‹ Chirurgie des enfantsChapitre 131 sur 222 · CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES RESPIRATOIRES · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DANS LES VOIES RESPIRATOIRES

entra la maîtresse d'école. Surprise et déconcertée, elle fit un mouvement de déglutition que la peur l'empêcha d'accomplir ; elle avala de travers le caillou qui pénétra dans le larynx. Aussitôt, accès de toux opiniâtre, inspiration prolongée, tirage, menaces de suffocation. L'enfant est aussitôt amenée à l'hôpital; les internes tiennent conseil, et en présence de l'asphyxie imminente se décident à la trachéotomie. L'opération est pratiquée avec succès, une grosse canule est introduite et la malade est soulagée. Je la vois le lendemain ; son état est satisfaisant, pas de fièvre ; la malade est calme et a mangé. Le surlendemain fièvre intense, sécrétion mucopurulente catarrhale des plus abondantes par la canule; je demande l'avis de mon excellent collègue et ami, M. le docteur Labric, il examine avec soin la malade, l'ausculte, ne trouve absolument rien dans les bronches et conclut comme nous tous à l'existence d'un obstacle laryngé.

Cette opinion est du reste corroborée par l'expérience que nous faisons, en obturant la plaie avec une compresse un peu serrée après avoir enlevé la canule. La malade cherche à crier, mais ne peut y parvenir; elle manque absolument d'air, évidemment il ne passe rien par la glotte.

Me rendant aux avis de M. le Dr Labric, et décidé à aller à la recherche du corps étranger, je reviens le soir à l'hôpital, et avec l'aide d'un de mes internes, je me livre à l'expérience qui suit : la canule est retirée ; j'introduis par la plaie, de bas en haut, une pince à fausses membranes, dont la petite courbure me semble devoir se prêter à la circonstance et je la pousse doucement jusqu'à la glotte que je trouve sans difficulté, rien ne se présente au-devant de mes pinces. D'autre part, protégeant mon index droit à l'aide du doigticr de métal, construit pour la circonstance, je le plonge dans la cavité buccale, je relève l'épiglotteetjeviens toucher facilement le bout des pinces, sans rien constater

comme corps étranger dans l'infundibulum sus-glottique. Par contre, en explorant cette cavité, il me semble sentir, tout à fait à la partie antérieure et sur la ligne médiane,un corps dur, de la forme d'une petite amande aplatie; mais ce qui me plonge dans un nouvel embarras, c'est que la sensation de ce corps n'est pas nette, comme celle que mon doigt perçoit relativement à mes pinces : on dirait qu'une certaine épaisseur de parties molles, une muqueuse épaisse recouvre ce corps. La malade est du reste fatiguée par cet examen, je la laisse et lui prescris un vomitif qui ne produit aucun résultat expulsif. Le lendemain l'état s'est amélioré, la respiration se fait mieux sans la canule, la voix est presque complètement revenue. Croyant toujours, cependant, à la présence du corps étranger dans le larynx, je fais mettre la malade la tête en bas et je la frappe dans le dos avec une certaine violence. Ce moyen que j'avais employé avec succès chez un garçon boucher qui avait aspiré une pièce de vingt centimes, reste ici sans résultat.

Il faut cependant prendre un parti. La canule ne peut rester impunément dans la trachée en raison du catarrhe mucopurulent qu'elle provoque, une seule opération me semble logique, la thyrotomie et l'extirpation du corps étranger qui nous paraît devoir être logé dans un des ventricules. Mais si, la thyrotomie faite, on n'allait rien trouver ! J'ai recours de nouveau aux lumières de mon collègue Labric. Nous répétons ensemble l'expérience que j'avais faite seul la première fois. La glotte nous paraît absolument libre et les sons qu'émet la malade nous prouvent jusqu'à l'évidence qu'elle vibre parfaitement. D'autre part, l'exploration à l'aide du doigt reste aujourd'hui sans effet, et je ne trouve plus, même diffuse, la sensation du corps étranger. D'un commun accord, pensant que le corps étranger avait pu être rejeté, dégluti et expulsé par les selles, que la gêne légère quiper-

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sistc encore clans l'inspiration peut parfaitement tenir à un état œdémateux des cordes vocales, irritées par la présence momentanée du corps étranger, nous croyons devoir nous abstenir de toute nouvelle opération jusqu'à nouvel ordre; nous supprimons la canule puisque la glotte nous paraît fonctionner (l'une manière suffisante, et nous attendons.

Suivant toute probabilité tout va rentrer dans l'ordre.

J'ai tenu, messieurs, à vous relater en détail cette observation et à vous faire part de toutes nos inquiétudes, de tous nos doutes, de toutes nos sensations. Vous verrez quand vous en serez là que la chose n'est pas aisée. Conservez cependant de ce long récit (trop instructif pour être une digression) un principe que je tiens à dégager de toute complication : la nécessité absolue de faire immédiatement la trachéotomie dans un cas de suffocation imminente. S'il y a lieu à discussion, il faut commencer par opérer le sauvetage du malade et discuter ensuite dans les cas où la trachéotomie n'aura pas éclairé définitivement le diagnostic. Pour les corps étrangers de la trachée et des bronches, l'auscultation rend de précieux services; dans le cas contraire, le larynx peut seul être mis en cause. Dans les cas analogues à celui que je viens de vous citer, je n'hésiterais pas à faire ce que j'ai été sur le point d'exécuter, c'est-à-dire, à pratiquer l'ouverture du larynx au niveau du cartilage thyroïde que j'inciserais sur la ligne médiane, dont j'écarterais les lames et dont j'explorerais avec soin les cavités ventriculaires.

