ACCIDENTS. EXPECTORATION ALBUMINEUSE
malade un peu d'écume blanchâtre, un véritable cracholtement, puis un liquide citrin, légèrement filant, très mousseux, qui donne par l'acide azotique un précipité très abondant d'albumine. La quantité du liquide, expectoré ainsi, varie, de plusieurs litres à quelques grammes, en une heure ou deux. Très minime dans les formes légères, très rapide et surtout continue dans les formes intenses, l'expectoration albumineuse a amené la mort plusieurs fois, pendant ces dernières années, par une véritable noyade de l'appareil respiratoire (1).
Ces faits donnèrent lieu h d'importantes discussions, dans la Société de biologie (2), à l'Académie de médecine (3) c( surtout dans la Société médicale des hôpitaux; cette dernière discussion, inaugurée par M. Féréol (4) et à laquelle prirent part MM. Moutard-Martin, Dujardin-Beaumetz, Woillez. Ernest Besnier. Desnos, fut supérieurement résumée par M. Hérard. L'opinion exprimée par lui sur la genèse de l'expectoration albumineuse nous semble en effet s'appliquer parfaitement à ce phénomène et même à ses transformations, car c'est, comme vous allez le voir, un véritable Protée. Cette opinion attribue les faits décrits plus haut à une sorte de transsudation séro- albumineuse à travers les parois alvéolaires par le fait d'une congestion pulmonaire rapide.
A peine M. Hérard venait-il de fixer les idées, sur un accident qui avait causé un certain trouble, qu'un nouvel accident, d'aspect différent au premier abord, venait encore
(1) Voir la thèse de M. Terrillon, 1873. Voir surtout dans cette thèse : une observation recueillie par M. Terrillon, chez M. Gombault, à Saint -Antoine, eu 1810, mort et autopsie, et une observation prise dans le service de M. le professnir Ileftier, suppléé par M. B;dl. Présentée à la Société de biologie, en novembre 1872.
(2) Société de Biologie, 1869. Communication de M. d'Espine.
(3) Académie de Médecine, 1872.
(4) Société médicale des Hôpitaux, 23 mai 1873.
apporter la perturbation dans le règne si paisible jusque-là de la thoracentèse.
Le 13 juin 1873, Béhier fit une mémorable leçon à l'Hôtel- Dieu sur deux malades morts, l'un dans son service, l'autre dans celui de M. Dumontpallier à Saint-Antoine, tous deux après la thoracentèse, mais sans avoir rejeté de liquide albumineux. Les deux malades avaient succombé dans des conditions presque identiques, mais particulièrement frappantes pour celui de Béhier. Trois heures après l'opération, il fut pris d'un étouffement violent, d'une dyspnée terrible ; il déclarait que s'il pouvait cracher il serait soulagé et mourait asphyxié, après une heure de souffrance. Dans les deux cas, à l'autopsie, le poumon du côté opéré était très volumineux ; il laissait échapper à la coupe des flots de sérosité roussâtre. Ainsi l'idée d'un œdème aigu du poumon, pouvant se résoudre par une expectoration albumineuse, qui s'était déjà présentée à MM. Hérard et Moutard-Martin, se trouvait réalisée et ce rapport n'échappa pas à l'esprit pénétrant de Béhier. Il n'hésita pas à dire que l'expectoration albumineuse qui avait manqué cette fois, au cas où elle n'eût pas été, par son abondance même, une cause de suffocation pour les malades, les eût sauvés (1).
Grâce à cet intelligent commentaire, l'idée d'un certain balancement entre l'œdème aigu et l'expectoration albumineuse, sous l'influence d'une congestion interne, commença à entrer dans les esprits ; mais nul ne songeait encore à supposer que la congestion pulmonaire, surtoutd'un seul poumon, pût tuer à elle toute seule dans les mêmes conditions, quand, le 25 juillet 1875, M. Legroux se présenta devant la Société médicale des hôpitaux pour annoncer la mort fou-
(1) V. Présentation d'un poumon à la Société de biologie par H. Liouville au nom de Béhier, le 7 juin 1873, et la Leçon clinique de Béhier, du 13 juin, publiée par l'Union médicale.