CORPS ÉTRANGERS DANS L'OESOPHAGE
ineçon qui vient s'accrocher aux piliers; quelques arêtes même, bien que très flexibles, s'engagent dans une des lacunes amygdaliennes et déterminent une gène très considérable, des nausées et des vomissements ; ilenestdemêmé
des crins qui s'échappent des brosses à dents qui ont servi trop longtemps ou dont la fabrication est défectueuse. 11 suffira dans ces cas de saisir ces petits corps étrangers avec (\cs pinces à anneaux; rcxlirpationenseratoujoursfacile.il n'en csl pas de même de ces volumineuses bouchées de pain ou de viande ingérées à la hâte par des enfants gloutons qui ne se donnent pas la peine de mâcher ou qui, surpris en flagrant délit de larcin, déglutissent brusquement tout ce qui se trouve dans la cavité buccale. On cite quelques cas de mort presque immédiate à la suite de cet accident. Le plus souvent c'est à la partie supérieure de l'œsophage que s'arrêtent ces corps étrangers, et les matelots connaissent tous le moyen qui consiste à les refouler plus avant à l'aide d'une tête de poireau trempé dans l'huile.
C'est de ce procédé que je m'inspirai dans un cas grave de dysphagie causée par un corps étranger alimentaire, pour lequel je fus appelé en toute hâte à quelques lieues de Pau, l'une des dernières années. La dépêche, écrite à la hâte, avait été mal transmise ; et j'avais lu ou cru lire distinctement ces mots : cas grave, morceau de verre dans l'œsophage. Prévoyant de nombreuses difficultés pour l'extraction de ce corps étranger, je m'étais muni, chez M. Colin, d'un véritable arsenal de pinces, de paniers de Graeffe, etc. Quand j'arrivai, j'appris qu'il s'agissait d'une dame de 65 ans, qui, réduite à l'impuissance de mastiquer par son manque absolu de dents, avait avalé non pas un morceau de verre, mais un morceau de veau; ce n'était pas même un morceau de cartilage comme celui que j'ai eu l'occasion de refouler avec mon ami le Dr Féréol, mais un morceau très volumineux de
viande. Quoi qu'il en soit, la dyspliagie était complète et datait de trente-sept heures ; chose remarquable : en raison même de la situation élevée du corps étranger, la dyspnée était notable, et un léger tirage se manifestait à chaque inspiration. Vous comprenez dès à présent l'inutilité de la plus grande partie de mon outillage, qui, heureusement, comprenait une longue tige armée d'une éponge. Après avoir convenablement huilé l'éponge, je la conduisis jusque sur le corps étranger, et je le refoulai avec force. A peine déplacé, il fut aussitôt dégluti : la malade fut immédiatement soulagée, demanda à boire à grands cris et ingurgita, séance tenante, près d'un litre de bouillon. Le refoulement a du reste une grande supériorité sur l'extraction, toutes les fois qu'il s'agit d'un corps étranger qu'il n'y a aucun inconvénient à faire pénétrer dans l'estomac.
Le corps étranger que nous avons le plus souvent occasion d'observer chez les enfants est le sou. Le cas est des plus fréquents à l'hôpital des Enfants, et voici quelle est la règle de conduite qui me réussit presque constamment.
