CORPS ÉTRANGERS DANS L'OREILLE
plus fréquents, ont pour siège le conduit auditif externe. G'esi un petit caillou, une perle de verre, un pois sec, un petil haricot, un bouton de chemise ou un petit bouton de bottine que les enfants s'introduisent ou se font introduire dans l'oreille, par une de ces aberrations que le désœuvrement et le besoin de faire des sottises expliquent seuls. Comme les corps étrangers du nez, ceux de l'oreille restent souvent non déclarés et lorsque les enfants nous sont amenés, plusieurs jours se sont souvent passés depuis l'introduction. Le conduit auditif est souvent boursouflé et ne permet d'apercevoir qu'avec une certaine peine le corps du délit, qui a toujours pénétré plus avant, par les manœuvres maladroites que l'enfant a pratiquées en enfonçant instinctivement le bout de son petit doigt dans l'oreille. C'est ici, messieurs, qu'il est essentiel de s'assurer, autant que possible, du volume et de la consistance du corps étranger. Bouche-t-il hermétiquement le conduit, vous avez peu de chance de réussir par la méthode usuelle que je vous conseille cependant de toujours essayer, avant toute autre, je veux parler de l'injection. Cette injection doit être faite non pas, comme la pratiquent certaines personnes étrangères à l'art, avec une petite seringue en verre ou même avec une seringue d'étain d'un petit volume; il faut employer une grosse seringue contenant au moins un demi-litre d'eau tiède, en placer la canule à 3 ou 4 centimètres de l'ouverture du conduit auditif et pousser l'injection avec force. La théorie de l'expulsion diffère quelque peu de celle que nous avons donnée cà propos des fosses nasales tout en s'en rapprochant pourtant.
Le liquide, poussé avec force, s'introduit avec violence entre le corps étranger et les parois du conduit et ne se trouve arrêté dans sa course que par la membrane du tympan. Obligé de rétrograder, il constitue alors une sorte de
remou qui vient frapper, avec une force à peu près égale à celle de l'injection la face postérieure du corps étranger et le chasse à l'extérieur après l'avoir déplacé. Il faut, je le répète, pour que cette opération réussisse, que le corps étranger ne bouche pas hermétiquement le conduit, sans cela point de remou, point d'expulsion et il faut avoir recours à d'autres moyens.
Ne vous servez jamais de pinces. Cet instrument a l'inconvénient de ne pouvoir s'ouvrir pour saisir le corps étranger et de se présenter à lui constamment fermé. Pour peu qu'on insiste, on violente les parois du conduit, on les déchire, et je me souviens, pour ma part, d'avoir assisté à une opération déplorable, à la suite de laquelle un chirurgien, dont l'habileté était loin d'égaler l'entêtement et la témérité, perfora le tympan, extirpa les osselets et ne réussit pas à retirer le corps étranger. Que de fois n'avons-nous pas vu, à notre consultation, des enfants, victimes de ces tentatives désastreuses, présenter des perforations du tympan et une dénudation complète du conduit auditif. Pour le dire en passant, dans plusieurs cas la dénudation du conduit donnait à l'instrument que tenait l'opérateur la fausse sensation d'un calcul, alors que c'était sur le squelette même du conduit auditif que son instrument grattait. Ne vous servez donc jamais de pinces.
Il faut varier les moyens ou les procédés avec les corps étrangers. S'agit-il, comme je l'ai observé à plusieurs reprises, de boutons de chemises perforés de cinq petits trous, il est dans ce cas possible, en se servant de l'instrument qui sert à faire du crochet, d'engager l'extrémité de cet instrument dans un de ces petits orifices et d'exercer ainsi des tractions directes. Cet instrument m'a également servi à harponner (passez-moi cette expression) un pois ou un haricot. Une anse de fil de fer recourbée à son extrémité a pu éga-
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lement être engagée avec succès entre le corps étranger et le conduit de façon à former curette, et des tractions ont pu être ainsi exercées. Enfin, bien que je n'aie pas eu besoin jusqu'ici de recourir à cet instrument, qui n'est pas construit que je sache, ne pourrait-on pas, dans des cas où les autres moyens auraient échoué, se servir d'un forceps en miniature dont les deux branches, introduites séparément s'articuleraient ensuite et permettraient de faire l'extraction sans danger? Retenez bien seulement ce précepte dont les termes sont empruntés à l'art périlleux du cavalier : ne vous laissez pas emballer. Si vous ne réussissez pas du premier coup, n'insistez pas, suspendez la séance, reprenez, pendant vingt-quatre heures, les injections à grande eau, recommencez le lendemain en modifiant vos instruments suivant les besoins de la cause, et enfin ne vous servez jamais de pinces, par la bonne raison que si vous procédez à l'aveuglette, elles saisiront toujours quelque chose, et si vous voulez absolument avoir ce quelque chose vous serez quelquefois stupéfaits de ce que vous ramènerez.
Je ne veux pas terminer ce qui a trait aux corps étrangers de l'oreille sans vous dire un mot d'un phénomène que vous avez certainement observé sur vous-mêmes, au sortir du bain froid surtout, si vous avez l'habitude de plonger. Il vous arrive alors de sortir du bain avec une certaine quantité d'eau dans l'oreille. Cette eau ne sort pas; vous vous impatientez, vous êtes absolument sourd d'un côté, quelquefois des deux côtés ; vous introduisez le doigt dans l'oreille à plusieurs reprises, rien n'y fait; et cet état de gêne persiste souvent plusieurs heures jusqu'à ce qu'une sensation de dégagement se fasse et qu'après un écoulement d'eau assez abondant l'ouïe revienne à son état parfait d'intégrité Je sortais un jour du bain de Ligny dans l'état que je viens de vous signaler, quand un nègre qui sortait de l'eau eut pitié
de mon embarras et m'engagea à sauter à plusieurs reprises sur le pied correspondant à l'oreille envahie. J'exécutai cette manœuvre avec une certaine défiance, et je fus pourtant très agréablement surpris de sentir, après deux ou trois sauts, l'écoulement libérateur se produire. J'ai, depuis, essayé maintes fois ce petit procédé et je ne l'ai jamais trouvé en défaut. Je vous le recommande par conséquent d'autant plus volontiers, que son succès est facilement expliqué par la succussion violente qu'imprime au liquide contenu dans l'oreille cette danse à cloche-pied que je viens de vous décrire.
Je ne parle ici que pour mémoire des larves d'insectes ou même des insectes adultes qui, introduits dans l'oreille, y causeraient des désordres considérables. Ce fait, fort rare dans nos climats, n'a jamais été observé par moi; je m'abstiens donc d'en dire plus long, ne pouvant le faire par expérience, tout en reconnaissant que cela doit arriver aussi de temps en temps sous nos latitudes.
Nous en avons terminé, messieurs, avec les corps étrangers qui sont pour les malades un objet de gêne, une entrave à quelques fonctions, mais qui peuvent être dissimulés pendant quelque temps, parce qu'ils ne compromettent pas la vie. Il n'en est pas de même de ceux que nous allons étudier maintenant, je veux parler des corps étrangers de V oesophage et des voies aériennes. Les corps étrangers de V œsophage nous arrêteront tout d'abord.
J'ai observé une série de corps étrangers arrêtés cà la partie supérieure de l'œsophage, voire même dans le pharynx, dans la région tonsillaire et au niveau des piliers. Ils appartiennent tous ou presque tous aux matières alimentaires qui, par leur volume excessif ou les aspérités qu'elles présentent, se refusent à cheminer plus avant. Les arêtes de certains poissons présentent un crochet en forme d'ha-