POURRITURE D HOPITAL, PYOHÉMIE ABSENTES
fois, encore s'agissait-il d'une jeune fille de 18 ans, névropathique, présentant par conséquent des troubles de nutrition trop bizarres pour qu'on pût assigner à son affection une place bien marquée dans le cadre nosologique.
C'est chez elle seulement que j'ai pu observer cette gelée pellucide recouvrant les plaies avec une épaisseur de 2 ou 3 millimètres, impossible à arracher, et se reproduisant avec une déplorable facilité. Chose étrange, la pyohémie qui, avant les progrès réalisés sous le nom de méthode antiseptique, était la grande pierre d'achoppement des opérations chez l'adulte, n'existe pas non plus chez l'enfant. Jamais, en effet, il ne m'a été donné de trouver, dans une autopsie, le moindre abcès métastatique ; jamais je n'ai, pendant la maladie, assisté à ces phénomènes classiques bien connus de vous, qui comprennent des frissons répétés, une fièvre continue, des douleurs erratiques, musculaires, articulaires ou viscérales, une coloration jaune terreuse de la peau, phénomènes suivis le plus souvent par la mort avec tous les signes d'une intoxication manifeste. Je serais tout disposé à faire tous les honneurs de cette immunité de l'enfance à l'application de la méthode antiseptique, maintenant universellement appliquée dans nos salles, mais je ne puis oublier que, pendant les sept années de pratique hospitalière dans les mêmes salles, qui ont précédé cette application, je n'ai pas observé un seul cas d'infection purulente proprement dite. Il n'en est malheureusement pas de même de l'infection putride qui, depuis Bérard, a été définitivement mise à part de l'infection purulente, et qui est la forme chronique de la septicémie, dont l'infection purulente est la forme aiguë. Cette affection résulterait, d'après Follin, de l'absorption des principes solubles d'un pus vicié et fétide. Vous en avez pu observer les symptômes chez les enfants dont les plaies offraient des clapiers anfractueux et
profonds et chez lesquels, le pus n'ayant qu'un écoulement difficile, se décomposait pour ainsi dire sur place.
La plaie, vous l'avez vu, devient sèche et pâle. La fièvre s'allume surtout vers le soir : l'anorexie survient et la soif devient intense. La faiblesse est extrême; l'amaigrissement prend des proportions alarmantes. Bientôt, si on ne met ordre à cet état de choses, en donnant espace au pus retenu dans les clapiers, la suppuration prend un caractère de fétidité tout spécial; les selles participent à ce caractère, la diarrhée devient colliquative et le malade succombe dans le marasme après avoir présenté, durant plusieurs jours, des sueurs profuses et fétides. Mais cette terminaison est loin d'être fatale, car une intervention rapide et énergique peut, même après des symptômes très alarmants, améliorer rapidement l'état des malades et déterminer la guérison ; alors que dans l'infection purulente la mort est la règle, dès l'invasion de la maladie, et que les traitements médicaux ou chirurgicaux les plus énergiques sont presque toujours suivis du plus notoire insuccès.
Que de fois ne m'est-il pas arrivé, dans certains cas d'ostéomyélite ou depériostite phlegmoneuse, de craindre, à la vue de certains symptômes, le développement de l'infection purulente et de voir les phénomènes s'amender sous l'influence d'un traitement énergique, c'est-à-dire s'accentuer dans le sens de l'infection putride, qui est une affection éminemment curable? Dans tous ces cas, je le répète, j'ai toujours été soutenu par l'expérience acquise, laquelle me rappelait que l'infection purulente n'existe, pour ainsi dire, pas chez les enfants. C'est dans les abcès froids ouverts à l'extérieur que j'ai pu observer les phases de l'infection putride, surtout lorsque l'ouverture avait été faite de façon à ce que le pus n'ait pas un libre cours à l'extérieur. Aussi en dehors du traitement vraiment prophylactique et qui