‹ Chirurgie des enfantsChapitre 17 sur 222 · INFECTION PUTRIDE. TÉTANOS · texte numérisé non relu

INFECTION PUTRIDE. TÉTANOS

consiste d'une part à empêcher la pénétration de l'air dans le foyer purulent à l'aide des ponctions sous-cutanées ou capillaires et à prévenir la décomposition du pus au moyen des procédés antiseptiques dont l'application s'est heureusement généralisée, sera-t-il absolument indiqué, dès que l'infection putride sera arrivée à l'état confirmé, de débrider largement, de drainer les clapiers, d'y pratiquer des lavages fréquents et surtout de soutenir l'état général à l'aide de toniques en tête desquels je placerai l'alcool, d'administrer avec discrétion, mais avec persistance, le sulfate de quinine et surtout, si faire se peut, de placer le malade dans un air pur et à l'abri de l'encombrement.

J'arrive, Messieurs, à une complication des plus graves et qui est commune à l'enfant et à l'adulte. Je veux parler du tétanos. Caractérisée par une contraction douloureuse et tonique, une sorte de crampe continue des muscles volontaires, cette affection, si l'on ne considère que les signes qui la caractérisent, pourra être divisée en trismus, opisthotonos, emprosthotonos, pleurosthotonos, suivant que les élévateurs de la mâchoire inférieure, les extenseurs du tronc et des membres, les fléchisseurs, ou les muscles d'un seul côté du corps, seront contractures; mais, je me hâte de le dire, la véritable division clinique, tant au point de vue du diagnostic que du pronostic, est la division en tétanos aigu et tétanos chronique.

Dans la première forme, la généralisation de la contracture s'étend rapidement à tous les muscles et le malade succombe dans un spasme de la glotte ou rapidement asphyxié par une complication pulmonaire.

Dans la forme chronique, la contracture, loin de se généraliser ne s'attaque qu'à un certain nombre de groupes musculaires à la fois et, il faut bien le dire, c'est exclusive-

ment dans les cas affectant cette forme que la guérison a pu être obtenue.

Le début du tétanos est en général brusque : il se manifeste par une certaine roideur de la nuque et par une gêne marquée de la déglutition. Bientôt cette gêne s'accentue ; les muscles élévateurs de la mâchoire inférieure se contracturent et l'écartement des mâchoires devient impossible ; c'est cet état qui a été caractérisé sous le nom de trismus.Les choses peuvent en rester là, mais c'est l'exception.

Lorsque l'affection fait des progrès, la roideur s'étend aux extenseurs du tronc, qui peut être soulevé et forme, de la tête aux talons, un arc de cercle à convexité antérieure : c'est l'opisthotonos, avec contracture concomitante des membres supérieurs et inférieurs, toujours dans le sens de l'extension. Cette roideur est invincible; quelques efforts qu'on fasse pour en triompher, le tronc est rigide, comme une barre de fer.

La variété contraire existe parfois ; je veux parler de la contracture tonique des fléchisseurs ou emprosthotonos. La concavité du tronc, dans le plan antérieur, a remplacé dans ce cas la convexité ; mais je me hâte d'ajouter que cette variété est beaucoup plus rare ; je ne l'ai jamais observée chez les enfants, pas plus que le pleurosthotonos, qui luimême est exceptionnel chez l'adulte. Il en est de même de ce phénomène que l'on a décrit sous le nom de rire sardonique et qui résulte d'une contraction tonique de tous les muscles de la face.

Bien que la contracture des muscles moteurs des doigts, des muscles de l'œil et des muscles inspirateurs ne survienne que tardivement, c'est à la rigidité de ces derniers qu'est due l'asphyxie lente qui détermine la mort; car bien que Bégin ait signalé des battements tumultueux du cœur à la dernière

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période de la maladie, il est permis d'attribuer à la cessation imminente de la vie, au moins aussi bien qu'à l'influence tétanique, l'ataxie des mouvements cardiaques.

Ces contractures musculaires, qui sont parfois assez considérables pour provoquer des ruptures et des ecchymoses spontanées, sont souvent accompagnées de douleurs vives. Elles sont soumises à certaines accalmies, à certaines sédations qui ont pu parfois donner le change sur l'efficacité de quelques moyens thérapeutiques.

La fièvre, nulle au début, devient considérable, à mesure que l'affection fait des progrès. Le pouls peut atteindre 140 à 160 pulsations et la température a pu monter jusqu'à 42 degrés, augmentant, chose bizarre, dans les quelques minutes qui suivent la mort.

La peau, rarement sèche, se couvre, le plus souvent, dans les accès, d'une sueur profuse; la soif est vive; les urines ne contiennent de l'albumine qu'à la dernière période.

Chose digne de remarque, au milieu de ce désordre physiologique, le sommeil peut être conservé, pendant longtemps, et l'intelligence reste intacte; elle ne s'altère qu'au commencement de l'asphyxie.

Aucune affection ne saurait être sérieusement prise pour le tétanos. Avec quoi pourriez-vous, en effet, le confondre? Avec l'empoisonnement par la strychnine ? Mais la forme essentiellement intermittente des accès convulsifs vous éclairera aussitôt. Avec la méningite cérébro - spinale ? Mais en dehors du traumatisme qui est, pour ainsi dire, la porte d'entrée du tétanos, les secousses spéciales de la méningite n'ont guère de rapport avec la tonicité des raideurs tétaniques. Avec la rage enfin? Mais la rage ne vient pas sans morsure, et le seul symptôme qui pourrait amener quelque confusion, le trismus, n'existe pas, à proprement parler,

dans l'hydrophobie : c'est plutôt un trismus voulu, causé par la déglutition difficile.

Sans chercher à élucider la cause vraie du tétanos, qui est pour les uns une septicémie, pour les autres, une action réflexe de la plaie à la moelle, déterminant une myélite et une exagération du pouvoir excito-moteur, on peut ranger dans fétiologie du tétanos chez les enfants l'action du froid, les variations brusques de température, les plaies irrégulières, sales, des extrémités des doigts ou des orteils.

Que de choses n'a-t-on pas proposé contre le tétanos ? Souvenez-vous que dans cette terrible affection, ou complication, tout guérit et rien ne guérit : tout, quand il s'agit d'un tétanos chronique ; rien, quand vous avez affaire à un tétanos aigu. La prophylaxie a-t-elle quelque chose à faire ici? Non, si l'on veut s'écarter des soins hygiéniques que l'on doit toujours donner autant que possible aux opérés, à savoir: des pansements propres, une température uniforme, une aération large.

Emploierez-vous le curare, qui a été quelque temps à la mode? Je ne m'y fierais pas ; car ce moyen dangereux peut contrarier l'heureuse évolution d'un tétanos chronique qui guérirait tout seul; ou bien hâter l'issue funeste d'un tétanos aigu, ce qui pourrait mettre une fin aux souffrances du malade, mais ne rentre pas dans notre rôle. Les bains, les évacuations sanguines, les affusions froides ont été tentés sans succès.

Pour ma part, je ne puis que vous conseiller une médication qui se résume :

1° A faire suer le malade, ce qui n'est pas toujours commode, à l'aide des boissons chaudes ou du jaborandi;

2° A le calmer, voire même à l'assoupir à l'aide de l'extrait d'opium (pilules d'un centig. d'heure en heure);

3° A lui administrer le chloral, à haute dose; j'en ai

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