Dès qu'on m'amène un enfant soupçonné d'avoir un sou dans l'œsophage, je commence par m'assurer de la présence réelle du corps étranger ; je fais avaler à l'enfant un gros morceau de mie de pain et un verre d'eau. Quand il n'y a aucune dysphagie, il est très probable que le sou est passé dans l'estomac. Cependant il y a de nombreux exemples de sous plaqués à la partie supérieure et antérieure de l'œsophage, au niveau de la face postérieure du larynx, et permettant le passage libre des aliments. Pour m'assurer du fait,je passe dans l'œsophage une longue baleine armée d'une de ces olives d'ivoire que Trousseau employait pour la dilatation des rétrécissements œsophagiens ; quand la boule est bien proportionnée au calibre de l'œsophage, il est impossible qu'elle passe et repasse sans frotter le corps
CORPS ÉTRANGERS DANS i/OESOPHÀGE. 497
étranger, et par suite sans communiquer à l'opérateur la sensation tond' particulière qui décèle sa présence» Ace propos, je ne partage pas les inquiétudes de ceux qui craignent que la baleine, faisant fausse route, ne pénètre dans la trachée. Pour calmer cette crainte, rappelons-nous d'une part le petit orifice que présente la glotte et les grandes difficultés qu'offre l'introduction du tube laryngo-trachéal,pour la respiration artificielle. Je suppose que j'aie senti le corps étranger appliqué au lieu d'élection ou qu'une dysphagie complète n'ait révélé sa présence; même dans ce cas, l'exploration est indispensable pour donner la notion du siège du corps étranger. On ne peut pas en juger par les sensations du malade, qui peut se tromper du tout au tout, car la gène apportée par la présence momentanée du corps étranger lui peut faire croire à sa présence persistante alors que ce dernier a cheminé depuis longtemps.
Il s'agit de procéder à l'extraction, le refoulement ayant dans ce cas des inconvénients. Comment allons-nous procéder ? Vous verrez, messieurs, dans notre vitrine un instrument dont mon prédécesseur Giraldès se servait avecune grande habileté. Je veux parler du panier de Graeffe. C'est, comme vous pouvez le voir, un instrument fort coquet, composé d'une longue tige en baleine sur laquelle se trouve solidement armaturôe une pièce métallique en forme de cœur aplati, dont la pointe et les bords mousses ne peuvent blesser l'œsophage et se prêtent facilement à l'introduction, mais dont les bords saillants et écartés, de façon à former un véritable panier, s'opposent au retrait de l'instrument, à moins que ce retrait n'ait été précédé de la cueillette de tout ce qui se trouve dans l'œsophage. La manœuvre est la suivante : le ci nie aplati est poussé entre l'œsophage et le corps étranger; il dépasse ce dernier; on relève alors l'instrument dont le panier recueille le sou et on attire le
ClIlUUaGlE DES ENFANTS. 32
tout à l'extérieur. Cet instrument, fort ingénieux, demande à être manié avec une grande lenteur et une égale prudence ; ne cherchez donc pas à atteindre la virtuosité opératoire du chirurgien qui retire brusquement son instrument et lance ainsi à quelques mètres le sou expulsé.
J'ai vu Giraldès exécuter plusieurs fois avec succès cette manœuvre, dont le premier et le moindre inconvénient est de ne jamais retrouver le sou; le second, beaucoup plus grave, est qu'on peut excorier, lacérer l'œsophage, et quand on songe à l'extrême susceptibilité de cet organe on ne saurait, je le répète, user de trop de précautions à son égard. C'est dans cet ordre d'idées que j'ai été amené à employer un procédé beaucoup moins dangereux et qui m'a presque toujours réussi, je veux parler du déplacement pur et simple du sou et de son expulsion spontanée. Voici comment je procède : j'introduis purement et simplement une petite boule exploratrice, ou plus souvent même une petite olive de cire à cathéter, que je façonne suivant le volume de l'œsophage ; j'ai eu soin de couler la cire sur un petit moule de coton, dit à repriser, dont j'ai très solidement entouré la baleine. Arrivé au corps étranger je le dépasse, je reviens ensuite à frottement sur lui ; il est bien rare que, dans cette série de manœuvres, je ne le déplace pas ; aussitôt le malade fait un effort de vomissement et expulse le sou dans ma main. Ce moyen, je le répète, m'a si souvent réussi que je vous le recommande d'une manière toute spéciale.
Je ne m'étendrai pas ici, messieurs, sur l'œsophagotomie externe ; il faudrait certes la pratiquer si tous les moyens que je viens de passer en revue avaient échoué ; mais je n'ai pour ma part jamais eu besoin de la pratiquer, et je ne sache pas que dans une période de vingt-cinq ou trente ans mes prédécesseurs à l'hôpital des Enfants aient eu occasion de la faire.
