer les derrières du corps étranger en faisant pénétrer l'injection par la narine restée libre. Cette vis a tergo est des plus efficace et j'ai rarement vu échouer ce moyen. Il est cependant des cas où le corps étranger (le plus souvent un haricot ou encore un caillou anguleux) résiste à tous les efforts. Le seul moyen qu'on ait cà sa disposition consiste alors à le fragmenter à l'aide d'une forte pince qui permettra même, quand la pince est bonne, de l'extraire, quelquefois dans toute son intégrité. Ce moyen dont l'inconvénient est d'érailler notablement la muqueuse, et qui ne doit être employé qu'à défaut de ceux que nous avons tout d'abord exposés est cependant singulièrement facilité par l'emploi des petites pinces à cadres, analogues à celles que nous vous avons montrées à propos de l'amygdalotomie ; ces pinces ont une prise bien supérieure à celle des autres et elles ne lâchent point, alors même qu'un tout petit segment du corps étranger a pu être saisi.

Après les corps étrangers des fosses nasales viennent, par ordre de fréquence, les corps étrangers de Voreille.

Avant d'aborder l'élude des corps étrangers dans le conduit auditif (ce sont de tous les plus fréquents), qu'il me soit cependant permis de rappeler ici un fait que j'ai présenté et publié il y a quelques années et dont la rareté fait l'intérêt.

Il s'agissait d'un bouton d'oreille en or, absolument disparu dans le lobule. On sait, en effet, que la mode a été il y a quelques années de substituer aux pendants d'oreille classiques, auxquels on reprochait de filer, suivant l'expression vulgaire (c'est-à-dire d'allonger la fente pratiquée dans le lobule, jusqu'à la section complète du lobule lui-même), des boutons métalliques qui, faisant saillie à la partie antérieure du lobule, étaient reliés par une petite tigelle, en pas de vis, traversant le lobule de part en part, à un écrou appliqué à la face postérieure du lobule et se rapprochant à volonté jusqu'à constriction suffisante. Cette constriction, efficace au début, déterminait parfois une inflammation assez vive. C'était le cas auquel j'avais affaire. Avec l'inflammation, le lobule était devenu douloureux et la jeune fille, qui fait le sujet de mon observation, n'avait pas osé dévisser l'écrou. Un travail ulcératif s'était produit en avant et en arrière du lobule, si bien qu'au bout d'un certain temps le bouton et l'écrou s'étaient totalement incarnés et avaient complètement disparu sous les téguments. C'est dans cet état que la jeune fille me fut présentée et je fus forcé, pour pratiquer l'extirpation du corps étranger, de faire une double incision en avant et en arrière du lobule. Le bouton étant ainsi mis à nu, je le fixai solidement à l'aide d'un petit davier, puis saisissant à l'aide d'une autre pince l'écrou mis également à découvert, j'arrivai, à force de patience à le dévisser. Cette opération, assez laborieuse et assez douloureuse, eut cependant un plein succès, et je n'ai pas besoin d'ajouter que la jeune fille renonça pour toujours, non seulement à ce mode de boutons, mais encore à toute espèce de boucles ou de pendants d'oreilles.

J'arrive après cette relation (on pourrait presque l'appeler une digression) d'un cas de corps étranger extra-auriculaire, aux corps étrangers intr a-auriculaires, dont les

Page 1