HISTORIQUE. ÉPOQUE CONTEMPORAINE
temps de résoudre certaines difficultés opératoires attachées à l'emploi du trocart de Rcybard.
Une des critiques qui avaient été faites à ce dernier était l'importance de son traumatisme en lui-môme et le danger de piquer le poumon. De là suivait tout naturellement l'idée de diminuer le trocart. Ainsi Blachez, en 1868, préconisa l'emploi de trocarts capillaires, dont les piqûres sont d'une innocuité reconnue; mais une difficulté non constatée d'abord, celle de donner issue aux liquides par des orifices aussi petits que ceux produits par les trocarts capillaires, devait suggérer à la méthode l'idée d'un nouvel élément. Il lui fallait le secours d'une aspiration, d'une succion.
Ce n'était pas à dire qu'on manquât d'un instrument pour pratiquer cette succion. Jules Guérin avait inventé une seringue qu'on aurait tort d'oublier parce qu'il faudrait la réinventer, pour aspirer les liquides utérins, usage pour lequel elle est incomparable ; cet instrument permettait aussi de faire, sans désemparer, des injections dans les cavités naturelles. Aussi Maisonneuve, dont l'esprit ingénieux cherchait tous les jours de nouveaux perfectionnements, avait-il fait usage de la seringue de Jules Guérin, en l'adaptant à des manchons de caoutchouc, pour aspirer les liquides à la face des plaies. Rien n'eût été plus naturel que d'aspirer avec le même instrument les épanchements pleuraux et d'utiliser en même temps, pour des lavages, le double courant de cette seringue. Ce ne fut pas, toutefois, l'appareil de Jules Guérin qui eut l'honneur d'être le premier instrument d'aspiration appliqué à la thoracentèse. Vous connaissez, tous, les appareils ingénieux inventés à cet effet et dont on a fait si largement usage sous vos yeux : l'appareil de Dieulafoy, les appareils de Castiaux, de Potain. Je ne vous ferai donc pas la théorie ni la description complète de ces instruments. La théorie en est d'ailleurs fort simple : une aiguille creuse, ca-
pillaire, est mise en communication, interrompue par un robinet, avec un récipient dans lequel on a fait le vide ; l'aiguille est introduite dans les tissus ; on ouvre le robinet et le liquide monte dans le récipient.
On ne saurait croire à quel point de vulgarisation ces instruments si faciles à manier, si inoffensifs en apparence, même entre les mains les moins chirurgicales, portèrent la pratique de la thoracentèse. Notre regretté maître Béhier, si prompt aux tendances vers le progrès, tout autant, du reste, qu'aux retours en arrière, quand ils lui étaient suggérés par les leçons de l'expérience, donna la note dominante de ce concert le jour où il enseigna que la thoracentèse était applicable aux épanchements, même modérés (1).
Ce fut lui aussi, après avoir été le chef d'un mouvement qu'on ne peut s'empêcher maintenant de considérer comme exagéré, qui eut l'honneur d'attirer, l'un des premiers, l'attention sur des accidents imprévus, inouïs, consécutifs à la thoracentèse, qu'on a longtemps hésité, pourtant à imputer à cette opération, tant l'opinion a de peine a remonter le courant de lamode,etqui influent actuellement beaucoup, avec la lassitude naturelle qui suit les grands engouements, sur la tiédeur générale à l'égard d'un moyen de traitement trop prodigué pendant longtemps.
Le premier de ces accidents qui appela l'attention fut l' expectoration albumineuse, phénomène souvent très simple, mais pouvant prendre les proportions d'un désastre et que je vais essayer de vous décrire. A la suite d'une thoracentèse, à marche aussi normale que possible, et vers la fin de l'écoulement pleural, après quelques quintes de toux, qui se produisent d'ailleurs souvent dans le même cas sans aucune signification, il apparaît sur les lèvres du
(1) Leçon faite à la clinique de l'Hôtel-Dieu, le 15 avril 1872 ; recueillie par H. Liouville et Landrieux. (V. Union médicale .)