‹ Chirurgie des enfantsChapitre 151 sur 222 · ACCIDENTS. OEDÈME AIGU. CONGESTION · texte numérisé non relu

ACCIDENTS. OEDÈME AIGU. CONGESTION

droyante, trois quarts d'heure après la thoracentèse, d'uu homme de 52 ans, grand et bien musclé, détenu à la prison de la Santé, sans qu'on ait pu trouver à l'autopsie autre chose que de la congestion pulmonaire. M. Lcgroux est le premier qui ait songé que l'évacuation de la plèvre, surtout avec aspiration, avait pu amener l'événement fatal. En effet, disait-il, si l'on soustrait rapidement d'une cavité viscérale une masse considérable de liquide ou de solides, le sang qui circule dans les vaisseaux tend à venir combler le vide, en se précipitant vers la cavité ainsi débarrassée.

Ainsi l'hyperémie pulmonaire, amenée par l'évacuation subite de la plèvre et exagérée par la succion, a pu, suivant les cas, se réfléchir à l'intérieur des bronches et noyer le malade par l'expectoration albumineuse, ou l'étouffer par l'œdème précurseur de cette expectoration devenue interstitielle, ou suspendre la vie par un simple coup de sang, surtout quand l'effet de la thoracentèse sur le poumon malade n'était pas compensé par l'action vicariante de l'autre poumon que l'on trouve le plus souvent tuberculeux à l'autopsie. Personne n'ignore, en effet, les liens étroits qui unissent la pleurésie et surtout la pleurésie purulente avec la tuberculose, dans l'enfance comme dans l'âge mûr.

La responsabilité de la thoracentèse et surtout de la ponction capillaire, dans les accidents que je viens de relater, entrevue par M. Legroux, a été loin d'être d'abord acceptée complètement, par lui-même ou en général, au fort de l'engouement qui régnait encore pour cette opération. Néanmoins un certain ralentissement dans l'activité opératoire des médecins s'est fait immédiatement sentir et la crainte de suites funestes de la thoracentèse, désormais considéras comme possibles, corrobora l'autorité du fort parti qui. pour d'autres motifs, avait toujours fait opposition à l'opération. A la tète de ce parti, je placerais volontiers notre

CHinUUGIE DES ENFANTS. 36

maître, M. Roger, qui attribue à la thoracentèse presque tous les cas de mort survenus à la suite d'une pleurésie, parce que selon lui, avant la fréquence des ponctions, cette affection était d'une innocuité à peu près parfaite. Un des graves inconvénients des ponctions répétées, d'après M. Roger et beaucoup de médecins compétents, serait de déterminer fréquemment la purulence.

Les dispositions du corps médical sont donc bien modifiées par rapport à la thoracentèse. Je n'en veux pour preuve que deux articles publiés par M. Dieulafoy dans la Gazette hebdomadaire, en 1877. Dans ces articles, le père, père encore jeune et je l'en félicite, de la méthode aspiratrice, n'a pas hésité à tracer les limites de l'utilité de sa méthode, qui d'ailleurs reste inattaquable comme moyen d'exploration. Il l'a fait avec compétence et autorité, comme un homme que l'abus qu'on a fait de son procédé ne pouvait ni entraîner, ni atteindre.

Les règles de l'indication de la thoracentèse, de nos jours, pour les esprits pondérés et sages, parmi lesquels je me plais à compter mon collègue et mon ami le Dr Cadet de Gassicourt, à l'excellent Traité clinique des maladies de V enfance duquel je les emprunte, sont fortement empreintes de défiance à l'égard des ponctions répétées et de la déplétion rapide de la plèvre ; elles se résument ainsi :

1° La règle de la ponction de toute pleurésie au douzième jour est absolument erronée.

2° Il n'y a que deux indications véritables de la thoracentèse : a. la quantité de liquide contenu dans la plèvre est une menace immédiate de syncope ou d'asphyxie ; (3. le liquide pleural ne tend pas à se résorber et l'épanchement déjà pleurésie aiguë tend à se transformer en hydrothorax.

3° Pour éviter les accidents produits par la déplétion subite de la plèvre, il faut arrêter l'écoulement, avant que

Page 1