PANSEMENT ET MÉTHODE ANTISEPTIQUES
parties sur lesquelles le spray ne doit pas se porter d'une manière utile. Malgré tout, le refroidissement est inévitable et amène une dépression générale du sujet dont la statistique des opérés reflète plus tard l'influence funeste.
Le pansement n'est pas plus à. l'abri de cette critique que l'opération elle-même et Schœnborn recommande d'employer l'eau tiède pour les lavages de la plaie avec la solution phéniquée, précaution à laquelle je n'ai, pour ma part, jamais manqué, mais le pansement listérien a quelquefois d'autres inconvénients plus graves. Je n'ai pas vu de cas d'intoxication, mais Schœnborn a perdu deux opérés, dont un petit garçon de huit ans, très vigoureux, dans les huit heures qui ont suivi une longue opération (la résection dans l'articulation coxo-fémorale) par intoxication aigiie due à l'acide phénique. Le spray contenait 2 p. cent d'acide phénique. Le pansement avec des solutions fortes n'est pas exempt du même danger et Schœnborn se sert maintenant d'eau salycilée pour le lavage des plaies vives d'une grande étendue.
Reste à savoir maintenant si le pansement listérien est assez utile pour qu'on en coure les risques, très réels, comme vous le voyez. Cette utilité qui est indiscutable et confirmée par une pratique déjà longue pour l'adulte est au contraire très problématique pour l'enfant. Le système antiseptique tout entier est dirigé contre les complications des plaies et notamment contre l'infection purulente. Or, l'infection purulente, je me plais à le constater, se rencontre rarement, exceptionnellement clans la pratique de la chirurgie des enfants. Il en est de même de la pourriture d'hôpital. L'érysipèle seul se montre quelquefois ; mais avec une bénignité dont je donnerai la mesure quand je vous aurai dit que depuis six ans je n'ai pas perdu un seul malade d'érysipèle traumatique et que cette complication souvent
si terrible chez l'adulte, cède le plus souvent chez l'enfant à deux ou trois purgatifs.
Le système antiseptique aurait un titre sûr pour se faire adopter, à l'exclusion de tout autre, à l'hôpital des Enfants, s'il s'opposait au développement de la diphthérie qui est la vraie, je dirai presque la seule complication redoutable des plaies chez les enfants. Or, j'ai vu deux fois se développer, sous mes yeux, malgré le pansement de Lister, des plaques diphthéritiques que j'ai eu grand' peine à faire disparaître par notre moyen ordinaire, le jus de citron.
La vraie, la seule défense de l'enfant contre les complications diphthéritiques d'une plaie vive, c'est la brièveté de son séjour à l'hôpital, c'est la prompte guérison de cette même plaie. Et cela n'est pas vrai seulement pour la pratique hospitalière, cela est vrai aussi pour la clientèle de ville qui n'est pas à l'abri des complications diphthéritiques des plaies (j'en ai vu, pour ma part, plus d'un exemple). C'estpourquoi vous me verrez, le plus souvent, tout en opérant ordinairement suivant la méthode listérienne, panser les plaies vives suivant les procédés que j'ai décrits plus haut, qui suffisent dans l'immense majorité des cas et qui semblent amener une cicatrisation plus rapide.