Je croirais être incomplet, messieurs, si dans cette revue clinique des corps étrangers, j'oubliais de vous dire un mot des Corps étrangers de Vurethre et de la vessie.

En confirmation de l'adage poétique d'après lequel il a été dit que :

Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs, l'enfance a ses corps étrangers de prédilection, ou pour

parler plus correctement, ses lieux d'élection pour l'introduction des corps étrangers. Ainsi, nous voyons trop souvent l'adulte s'ingénier à s'introduire dans l'urèthre des corps qui semblent choisis de manière à exercer au maximum l'ingéniosité et la patience du chirurgien ; d'autre part, nous voyons l'adulte ou le vieillard confier à un prépuce démesurément distendu une quantité de pièces de monnaie, hors de toute proportion apparente avec sa capacité. Il n'en est pas de même du jeune garçon. Le demi-adulte se livre quelquefois à un essai timide de l'introduction des corps étrangers dans l'urèthre, mais l'enfant, moins raffiné dans sa corruption, se borne à essayer d'imiter la copulation naturelle en introduisant son pénis, à l'état flasque, dans des verres de lampe, dans des bouteilles, dont il ne peut plus sortir, au moment de l'érection et qui sont quelquefois brisés, au prix de lésions plus ou moins graves, parle coupable, au moment d'être surpris. Ces manœuvres indiquent déjà un certain degré d'initiation à la science du bien et du mal, mais l'enfant de nos écoles, de nos hôpitaux, qui souvent ne cherche qu'à jouer, sans y entendre malice, s'étrangle le pénis à l'aide d'une ficelle ou l'introduit à grand'peine dans un anneau de rideau. De là ces cas d'amputation spontanée presque complète du pénis que nous avons eu l'occasion d'observer cette année encore ; de là, ces opérations si pénible de section de l'anneau de cuivre qui, par suite du gonflement œdémateux du pénis, se trouve absolument incarné. Les petites filles, plus souvent qu'on ne le croirait, pratiquent l'introduction de l'épingle à cheveux par le côté mousse, voire même d'un crayon dans l'urèthre et clans la vessie. Je ne reviendrai pas sur ce fait curieux et connu d'un crayon de bois blanc introduit dans la vessie, saisi à plusieurs reprises par tous les instruments dits extracteurs, broyé partiellement par les brise-pierres, rebelle,

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cependant à l'extraction complète en raison de l'angle qu'il faisait toujours avec le col vésical, et obtenu enfin par l'introduction du doigt qui le plaça dans l'axe, mais je relaterai brièvement un fait curieux que j'ai observé dans mon service il y a cinq ans.

Une jeune lillc de 13 ans me fut amenée pour des hématuries répétées. Je songeai tout d'abord à un calcul, et je la sondai ; je n'eus certes pas de peine à trouver le calcul, il remplissait littéralement la vessie, et ne laissait pour ainsi dire pas de place à l'urine. De là, des douleurs intolérables qui nécessitaient une intervention rapide. Je dilatai l'urèthrc et j'introduisis à grand'pcincun gros brise-pierres. Le calcul était heureusement très friable et le morcellement s'opérait avec une certaine facilité ainsi que l'extraction des fragments, quand toutà coup mon brise-pierre heurta contre un corps métallique; je le retirai aussitôt et mon doigt introduit vint buter contre une épingle à cheveux, dont une des extrémités était libre, alors que le rreste de l'épingle restait encore enchâssé dans un fragment de calcul. J'eus une certaine peine à le dégager, j'y parvins cependant et pus l'obtenir dans toute son intégrité. Il va sans dire que la malade, à la vue de cet objet de toilette, me demanda naïvement comment il avait pu se trouver là. Y a-t-il des circonstances accidentelles par lesquelles une épingle à cheveux puisse être incitée à prendre ce chemin à l'insu d'une petite fille? On voudrait arriver à se le figurer et à penser que ce sexe est étranger à des turpitudes trop familières au nôtre. A ce point de vue, on lui saurait presque gré de tabler sur l'axiome d'après lequel tout mauvais cas est niable.

Je voudrais terminer cette revue, rapide et forcément incomplète, mais pratique, des corps étrangers par trois règles, de l'emploi desquelles je me suis toujours bien trouvé.

La première consiste à ne pas intervenir à moins que d'être

absolument convaincu de la présence du corps étranger.

La seconde consiste à ne point hésiter à intervenir dès que la certitude que l'on cherchait est acquise.

La troisième se formulerait ainsi. Préférer toujours les moyens de douceur aux procédés de force et mettre en pratique le précepte de Bouvier : Primùm non nocere, d'autant plus que des expulsions naturelles, tout à fait imprévues, sans aucune conséquence fâcheuse, pour le sujet, comme dans le cas de la roulette avalée par un enfant, que j'ai rapporté, sont souvent venues récompenser une intelligente expectation. Des accidents graves se produisent, au contraire, journellement lorsque le chirurgien, se laissant gagner par l'impatience des parents, s'obstine à extraire hic et nunc un corps étranger dont la présence, dans beaucoup de cas, n'est rien moins que certaine.

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