CORPS ÉTRANGERS DANS L'ESTOMAC ET L'iNTESTIN. 499
Je n'ai que peu de chose à dire sur les corps étrangers de V estomac et de V intestin ; ils sont excessivement rares et si l'on veut bien se reporter à une observation que j'ai publiée il y a quelques années, on sera étonné de ce qui peut passer par l'intestin. Il s'agissait d'une roulette de cuivre distraite d'un chien mécanique de forte taille et munie, par conséquent, d'une tige très acérée destinée à la fixer. Elle mesurait 5 cent. 1/2. Avalée sans encombre par l'enfant, elle resta sept jours dans l'estomac ou l'intestin et fut expulsée sans la moindre colique ; je fis à ce moment remarquer que l'enfant avait dû son salut à la façon remarquable dont la roulette était montée. Il nous fut en effet impossible de serrer entre les doigts la tige et la roulette, qui fuyait à la moindre pression. Il est certain que cette manœuvre a dû être exécutée durant tout le parcours et qu'en aucun point l'intestin n'a pu être lésé par une tige qu'il était impossible de maintenir en travers. Un engin de taille beaucoup moindre, soustrait à un jouet de pacotille, aurait peut-être produit des désordres considérables.
Si les corps étrangers de l'estomac et de l'intestin sont rares chez les enfants, il en est heureusement de même des corps étrangers durectum.En effet l'aberration, qui consiste à s'introduire dans le rectum des corps plus ou moins volumineux, n'est pas le propre de l'enfance ; elle ne peut être absolument revendiquée que par les adultes. Aussi n'en observonsnous point de cas. Je fais cependant une restriction au sujet d'une extraction de corps étranger du rectum que j'eus occasion de pratiquer une fois dans le service de mon collègue et ami le Dr Archambault, Il s'agissait d'un thermomètre qu'on avait introduit dans le rectum d'un petit malade et qu'on y avait laissé quelque temps. L'enfant s'était impatienté, s'était assis sur son lit et avait cassé le thermomètre en deux. Pour le dire en passant, j'eus uni'
certaine peine à saisir ce corps qui fuyait devant mes pinces et qui s'était mis presque complètement en travers. Je n'en eus raison qu'en introduisant un doigt que je repliai en crochet de façon à l'obliger à se présenter dans Taxe du rectum. Je pus alors le saisir doucement avec des pinces à anneaux dont j'avais entouré les mors de diachylon et l'amener ainsi à l'extérieur.
Nous voici arrivés, messieurs, à une étude des plus intéressantes : je veux parler des corps étrangers des voies respiratoires. Il vous souvient sans doute de cette perle bleue logée dans la bronche gauche et qui fut projetée avec violence à l'extérieur dès que j'eus pratiqué la trachéotomie. Cette histoire instructive a été relatée tout au long dans mes leçons sur la trachéotomie; vous connaissez, d'ailleurs, la spontanéité, la soudaineté des accidents dans le cas d'introduction de corps étrangers dans les voies aériennes et la mort d'Anacréon succombant étouffé par un grain de raisin lancé inter pocula par une amie folâtre; le cas.de Moscati relatif à une mort subite consécutive à la chute d'une amygdale que l'opérateur venait de sectionner sans avoir pris la précaution de la fixer par une érigne. Tous les exemples nombreux de mort presque foudroyante, reconnaissant pour cause une fausse membrane venant s'appliquer sur la glotte, sont là, d'ailleurs, pour nous démontrer l'imminence du danger que courent les malades recelant un corps étranger dans leur larynx ou dans leur trachée, et l'opportunité d'une décision rapide de la part du chirurgien.
C'est à cette rapidité dans l'intervention que doit certainement la vie une petite fille que vous avez pu voir ce matin à la salle Sainte-Pauline et dont voici succinctement l'histoire. Elle était dans la classe et jouait machinalement avec un petit caillou aplati qu'elle introduisait dans sa bouche, rejetait dans sa main et avalait de nouveau, quand soudain