POLYPES MUQUEUX DES FOSSES NASALES
Vient-on à ouvrir à dessein ou inconsciemment, c'est-àdire dans des tentatives d'extraction plus ou moins heureuses, la masse de ces productions, on fait sourdre, en plus ou moins grande abondance, un liquide filant et incolore.
Quant au pédicule, il n'est que peu vasculaire, en général, et dépourvu de filets nerveux; ce qui explique, en passant, la douleur relativement peu vive que perçoit le malade au moment de' l'arrachement.
Figure 65. — Coupe transversale des fosses nasales et des sinus voisins, d'après Hirschfeld.
Doit-on attribuer pour cause à ces productions une irritation telle que celle qui résulterait de coryzas chroniques répétés, je n'en crois rien pour ma part? doit-on, comme la plupart des chirurgiens paraissent avoir une tendance à l'affirmer, établir une corrélation entre l'apparition de ces tumeurs et la malformation ou la déviation des fosses nasales? Je crois, me basant sur l'expérience acquise, qu'il y a là un effet et non une cause, et que la cloison ne s'est déviée, les cornets ne se sont déformés que par suite de la pression exercée par la masse polypeuse elle-même.
Le début de ces polypes muqueux passe le plus souvent inaperçu. L'enfant est enchifrené, parle du nez, se mouche à chaque instant et avec d'autant plus d'acharnement qu'il voit ses efforts impuissants à le débarrasser d'une masse qui obture ses narines. Un écoulement, dû à une véritable rhinite, se produit.
Bientôt la respiration par le nez devient impossible ; les enfants dorment la bouche ouverte et font entendre un bruit de cornage pendant leur sommeil, comme les enfants doués d'amygdales trop volumineuses ; ils contractent aussi, durant la veille, un air d'hébétude tout spécial et pour ainsi dire pathognomonique. L'odorat se perd assez vite, et souvent aussi des cas bien authentiques de surdité viennent attester l'extension de la phlegmasie aux trompes d'Eustache.
Si vous approchez le petit malade de la fenêtre et que, soulevant sa tête, vous la placiez très en arrière, sans autre artifice, si le polype est descendu très bas, ou à l'aide du spéculum de Bonnafont quand le siège de son implantation est plus élevé, vous ne tarderez pas à constater la présence dune masse indécise, flottante, mollasse, qui se déplace au moindre souffle, descend même jusqu'à l'orifice des fosses nasales dans l'expiration ou l'action de souffler, et cela en faisant entendre le fameux bruit de drapeau signalé par Dupuytren.
Le malade constate lui-même que l'air ne passe pas, quels que soient les efforts qu'il fasse. Dans quelques circonstances rares, le polype est assez volumineux pour passer des fosses nasales dans l'arrière-cavité du pharynx, auquel cas, le toucher bien fait permettrait d'en constater l'existence.
Vous ne confondrez pas facilement ces polypes avec des corps étrangers dont l'introduction aura toujours été récente, et qu'il vous sera facile de déplacer, voire même de
POLYPES MUQUEUX. TRAITEMENT. ~>l 1
chasser à l'aide d'une forte injection ; mais il pourra vous arriver dans quelques cas, si vous n'y prenez garde, de tomber dans l'erreur qui consiste à prendre pour un polype muqueux une déviation de la cloison.
Je ne crois pas utile d'insister sur ce point de diagnostic que j'ai traité dans mes leçons d'orthopédie ; je me borne à vous rappeler que la possibilité ou l'impossibilité de passer le stylet ou la sonde cannelée entre le polype présumé et la cloison devra vous aider à trancher la question et vous épargnera l'humiliation d'appliquer, ainsi que je l'ai vu faire, une pince à polypes sur la cloison déviée. Une fois sûrs de l'existence du polype, il ne vous reste plus qu'une chose à faire, c'est de l'enlever.
La première question qui vous sera adressée par les parents, avant d'y consentir, est celle-ci: cela repoussera-t-il? Craignez de vous compromettre en promettant positivement le contraire. Le polype engendre en effet le polype, et il est extrêmement rare de voir une muqueuse qui en a produit guérir du premier coup. Il s'agit donc d'enlever ce polype. Ne vous effrayez pas trop des suites possibles de l'opération (l'arrachement d'une partie derethmoïde, la phlébite du sinus et l'infection purulente consécutive à cette phlébite); une crainte exagérée vous amènerait en effet à employer des moyens dérisoires, tels que les siccatifs, les desséchants, sous forme de poudre ou de solution d'alun, de perchlorure de fer, etc. Je ne me rappelle pas avoir vu une seule fois l'emploi de ces moyens suivi de succès. Je n'accorderai guère plus de confiance aux injections interstitielles de chlorure de zinc en solution ou d'acide acétique. Je ne m'arrêterai pas non plus aux méthodes aujourd'hui tombées en désuétude, de la compression, du déchirement, du séton et de la cautérisation ; j'arrive au seul procédé, que je vous conseille d'employer, à savoir l'arrachement.
Pour pratiquer l'arrachement avec succès, je vous conseille d'attendre, pour ainsi dire, la maturité du polype; il vous sera en effet beaucoup plus facile de le saisir quand il viendra affleurer le bord libre de la narine. Vous vous servirez de la pince droite ou courbe, dite pince à polypes ;
vous lui donnerez le degré d'écartement le plus grand possible, à la condition d'éviter le frottement dans la narine, et vous la pousserez aussi loin que possible, en vous rappelant que l'implantation est en général au niveau du cornet moyen; il vous sera facile de voir du reste qu'à un certain moment le sommet du polype que vous avez sous les yeux a une certaine tendance à remonter sous l'influence de votre manœuvre. Serrez à ce moment les mors de la pince, et assurez-vous, par une traction douce, que la prise est bonne.
A ce moment, au lieu de tirer seulement en bas, faites subir au pédicule que vous avez saisi plusieurs mouvements de torsion, jusqu'à ce que vous ne sentiez plus de résistance, puis faites sortir doucement votre pince chargée de la niasse polypeuse.
Il est bon de s'assurer, séance tenante, en bouchant la
FIGURE 66. — Extraction d'un polype par ligature.